C’est le constat du rapport Manitoba Living Wage Update 2026, publié, ce 28 septembre, par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA-Manitoba).
Son auteur, Jesse Hajer, professeur au département d’économie et au programme d’études du travail de l’Université du Manitoba, plaide pour une refonte en profondeur des politiques salariales et sociales de la province.
Faits saillants du rapport
En 2026, le salaire vital, c’est-à-dire le salaire horaire nécessaire pour qu’un ménage couvre ses besoins essentiels, atteint 20,31 $ à Winnipeg, 17,40 $ à Brandon et 18,73 $ à Thompson.
Pour rappel, le salaire minimum vital à Winnipeg pour 2025 était de 19,77 $ de l’heure, tandis que les salaires minimums vitaux à Brandon et à Thompson étaient de 16,22 $ et 17,89 $ respectivement.
Or, le salaire minimum provincial, qui passera à 16,40 $ ce jeudi 1er octobre 2026, restera inférieur de près de 4 $ au salaire vital de Winnipeg, de 1 $ à Brandon et de 2,33 $ à Thompson.
« D’après un sondage réalisé par Probe Research pour le compte de la Fédération du travail du Manitoba, 70 % des Manitobains estiment que l’augmentation du salaire minimum qui intervient jeudi n’est pas suffisante pour permettre à la plupart des travailleurs de joindre les deux bouts », a notamment déclaré Kevin Rebeck, le président de la Fédération du travail du Manitoba.
Les hausses de prix des denrées alimentaires (près de 4 %) et des transports (environ 3 %) tirent le calcul vers le haut, tandis que le loyer des logements de trois chambres bondit de 5 % à Brandon.
Et le budget reste « minimal » : il ne prévoit rien pour le remboursement de dettes, l’épargne-retraite, l’accession à la propriété ou les études des enfants.
Des politiques qui se contredisent
Le rapport révèle des dynamiques contradictoires.
D’un côté, la garderie à 10 $ par jour, désormais étendue aux journées pédagogiques, allège la facture des familles de 615 $ par an.
De l’autre, la disparition de la Remise canadienne sur le carbone ampute leur revenu de 600 à 720 $ annuellement, un manque à gagner bien supérieur aux 75 à 125 $ économisés grâce à la baisse du taux d’imposition fédéral.
« Les investissements sociaux et les prestations forfaitaires aident bien davantage les familles à revenus modestes que les réductions d’impôt », souligne le rapport.
Le cas des familles monoparentales est particulièrement révélateur. À Winnipeg, une mère seule ou un père seul avec un enfant doit gagner 26,56 $/heure, bien plus qu’un couple avec deux enfants, car les prestations fondent trop vite quand le revenu augmente.
À Brandon (15,56 $) et Thompson (15,21 $), des transferts gouvernementaux généreux (environ 1 700 $/mois) maintiennent au contraire leur salaire vital sous le taux familial.
Trois leviers pour l’avenir
Interrogé sur les solutions à privilégier, Jesse Hajer estime que « s’assurer que le salaire minimum atteigne le niveau d’un salaire vital est un objectif politique important », et identifie trois leviers qu’il juge « tous également importants ».
Le premier : augmenter le salaire minimum. « La politique actuelle prévoit que le salaire minimum augmente avec l’inflation, mais il est indexé sur un salaire qui ne permet pas à beaucoup de ménages de joindre les deux bouts », explique-t-il.
Le deuxième : créer et améliorer l’accès à des programmes sociaux universels. « La garderie sans but lucratif à 10 $ par jour est un excellent exemple de la façon dont des programmes sociaux universels peuvent réduire les coûts pour les familles et rapprocher le salaire vital du salaire minimum », indique Jesse Hajer, qui cite d’autres pistes : « la gratuité du transport en commun pour tous, une option publique pour l’accès à Internet, et une augmentation massive de l’offre de logements à loyer indexé sur le revenu ».
Le troisième : bonifier les programmes de prestations. « Les programmes d’Allocation pour le loyer et les Allocations pour la garde d’enfants excluent la plupart des ménages, car les gens perdent leur admissibilité à de très faibles niveaux de revenu. Permettre aux gens de gagner plus de revenus tout en continuant de bénéficier de ces programmes est une autre solution politique importante », plaide-t-il.
L’introduction de la notion d’un salaire vital unique « pondéré »
Jesse Hajer rappelle également l’exemple de la Caisse Assiniboine qui avait décidé, il y a quelques années, de verser un salaire de subsistance, en appliquant le taux fixé par le CCPA.
Mais l’expert souligne que seul un salaire minimum égal au salaire vital « uniformise les règles du jeu pour tous les employeurs et empêche les employeurs de verser des salaires insuffisants et de reporter les coûts de cette insuffisance sur le gouvernement et la société de manière plus large ».
Un tel nivellement, ajoute-t-il, « éloigne les employeurs des modèles d’emploi à bas salaire et fort roulement de personnel, incite à investir dans la formation des travailleurs et contribue à améliorer les taux de productivité de l’économie ».
Le rapport propose aussi, pour la première fois, un salaire vital unique « pondéré » englobant tous les types de ménages (21,39 $ à Winnipeg, 19,78 $ à Thompson), à l’image de l’Ontario, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique.
Jesse Hajer précise que cette mesure exploratoire « ne remplace pas les taux traditionnels », mais qu’elle « pourrait être une meilleure mesure, car elle reflète la situation d’un plus large éventail de familles » et « simplifie la tâche des employeurs et des gouvernements qui visent un salaire précis ».

