Montréal, ma belle est l’histoire d’une immigrante chinoise de 53 ans qui tombe amoureuse d’une jeune Québécoise. Au-delà d’une histoire d’amour, c’est le récit d’une quête spirituelle et identitaire, d’une confrontation avec des idées contradictoires sur la famille, le mariage et la culture. Entrevue avec la réalisatrice, Xiaodan He.

Parlez-moi de ce film, Montréal, ma belle. Quelle est l’histoire?

C’est une histoire sur une immigrante chinoise de 53 ans. Elle est une lesbienne refoulée. Elle a une famille, un mari, deux enfants. Elle se trouve dans une crise de l’âge moyen, pendant sa ménopause, et c’est là qu’elle rencontre une jeune Québécoise qui s’appelle Camille, jouée par Charlotte Aubin.

Le film est vraiment sur la quête spirituelle, la quête de sa vraie identité sexuelle comme lesbienne à travers une histoire d’amour avec Charlotte, une Québécoise. Elle doit donc confronter le conflit avec sa famille et son mariage avec son mari traditionnel chinois.

Finalement, elle trouve sa libération spirituelle et aussi physique à travers tout ça, mais elle doit payer le prix aussi pour avoir cette liberté.

Comment êtes-vous arrivée avec ces thèmes?

Il y a deux raisons principales pour lesquelles j’ai eu l’inspiration de faire ce film. Premièrement, après mon premier long-métrage, Un printemps d’ailleurs, j’avais vraiment un désir de réaliser un film à Montréal. Ça faisait plus de 20 ans que j’habitais à Montréal.

Je me suis dit que j’étais prête, que j’avais des choses. En tant qu’immigrante, c’est une expérience très riche, très contradictoire. C’est une vie avec beaucoup de défis, de questionnements, de doutes, et un côté excitant aussi.

Aussi, ça faisait longtemps que j’avais porté attention aux réalités de la communauté queer chinoise. Je sais que c’est encore un sujet tabou en Chine. Je me suis dis que ça pouvait être un angle original pour traiter d’une histoire immigrante, de parler des deux cultures qui coexistent.

D’où avez-vous puisé votre inspiration pour ce film?

C’est la première fois qu’un film sur une Chinoise lesbienne de l’âge moyen est projeté au grand écran. Je trouve que c’est très important de montrer cette histoire à l’écran.

Pour une cinéaste, je pense que le plus difficile était de trouver le bon angle. Je ne voulais pas tomber dans des clichés, je voulais offrir une nouvelle perspective pour les spectateurs.

Le côté immigrant, ça vient de mon expérience. Mais l’autre côté, une femme queer de 53 ans, ça, c’est mon observation et aussi ma connaissance sur les autres. C’est un thème qui m’intéresse depuis plusieurs années.

Feng Xia, ce n’est pas un personnage qui est arrivé à hasard, mais c’est une longue réflexion sur tout ça, la culture chinoise, mes apprentissages, ma curiosité.

Quels commentaires avez-vous reçu de la part des spectateurs jusqu’à présent?

Beaucoup de femmes m’ont dit que c’est un film qui encourage des femmes, qui donne de l’espoir aux femmes. Le message dit qu’une femme de la cinquantaine peut être aussi belle, aussi vivante, aussi attirante.

Quand l’actrice de Feng Xia, Joan Cheng, apparait en entrevue, elle parle du désir, tout simplement le désir d’une dame de 53 ans. Ça existe encore. C’est ça qui a touché beaucoup de spectateurs et spectatrices, parce que c’est rare qu’on voie un film qui traite directement et honnêtement du désir sexuel d’une dame de 53 ans. Généralement, on parle de retraite, de ménopause, de dépression, de divorce, de la responsabilité en tant que grand-mère. Mais cette fois-ci, on parle du courage de prendre son destin en main.

Souvent, j’ai reçu du feedback de la part de la communauté queer pour dire que c’est un film qui démontre l’amour queer d’une manière très respectueuse et avec dignité. Ça fait du bien.

J’avais une crainte par rapport à la manière dont la communauté chinoise recevrait ce film. Parce que je sais que ce film montre la dure réalité, le dilemme de la vie d’immigration. Je n’ai pas montré quelqu’un de réussi, qui a un happy ending.

Je me demandais surtout comment les gens âgés chinois, plus conservateurs, avec un côté traditionnel recevraient ce film? À la fin, j’ai dit un grand bravo à la communauté chinoise pour m’avoir donné une réaction très positive.

Avez-vous déjà commencé à penser à votre prochain projet?

Bien sûr, mais l’histoire n’est pas très mature encore. Tout ce que je peux dire, c’est que c’est aussi une histoire de femme. J’aimerais poursuivre mon chemin pour essayer de réaliser un film pour moi qui a un sens social, qui a un message important. Pour moi, le cinéma, c’est un média très puissant pour influencer les gens, les inspirer, leur faire apprendre des choses.

Les détails de la projection sont disponibles sur le site du festival.

Le FascinAsian Film Festival fera escale à Winnipeg du 1er au 3 mai.