Pour répondre à ces défis, l’organisme On Screen Manitoba (OSM) déploie des actions stratégiques, notamment la création d’un nouveau poste de développement sectoriel.

Selon une étude de Nordicity publiée en mai 2024, le taux de croissance annuel de cette industrie a bondi d’environ 31 % depuis 2013. Avec des projets totalisant 22 millions $ en 2023, contre 2 millions dix ans plus tôt, le secteur connaît une expansion fulgurante.

Pour soutenir cet élan, les acteurs locaux unissent leurs forces. À titre d’exemple, Film Training Manitoba et la Canadian Society of Cinematographers ont lancé le premier CSC Manitoba Hub afin de centraliser et d’optimiser le développement des compétences locales.

Aujourd’hui, OSM recrute un·e responsable stratégique du développement sectoriel et de l’industrie.

Ce poste clé vise à dynamiser le milieu francophone, et l’organisme encourage activement les candidatures d’expression française.

L’appel précise : « OSM souhaite particulièrement recevoir des candidatures de personnes pouvant contribuer à renforcer les parcours des créateur·trice·s francophones, le développement d’une main-d’œuvre bilingue et les relations au sein de l’écosystème francophone de production audiovisuelle au Manitoba. »

Une expérience auprès des communautés ou des réseaux culturels francophones constitue un atout.

Les candidatures sont acceptées en français et en anglais jusqu’au 10 juin.

Une étape importante

Danielle Sturk, cinéaste et productrice chez Sturk Films, se réjouit de ce soutien accru.

Membre d’OSM, elle voit dans cette initiative un pas crucial vers une industrie véritablement bilingue.

« J’appuie à 100 % leur décision. Je suis très excitée de voir que ce poste pourrait être occupé par une personne francophone », s’exclame-t-elle.

Selon elle, les chiffres ne reflètent pas toujours la réalité des plateaux de tournage, où de nombreux postes clés sur les productions francophones restent occupés par des anglophones.

Ce constat ne traduit pas une appropriation de l’espace par la majorité linguistique, mais plutôt un manque de professionnels francophones qualifiés.

Face à la croissance de la main-d’œuvre, Danielle Sturk insiste : l’accent doit être mis sur la qualité de la formation, et non seulement sur la quantité.

Certains rôles, comme ceux de script-assistants (script-superviseurs) ou de premiers assistants à la réalisation, demeurent particulièrement difficiles à pourvoir localement.

Lorsque la maîtrise de la langue est essentielle, les productions doivent souvent recruter à l’extérieur de la province, notamment au Québec, où est concentrée une grande partie des formations en médias au Canada.

Bien que les gros budgets peuvent se le permettre, les productions manitobaines plus modestes doivent souvent privilégier la disponibilité de la main-d’œuvre au détriment de la langue.

« Si ces personnes sont francophones, on peut avoir des réunions de production en français. Si l’une des personnes occupant ces rôles clés est anglophone, comme on le sait, la réunion se déroule en anglais », explique-t-elle.

Créer des espaces accueillants

Bien qu’un bilinguisme parfait sur tous les plateaux soit irréaliste pour l’instant, Danielle Sturk aspire à créer des environnements accueillants pour la francophonie.

Même lorsque les réalisateurs choisissent des collaborateurs anglophones pour leur expertise, elle estime qu’il faut leur offrir des espaces pour améliorer leur français.

« Il y a une espèce de sensibilisation générale à faire auprès du public, dans les écoles francophones et d’immersion, ainsi que dans les universités fréquentées par les diplômés des programmes d’immersion, et pas nécessairement uniquement dans nos institutions francophones. »

La cinéaste prêche par l’exemple : elle a rédigé le curriculum du programme du National Screen Institute, « Initiation à la réalisation du NSI – Édition francophone du Manitoba », qui permet aux participants de développer leurs compétences de production en français.

Pour l’avenir, elle invite instamment le secteur manitobain à investir massivement dans d’autres programmes de formation francophones.