Bercée par la musique depuis l’enfance, Mercédès Beaudry sera la seule représentante du Manitoba à Jamais Trop Tôt, le volet jeunesse du Festival international de la chanson de Granby (FICG), au Québec.

Le 16 août, l’auteure-compositrice-interprète de 17 ans montera sur la scène du Palace de Granby aux côtés de 19 autres artistes de la relève francophone venus des quatre coins du Canada.

Mère, père, frère et même ses chats : à peine sélectionnée, Mercédès Beaudry s’est empressée de leur annoncer la bonne nouvelle.

La jeune artiste se trouvait avec un ami quand le téléphone s’est mis à sonner : « Pour la première fois dans ma vie, je dois prendre un appel », s’amuse-t-elle.

C’est avec un grand enthousiasme qu’elle a accueilli cette sélection.

Après le dévoilement public de la cohorte, la nouvelle de sa participation s’est vite répandue dans son entourage.

« Il y a des personnes qui m’ont textée et qui ne savent pas forcément en quoi consiste Jamais Trop Tôt, alors je dois expliquer ça à tout le monde. »

Au programme du FICG, qui se déroulera du 13 au 23 août, Jamais Trop Tôt n’est pas une compétition, mais un projet musical pancanadien avec un spectacle à la clé.

20 interprètes de la relève francophone venus des quatre coins du Canada, dont près de la moitié du Québec, passeront cinq jours à l’Université Bishop’s, du 11 au 15 août, pour suivre une formation vocale et scénique.

Ils se produiront ensuite en spectacle le 16 août à 19 h 30 au Palace de Granby.

Cette première participation arrive à point nommé pour Mercédès Beaudry : à 17 ans, elle en est à sa dernière année d’admissibilité à Jamais Trop Tôt, réservé aux jeunes de 14 à 17 ans.

Après deux tentatives infructueuses, sa troisième audition aura finalement été la bonne.

« C’est mon frère qui m’en a parlé. La première année où j’ai auditionné, c’était en même temps que lui. Je n’y avais pas vraiment pensé, mais je me suis dit : pourquoi pas? »

La musique dans la peau

Toute sa famille baigne dans la musique : s’engager dans cette voie lui est donc venu naturellement.

Sa mère, Marie-Claude McDonald, bien connue au Manitoba, a elle-même mené une carrière musicale.

Son frère, Mikaël Beaudry, lui aussi musicien, a participé à Jamais Trop Tôt au FICG en 2024.

« La musique, c’est pratiquement toute ma vie, si ce n’était pas pour toutes les autres choses que je dois faire », avoue-t-elle.

Aussi loin qu’elle se souvienne, Mercédès Beaudry a toujours chanté : « Probablement depuis que je suis née », lance-t-elle.

Elle tente d’écrire une première chanson vers l’âge de 10 ans, sans parvenir à la terminer.

En 7e année, après quelques textes « un peu farfelus » sur les patates et les poulets elle achève Vie ta vie, l’une de ses premières chansons sérieuses, qui invite à apprécier ce que l’on a et à faire de son mieux pour améliorer sa vie.

Depuis, elle en a écrit assez pour ne plus les compter.

L’inspiration lui vient spontanément, souvent pendant ses longues marches vers l’école, en écoutant de la musique ou même en classe.

« Parfois, j’écris des chansons pendant mes cours pour passer le temps. Est-ce que c’est une bonne idée? Pas toujours! », s’amuse-t-elle.

Elle partage d’ailleurs certaines de ses compositions sur sa chaîne YouTube, Maniasoker, un pseudonyme qu’elle utilise depuis cinq ans.

« Je publie celles dont je suis la plus fière. Il y en a que j’ai écrites et que je ne rechanterai plus jamais », confie la jeune artiste.

Lors du festival, elle n’interprétera toutefois pas l’une de ses propres chansons, mais une pièce choisie pour elle par l’équipe de Jamais Trop Tôt, qu’elle devra apprendre.

Elle pourrait aussi avoir l’occasion d’y jouer d’un instrument.

Au-delà du chant, Mercédès Beaudry est une musicienne curieuse, qui jongle entre plusieurs instruments et styles.

Elle accompagne ses chansons au piano, joue de la trompette dans l’harmonie de son école depuis cinq ans et pratique le jazz depuis trois ans.

« J’apprends de nouveaux instruments pour m’amuser. Cette année, j’ai appris le cor français et, il y a quelques années, la batterie, juste comme ça. »

Apprivoiser la scène

Cette curiosité musicale l’aide dans son groupe, Subtilité, où elle compose les chansons et rédige les partitions.

« Jouer des instruments que les autres membres de mon groupe pratiquent m’aide à leur donner une idée de comment on devrait jouer la chanson que j’ai créée. »

Elle s’est d’ailleurs produite en concert avec ce groupe, formé en début d’année, au Patio 340 le 11 juillet dernier.

Déjà familière de la scène, elle était loin d’en être à sa première expérience devant un public.

« J’ai performé à ma fête quand j’avais 14 ans. Je me suis dit : J’ai une occasion de chanter ce jour-là? Quelle bonne idée! »

Mercédès Beaudry dit avoir toujours su saisir sa chance lorsque des opportunités se sont présentées à elle grâce à son entourage proche.

« C’est ma troisième année au Patio. C’est ma première avec Subtilité. L’année passée, c’était avec 5 Minutes en retard — oui, un nom un peu bizarre », reconnaît-elle.

« Et l’année d’avant, j’avais performé seule. » Elle a déjà participé à la Chicane électrique avec son ancien groupe.

Avec Subtilité, en revanche, l’aventure s’est arrêtée aux auditions, le groupe, formé récemment, n’étant pas encore suffisamment préparé.

« On adore performer devant du monde, même si ça peut être angoissant parce que c’est une première pour plusieurs d’entre eux. »

À chacune de ses représentations, une chanson revient : On tombe, à l’origine intitulée Éviter la scène, précise Mercédès Beaudry.

Outre son air entraînant, c’est son message qui en fait une favorite du public : « La première fois que je l’ai jouée, je ne voulais pas, parce que j’avais peur. La chanson parle des normes sociales, des gens qui se sentent obligés de suivre des stéréotypes ou de cacher leurs émotions. Je trouve ça un peu ridicule, et je pense que ça rejoint beaucoup de monde. »

Le français comme réflexe

Pour Mercédès Beaudry, issue d’une famille profondément francophone, écrire et chanter en français va de soi, même dans une province majoritairement anglophone.

Élève de 11e année au Collège Louis-Riel, elle a le français comme première langue.

L’anglais lui est venu plus tard, au contact de proches anglophones et à l’école.

« En 10e année, certaines personnes étaient surprises d’apprendre que je parlais anglais. Elles ne m’avaient jamais entendue le parler. »

Si certaines de ses chansons sont écrites dans d’autres langues, le français demeure sa langue de prédilection : « Mon réflexe, parce que j’aime le français, c’est d’écrire en français. Ça me vient naturellement. »

Ce choix lui permet également de s’inscrire dans une communauté franco-manitobaine qu’elle connaît bien et qui lui offre davantage d’occasions de créer des liens.

« Les gens aiment voir des artistes francophones performer dans une province où il n’y a pas autant de français. »

Au FICG, c’est aussi comme représentante de la francophonie minoritaire qu’elle se produira.

Lors des Jeux de la francophonie canadienne, l’an dernier à Laval, Mercédès Beaudry avait déjà constaté que cette réalité demeurait méconnue de plusieurs Québécois.

« J’ai dû expliquer à un autre participant qu’il y avait de vraies communautés francophones au Manitoba », raconte-t-elle.

Elle s’attend à jouer de nouveau ce rôle à Jamais Trop Tôt, forte d’une identité francophone qu’elle assume pleinement.

Après Granby, Mercédès Beaudry souhaite continuer d’aller toujours plus loin dans la musique.

Avec Subtilité, désormais mieux préparé, elle compte auditionner à nouveau pour la Chicane électrique et multiplier les concerts.

La jeune artiste garde cependant la tête sur les épaules : « Personnellement, je dirais que si tu aimes quelque chose, fais-le à côté de ton travail, mais n’en fais pas ton travail à temps plein. »

Pas question, donc, d’en faire son métier, à moins de devenir « vraiment connue, vraiment vite » et de pouvoir en vivre confortablement.

Pour elle, l’essentiel reste de préserver le plaisir qu’elle trouve dans la création.

« Si je faisais de la musique mon travail à temps plein, je pense que ça ruinerait mon amour pour la musique. »

Note de la rédaction : La Liberté adresse un petit clin d’œil à Mercédès Beaudry, qui a collaboré avec nous comme apprentie journaliste cet été. Vous pourrez retrouver ses textes sur la-liberte.ca.