La chanteuse Pascale Spinney interprète le rôle de Cherubino. Elle nous livre son regard sur cette production et sur l’actualité de cette œuvre intemporelle.

« C’est la veille du mariage de Figaro et Susanna, mais tout est en désordre. L’attention du Comte est attirée à la mariée. Cherubino, le page, est amoureux de la Comtesse, et Marcelina, la gouvernante, convoite Figaro », Pascale Spinney.

Ce résumé donne le ton : amour, jalousie et quiproquos sont au cœur de ce chef-d’œuvre de l’opéra-comique. Chantée en italien avec des sous-titres anglais, cette version cherche à briser les codes pour séduire un large public.

Un voyage dans les années 1950

Inutile d’être un adepte des perruques poudrées pour apprécier le spectacle. En déplaçant l’action dans les années 1950, la mise en scène rapproche l’intrigue des spectateurs actuels sans en trahir l’essence.

Cette approche repose aussi sur une collaboration entre institutions. Comme l’explique Darlene Ronald, directrice du marketing de la troupe :

« Comme plusieurs troupes en Amérique du Nord, le Manitoba Opera emprunte presque toutes nos mises en scène et costumes d’autres compagnies », Darlene Ronald, directrice du marketing de la troupe.

Pour ce spectacle, les décors et costumes proviennent du Pacific Opera Victoria, en Colombie-Britannique. Leur production de 2024 s’inspirait notamment de l’univers visuel de l’artiste espagnol Joan Miró.

Le Manitoba Opera est d’ailleurs coutumier de ces transpositions temporelles, comme il l’a déjà fait pour Fidelio ou La Cenerentola.

Des thèmes d’une grande modernité

Pascale Spinney, qui fait ses débuts avec la compagnie manitobaine, estime que ce saut dans le temps souligne un aspect crucial et réaliste de l’œuvre : la condition féminine.

« C’était un temps où les femmes n’avaient pas autant de droits qu’aujourd’hui. Donc, c’est plus facile de comprendre pourquoi les femmes doivent se tourner vers des manigances, pour trouver le comte coupable. »

Selon elle, si l’histoire se déroulait de nos jours, le public comprendrait mal pourquoi les femmes ne se révoltent pas plus tôt. Les années 1950 permettent de maintenir ces obstacles sociaux dans un cadre plus familier. L’artiste pointe également du doigt les privilèges de la classe dominante, incarnée par le Comte.

« On ne fonctionne pas dans un système féodal comme tel. Mais beaucoup des défis de cette période, on les voit encore aujourd’hui, et donc l’histoire reste intemporelle. »

Cherubino : un rôle de cœur

Le personnage de Cherubino, un jeune page adolescent épris de la Comtesse (et de toutes les femmes du palais), occupe une place spéciale pour la chanteuse. Elle apprécie particulièrement l’énergie comique et la liberté physique que demande ce rôle “travesti” (1).

« Je peux vraiment m’amuser à jouer le garçon qui ne comprend pas le concept de la politesse de la haute société, » confie-t-elle en riant. « En même temps, je me sens très choyée d’avoir deux airs magnifiques à chanter. »

(1) Historiquement, ces rôles de jeunes garçons étaient confiés à des castrats. Aujourd’hui, ils sont interprétés par des femmes (souvent des mezzo-sopranos), ce qui permet de conserver un registre vocal aigu sans solliciter des ténors ou des basses. En effet, le terme de rôle travesti désigne, en langage de théâtre, un rôle masculin interprété par une femme, ou un rôle féminin interprété par un homme. 

Informations et billetterie pour le spectacle The Marriage Of Figaro.