La Dre Melina Jobbins, membre du conseil d’administration du Canadian Fossil Discovery Centre (CFDC), détaille les spécificités de l’animal et les techniques de reconstruction innovantes utilisées pour cette exposition.
Un géant des plaines aquatiques
Il y a plus de 72 millions d’années, le Manitoba était submergé par la « Voie maritime intérieure de l’Ouest ».
Ce passé géologique explique l’abondance de fossiles et d’empreintes piégés dans le calcaire, un matériau qui compose d’ailleurs les édifices les plus iconiques de la région. C’est dans ce sol que reposaient les vestiges du Styxosaurus snowii.
Nommé d’après le Styx, le fleuve mythique des Enfers, ce reptile mesurait entre 8 et 9 mètres, dont la moitié était constituée d’un cou long et flexible.
Chasseur redoutable, il utilisait ses dents coniques pour capturer poissons et calmars. Malgré sa silhouette impressionnante, la Dre Melina Jobbins rappelle une distinction scientifique cruciale : ce n’était pas un dinosaure, mais un reptile marin.

La science au service de l’évolution
Chercheuse postdoctorale française à l’Université du Manitoba, la Dre Jobbins souligne l’importance des fossiles aquatiques manitobains. Ils permettent de retracer l’évolution du vivant sur des millions d’années, offrant des clés de compréhension sur l’origine des espèces actuelles, y compris l’humain.
L’abondance de spécimens au Manitoba s’explique par le grand nombre de carrières dans la province. Le CFDC a d’ailleurs été fondé grâce aux collections de chasseurs de fossiles locaux. Pour la Dre Jobbins, cette escale au Manitoba a été une révélation :
« À l’étape suivante ma thèse, je me suis retrouvée par hasard ici, à continuer mes études d’espèces aquatiques préhistoriques. Et dès que je suis arrivée, la première question c’était : quels sont les fossiles cools qu’on peut trouver ici ? »
Si le centre est célèbre pour Bruce, le plus grand mosasaure exposé au monde (un Tylosaurus pembinensis de 13 mètres), le Styxosaurus snowii s’apprête désormais à rejoindre cette collection prestigieuse.
Une reconstruction technologique
Le montage d’un tel fossile est traditionnellement complexe. Toutefois, grâce au soutien des gouvernements fédéral et provincial, l’équipe — composée du directeur Adolfo Cuetara, du technicien Gerry Peters et des bénévoles Ted Nelson et Will Kalinowski — a pu utiliser l’impression 3D.
Le processus débute par la numérisation des fragments d’os. Pour les éléments manquants, l’équipe utilise la modélisation :
« Si l’on a, par exemple, une vertèbre qui manque, on peut extrapoler de celle de devant ou celle de derrière, en fonction d’où on se trouve dans le squelette. »
Si une pièce fait défaut, le musée collabore avec d’autres institutions ou utilise des fichiers 3D disponibles en ligne. Pour le Styxosaurus, si la majorité des fossiles originaux proviennent du CFDC, quelques compléments numériques ont été nécessaires.
Des « Legos » préhistoriques
Une fois les modèles finalisés, les pièces trop volumineuses pour les imprimantes sont segmentées puis emboîtées.
« Après, on les assemble comme les Legos, » ajoute-t-elle en riant.
Les pièces imprimées en résine brute sont ensuite peintes pour imiter la texture des os originaux et du plâtre. Plus légères, moins chères et moins fragiles, ces répliques 3D représentent, selon la paléontologue, l’avenir du domaine.
L’exposition finale proposera un parcours complet : le squelette monté trônera devant une œuvre illustrant son habitat naturel, tandis que des vitrines présenteront les véritables ossements fossilisés. Des panneaux pédagogiques retraceront l’histoire de cette découverte.
L’ouverture complète de l’exposition est prévue pour la fin d’avril. Lors du vernissage, le public sera invité à suggérer un nom pour le spécimen, afin qu’il reçoive un accueil aussi chaleureux que celui réservé à son célèbre voisin, Bruce.

