Un rapport attendu, qui dresse un portrait des aspirations et des préoccupations des Manitobains.
Le 20 mars, Journée internationale de la francophonie phonie, le gouvernement du Manitoba présentait les résultats de ses consultations publiques pour un Manitoba véritablement bilingue.
Pas loin d’une cinquantaine de personnes étaient présentes pour l’annonce qui s’est déroulée sous le toit de la cabane à sucre, à Saint-Pierre-Jolys.
Un an plus tôt, le 20 mars 2025, le ministre responsable des Affaires francophones, Glen Simard, annonçait une vaste consultation publique pour guider la création d’une stratégie provinciale à long terme sur le bilinguisme.
Elle s’est déroulée entre juin et novembre 2025 et a été coordonnée par le Secrétariat aux affaires francophones.
Le rapport en chiffres
Au cours de cette période, un sondage en ligne a recueilli 1 654 réponses. 64,5 % des réponses étaient en français et 35,5 % en anglais.
58 % des répondants avaient le français comme langue maternelle, 26 % comme langue apprise, et 7 % ne parlaient pas français, mais avaient une affinité pour la langue. Il y a eu aussi des tables rondes publiques.
Dix sessions au total (7 en personne, 3 virtuelles) ont attiré 105 participants.
Des sessions ont eu lieu à Winnipeg, Sainte-Anne, Brandon, Saint-Georges et Notre-Dame-de-Lourdes.
Des consultations ciblées ont aussi eu lieu. 14 tables rondes et 10 réunions individuelles ont été organisées avec des leaders communautaires, des élus municipaux, des aînés, des étudiants, des immigrants et des experts de divers secteurs (santé, justice, éducation), réunissant 114 participants.
Enfin, 55 documents ont été reçus, dont 23 documents de réflexion (principalement d’organismes communautaires) et 32 lettres ou courriels.
Le processus dans sa globalité a permis d’identifier les priorités ainsi que les préoccupations des Manitobains.
La première question à laquelle ces derniers ont été invités à répondre s’interrogeait sur leur vision d’une province bilingue.
50 % des répondants indiquaient que cela signifiait un accès aux services en français.
Les secteurs prioritaires que doit viser ce bilinguisme sont l’éducation (29 %), le système de santé (21 %) et les services gouvernementaux (18 %) qui ont été classés comme les domaines les plus importants à cibler.
À noter que le manque de services en français (40 %), la dominance de l’anglais (17 %) et le manque de personnel bilingue ont été cités comme les principaux obstacles actuels.
Les participants souhaitent aussi l’ajout d’employés bilingues (55 %), un soutien financier aux initiatives de bilinguisme (55 %), une plus grande visibilité du français (affichage) et la création d’un poste de commissaire aux services en langue française.
Prochaines étapes
Le rapport s’accompagne également d’une feuille de route pour l’année à venir, qui devrait déboucher sur la publication d’une stratégie provinciale sur le bilinguisme en mars 2027.
C’est en lisant à voix haute un message de sa mère que le ministre a entamé sa présentation.
Le message disait : « On est bien loin de l’époque où je cachais des livres en français à l’école, aujourd’hui mon fils milite pour que le Manitoba devienne une province francophone. »
L’objectif est clair pour le ministre Glen Simard, « c’est être capable de vivre sa vie en français ou dans la langue de son choix ».
Le plan stratégique sera co-créé par le conseil consultatif aux affaires francophones et la participation de partenaires « incontournables », comme la Société de la francophonie manitobaine (SFM), mais aussi, toujours selon le ministre, « des gens de la communauté ».
« L’intention est de travailler ensemble pour identifier les objectifs à court, moyen, long terme. »
Le rapport fait également état d’une petite portion de répondant qui s’est manifestée en défaveur d’une province bilingue. Une minorité (12 %), mais qui permet de rebondir sur l’une des inquiétudes mises en avant dans le rapport et qui concerne les obstacles à la création d’une province véritablement bilingue.
Selon les répondants, le contexte socioculturel (31 %), le coût de mise en œuvre (21 %) et le manque de volonté politique (14 %) sont perçus comme les défis majeurs.
Pour ce qui a trait au contexte socioculturel, La Liberté a interrogé le ministre quant à savoir comment cet obstacle pouvait être contourné.
« Il n’y a pas plus grand défenseur de la langue que la communauté francophone. C’est aussi pourquoi je fais référence à l’âge des répondants. Ce ne sont plus les mêmes que ceux qui se sont déjà battus dans les années 1980. Ce sont les jeunes manitobains qui voient le bilinguisme comme un atout. La question du bilinguisme officiel est déjà résolue au Canada. Les droits linguistiques sont protégés par la Charte et au Manitoba, nous allons appliquer ces droits-là. »
Pour information, 14 % des répondants ont entre 25 et 34 ans, 26 % entre 35 et 44 ans et 18 % entre 45 et 54 ans.
Du côté de la SFM, son président Derrek Bentley admet que les résultats du rapport ne l’ont pas vraiment surpris.
« C’est certain que de voir comment les gens priorisent les champs d’action est intéressant, mais beaucoup de ces points ont été soulevés par la SFM depuis plusieurs années, via le plan d’action stratégique communautaire, par exemple. »
Il est optimiste cependant que la publication de ce rapport apporte matière à la province pour agir sur ces idées-là.
« Je comprends que pour la Province, ça prenait de savoir ce que les gens pensent réellement. J’ai hâte de voir quelles seront les prochaines étapes. » Pour le président, le document va permettre de guider la création d’un plan d’action. Il sera notamment utile pour identifier « où commencer ».
Une journée symbolique
Le député de Saint-Boniface Robert Loiselle était présent ce jour-là, en dépit de la perte récente de son père, Lucien Loiselle, qui était un pilier de francophonie manitobaine.
« Il aurait voulu que je sois ici, vu l’ampleur de son implication au niveau du français, de la culture et du patrimoine au Manitoba. »
Tout comme Glen Simard l’a fait en préambule de son discours, le député Robert Loiselle a lui aussi rappelé les accomplissements de la génération précédente, dont son père faisait partie.
« L’histoire du français au Manitoba a été forgée dans le feu par cette génération qui est venue avant nous et qui nous regarde aujourd’hui avec fierté. Je pense que mon père voyait cette nouvelle génération capable, outillée. Il savait que les choses allaient vers le mieux. Il serait fier de nous. »
Pour retrouver la présentation du rapport dans son intégralité.

