C’est lors d’un point de presse sur la Colline du Parlement, tenu ce jour, que le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) a annoncé avoir déposé plainte auprès du Commissariat aux langues officielles, estimant que les fonds fédéraux de développement des compétences se mettent « en défaut de la loi sur les langues officielles ».
« Nous évaluons à plusieurs centaines de millions de dollars par année les fonds de recherche et de développement des compétences qui sont distribués à des organismes anglophones au niveau national et qui ne prévoient aucune retombée pour les francophones en milieu minoritaire », a déclaré Geoffroy Krajewski, président du RESDAC, aux côtés de Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).
Une décision assumée
Interrogé après son annonce, Geoffroy Krajewski a confirmé que la plainte était une étape nécessaire, car ça fait « plusieurs mois, plusieurs années qu’on travaille à essayer de sensibiliser le monde politique sur la situation. »
Il ajoute : « ça fait presque trois ans maintenant que la loi (Loi sur les langues officielles, ndlr) a été modernisée, et puis on voit qu’au niveau des pratiques ministérielles, il y a rien qui bouge.
« On aurait pu aller directement en cour devant les tribunaux, mais on voulait privilégier la voie du commissariat », a-t-il précisé, ajoutant que « l’adoption des règlements est complètement indépendante de la loi » : « il faut appliquer cette loi telle qu’elle est là pour l’instant ».
Un déséquilibre
Comme évoqué, le RESDAC travaille sur ce sujet depuis longtemps. L’an passé, l’organisme avait présenté au ministère des Finances, dans le cadre des consultations budgétaires fédérales 2026, un mémoire qui documentait le déséquilibre.
Le document mettait de l’avant certains instituts ou organismes au pays qui recevaient du financement sans préciser si une part était consacrée à la francophonie.
Par exemple, le Future Skills Centre de Toronto a reçu depuis 2018 près de 600 millions $ (225 millions $ au Iancement + 370 millions $ en renouvellement, 2021-2026) sans « aucune enveloppe dédiée » aux francophones minoritaires, tout comme Palette Skills (173 millions $), Mitacs (708 millions $) ou encore Global Innovation Clusters (700 millions $).
Même lorsque des programmes affichent une composante francophone, « il s’agit trop souvent d’une simple approche de façade », soulignait également le document.
Malgré tout, Geoffroy Krajewski insiste : il ne s’agit pas de retirer des fonds aux organismes anglophones, mais de retrouver un certain équilibre.
« On a aussi tout à fait conscience que nous sommes dans un moment un petit peu d’austérité dans lequel on se trouve au niveau fédéral. C’est sur qu’on ne demande pas plus d’argent pour le développement des compétences. Ce qu’on demande, c’est une meilleure répartition et que la communauté francophone reçoive sa juste part de tous ces investissements ».
Des données qui manquent
Geoffroy Krajewski dénonce également un manque de données pour servir aux mieux les francophones.
Il rappelle que les données en littératie viennent essentiellement du Programme pour l’Évaluation Internationale des Compétences des Adultes (PEICA), qui mesure les compétences de base en traitement de l’information qui sont requises pour participer à la vie économique et sociale des économies avancées du 21e siècle.
Cette étude est réactualisée tous les dix ans, et il se trouve qu’aucun échantillonnage n’a avait été réalisé sur la francophonie en situation minoritaire lors de l’analyse la plus récente publiée en 2024.
« Ce qui fait qu’on se retrouve avec des données pour la majorité, mais rien pour les francophones. C’est sûr que quand on élabore des programmes, des stratégies, des données de recherche, etc., on se base beaucoup sur les données et l’on n’a pas ces données pour les francophones, donc ça pose vraiment question aussi. »
De manière générale, le représentant du RESDAC déplore l’absence de « réflexe » d’avoir « la lentille francophone dans tous les programmes ».
« Ça démontre justement toute cette habitude pour les ministères de laisser la francophonie complètement de côté. Ce qu’on espère avec cette plainte, c’est de rectifier un petit peu tout ça », conclut-il.



