La famille Elbaze observe les rites de la tradition juive. Elle mange donc kasher. Qu’est-ce que cela signifie?

Camille SÉGUY

Vendredi soir, jour du shabbat. Rena Elbaze, son mari Daniel et leurs trois filles vont se mettre à table.

Avant de commencer, ils font une prière de bénédiction sur le pain, « l’aliment au statut le plus haut, car c’est le seul qui subit une modification complète de son stade naturel pour pouvoir être consommé », précise Rena Elbaze. Ils bénissent aussi le vin, et se lavent les mains.

« Le principe de kashrut, c’est-à-dire le fait de manger kasher, signifie la maîtrise de soi, explique Rena Elbaze. Contrairement aux animaux, dans le judaïsme, l’être humain doit maîtriser ses actions et ses instincts.

« Manger en fait partie, poursuit-elle. C’est pour cela qu’on fait une prière avant. On ne saute pas sur la nourriture, on réfléchit d’abord à ce qu’on va manger et ce que cela implique de perte de vie. »

Des interdits à respecter

Toujours dans l’idée de se maîtriser devant la nourriture, les personnes juives ne peuvent manger que certaines catégories d’aliments. Les rabbins les mettent à jour régulièrement, avec l’arrivée sur le marché de nouveaux produits.

« Les animaux kasher sont des ruminants aux sabots fendus, signale Rena Elbaze. On ne mange donc ni porc, ni cheval, ni lapin. On ne peut pas non plus manger de fruits de mer, seulement des poissons qui ont des écailles et des nageoires. »

Les personnes juives ne doivent pas non plus manger le sang d’un animal. « Il est source de vie et contient l’âme de l’animal, explique Rena Elbaze. On respecte la vie. »

Elle ajoute que « c’est la même chose pour le lait. On peut consommer des laitages, mais on ne doit pas les mélanger avec la viande, car le lait a été source de vie pour l’animal quand il était jeune. On ne mélange pas la mort et la vie ».

Lorsqu’elles mangent de la viande ou du poulet, les personnes juives doivent donc changer d’assiette pour les laitages, et attendre d’avoir digéré avant de les consommer. Le mélange est cependant autorisé avec le poisson, qui ne s’est pas nourri de lait.

« Quand la vaisselle n’est pas kasherisable, en chauffant à blanc ou en ébouillantant, on doit la réserver à la viande ou aux laitages et ne plus changer, ajoute Rena Elbaze. C’est le cas du bois et de la porcelaine. »

Pour être kasher, les animaux doivent de plus être abattus et inspectés selon un rituel, par le chohet. La gorge de l’animal doit être tranchée avec un couteau parfaitement lisse, pour qu’il ne souffre pas.

« Le chohet est une personne pieuse et respectée dans la communauté qui fait l’abattage, indique Rena Elbaze. Les autres n’ont pas le droit d’aller à la chasse. »

L’animal doit aussi être en parfaite santé. Des tests vétérinaires sont conduits avant et après l’abattage.

Manger kasher à Winnipeg

« Manger kasher coûte plus cher, car il y a l’abattage et la vérification à payer, note Rena Elbaze. Mais je crois en ce que je fais et je le fais depuis toujours, donc le côté financier ne me dérange pas. »

Sa famille mange kasher à la maison. Ils s’autorisent aussi à aller au restaurant, mais ne commandent jamais de viande pour ne pas risquer de mélanger avec du lait.

« Le fait de manger kasher ne nous empêche pas de sortir, on va juste poser des questions avant de commander, indique-t-elle. Mais pour les personnes très pratiquantes, c’est limité. Il n’y a qu’un seul restaurant kasher à Winnipeg et quelques services de traiteur. »

Et quand ils sont invités, les Elbaze préviennent leurs hôtes de ne pas leur cuisiner de viande.

Quant à l’achat de produits kasher, « au Canada on trouve sur tous les produits une marque qui indique s’ils sont kasher viande, lait ou neutre, se réjouit Rena Elbaze. C’est très pratique. Par contre, le seul boucher kasher de Winnipeg a fermé, donc on ne peut qu’acheter sous vide ou surgelé ».

Pour la famille Elbaze, manger kasher à Winnipeg est donc une adaptation de tous les jours. Mais cela fait partie du processus de réflexion par rapport à sa nourriture, et « c’est une bonne réponse à plusieurs maladies modernes, que l’homme a contractées à travers des animaux, conclut Rena Elbaze. Avec la vérification des animaux, c’est écologique et sain ».

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