Avec des informations de Hugo BEAUCAMP.
Le 20 mars 2025, le ministre responsable des Affaires francophones, Glen Simard, annonçait une vaste consultation publique pour guider la création d’une stratégie provinciale à long terme sur le bilinguisme.
Elle s’est déroulée entre juin et novembre 2025 et a été coordonnée par le Secrétariat aux affaires francophones.
Pour assurer une large participation, le gouvernement a utilisé plusieurs méthodes.
Priorités et préoccupations des Manitobains
Ouvert du 9 juin au 31 octobre 2025, un sondage en ligne a recueilli 1 654 réponses. 64,5 % des réponses étaient en français et 35,5 % en anglais.
58 % des répondants avaient le français comme langue maternelle, 26 % comme langue apprise, et 7 % ne parlaient pas français mais avaient une affinité pour la langue.
Il y a eu aussi des tables rondes publiques. Dix sessions au total (7 en personne, 3 virtuelles) ont attiré 105 participants. Des sessions ont eu lieu à Winnipeg, Sainte-Anne, Brandon, Saint-Georges et Notre-Dame-de-Lourdes.
Des consultations ciblées ont aussi eu lieu. 14 tables rondes et 10 réunions individuelles ont été organisées avec des leaders communautaires, des élus municipaux, des aînés, des étudiants, des immigrants et des experts de divers secteurs (santé, justice, éducation), réunissant 114 participants.
Enfin, 55 documents ont été reçus, dont 23 documents de réflexion (principalement d’organismes communautaires) et 32 lettres ou courriels.
La consultation a permis d’identifier les priorités et les préoccupations des Manitobains.
Les principaux obstacles
Quant à la vision d’une province bilingue, pour 50 % des répondants, cela signifie avant tout l’accès aux services. L’égalité entre les deux langues et la présence du français dans la sphère publique sont également jugées essentielles.
Les secteurs prioritaires que doit viser ce bilinguisme sont l‘éducation (29 %), le système de santé (21 %) et les services gouvernementaux (18 %) qui ont été classés comme les domaines les plus importants à cibler.
À noter que le manque de services en français (40 %), la dominance de l’anglais (17 %) et le manque de personnel bilingue ont été cités comme les principaux obstacles actuels.
Les participants souhaitent aussi l’ajout d’employés bilingues (55 %), un soutien financier aux initiatives de bilinguisme (55 %), une plus grande visibilité du français (affichage) et la création d’un poste de commissaire aux services en langue française.
Le contexte socioculturel (31 %), le coût de mise en œuvre (21 %) et le manque de volonté politique (14 %) sont perçus comme les défis majeurs.
« Nous voulons faire les premiers pas vers la création d’un Manitoba où le français est visible et utilisé partout. Un Manitoba où il n’est pas surprenant d’entendre parler français dans les centres commerciaux, les restaurants, lors d’événements sportifs, dans les écoles, les bureaux gouvernementaux, dans les rues et dans les foyers », Glen Simard.
La SFM accueille « avec intérêt » le rapport
La consultation a également mis de l’avant certains points spécifiques.
En éducation, un besoin crucial de remédier à la pénurie d’enseignants qualifiés et d’assurer un continuum de services de la petite enfance au postsecondaire a été signalé.
Les immigrants francophones ont par ailleurs exprimé leur frustration face à l’obligation de maîtriser l’anglais pour trouver un emploi, malgré leur recrutement en tant que francophones.
Aussi, l’importance d’inclure les langues autochtones dans la stratégie a été soulignée par certains participants, afin de ne pas répéter les erreurs coloniales du passé.
« Ce rapport témoigne d’une volonté claire de faire avancer la reconnaissance de la langue française dans notre province. Pour y parvenir, passer de l’aspiration à la réalité exigera plus que de la bonne volonté.
« Pour la SFM, la réussite de la future stratégie reposera impérativement sur des engagements gouvernementaux mesurables, notamment un renforcement du cadre normatif, » a commenté Derrek Bentley, président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM).
Prochaines étapes
En plus de ces résultats, un échéancier précis a été établi pour transformer les résultats de la consultation en une stratégie provinciale officielle.
D’avril à mai 2026 : création d’un plan de travail détaillé.
Mai à septembre 2026 : Tenue de sessions de groupes de travail pour approfondir les thématiques.
Septembre 2026 à janvier 2027 : Rédaction de la version préliminaire de la stratégie.
Janvier 2027 : Présentation du projet au Conseil consultatif des affaires francophones et aux parties prenantes.
Mars 2027 : Publication officielle de la Stratégie provinciale sur le bilinguisme.


