On dirait qu’un mal n’attend pas l’autre dans ce défilé de désastres naturels et/ou humains qui ont déferlé sur Haïti au cours de ces trois dernières semaines sur fond de campagne électorale devant mener aux présidentielles du dimanche 28 novembre. Le choléra vient d’allonger sa liste de victimes en franchissant la barre de 1 500 morts; les assassinats « politiques » se multiplient, récemment un syndicaliste, Miguel Saint-Louis, qui allait appuyer la candidature de Mirlande Manigat fut criblé de balles et en est mort. Entre temps, plusieurs voix dénoncent l’incapacité logistique de l’ONI (Office national de l’identification) à moins de 48 heures des élections à fournir des cartes d’identification à temps à tous les électeurs.

Par conséquent, à moins d’une semaine des élections, il est normal de se questionner sur la viabilité du projet électoral. Sans vouloir jouer au devin, examinons posément les paramètres pour déterminer les probabilités de la tenue de telles élections et de leurs implications.

Il est quasiment redondant de décrire le désarroi des familles haïtiennes qui doivent, en plus de tout ce que l’on connaît, avoir à composer avec une épidémie éradiquée au pays depuis plus de 50 ans. L’ONU, à cause de son contingent de Népalais, est pointée du doigt comme vecteur de l’épidémie car cette souche de la bactérie, Vibrio cholerae, selon la CDC (Center for Disease Control) vient du sud-est de l’Asie. En plus que ce contingent basé à Mirebalais aurait l’indécence de creuser des fosses communes à quelques mètres d’une rivière où les gens du village s’abreuvent en raison de la pénurie d’eau potable. On pourrait bien discuter des vrais mobiles qui contraignent ces villageois à utiliser cette eau impropre à la consommation mais une question fondamentale demeurerait, celle de la négation des droits des populations locales par une organisation internationale censée apporter la paix et garantir la stabilisation d’Haïti. Tout compte fait, la population est piégée entre l’irresponsabilité des élus locaux ou nationaux et l’arrogance de la communauté onusienne qui fait dire à un de ses cadres de la planification, Tony Banbury, en Haïti que le contingent népalais est là pour rester en dépit de tout. Au dire de M. Banbury, personne ne connaît les causes réelles du choléra. Dès lors, la réponse populaire fut immédiate. Des milliers de gens ont pris les rues pour réclamer le départ de l’ONU en Haïti et le dédommagement des familles des victimes. À noter que ces manifestations sont entachées de violences, comptent des pertes en vies humaines et ont eu des échos dans toutes les grandes villes du pays.

Depuis un mois l’ancien premier ministre de Préval, Jacques Édouard Alexis, devenu maintenant candidat à la présidence a dénoncé un complot de distributions massives d’armes à feu par le pouvoir en place en vue de perturber les prochaines élections. Par ailleurs, Mirlande Manigat, favorite de ces élections, a parlé d’un plan macabre visant à créer une situation de terreur à la veille de ces élections, soit le 27 novembre. Ce plan aurait pour objectif d’intimider les électeurs vu qu’une faible participation de l’électorat aurait donné au pouvoir en place l’occasion de truquer les résultats. Des accusations que l’on doit prendre très au sérieux. Déjà des affrontements entre deux groupes rivaux, ceux de Charles Henri Baker et de Jude Célestin, candidat proche du pouvoir, ont fait deux morts à Beaumont. Parallèlement, la campagne de Mirlande Manigat fut perturbée par des inconnus dans l’Artibonite et hier, jeudi, par un individu mal intentionné à Cap-Haitien.

La communauté internationale, l’ONU notamment, par le biais de son porte parole en Haïti, Edmond Muller, et d’autres ambassadeurs des pays amis à l’instar de ceux du Canada et des États-Unis renouvellent leur souhait de voir le calendrier électoral respecté. Pourtant quatre candidats ont déjà exprimé leur vœu de voir ces élections reportées compte tenu de l’incapacité du gouvernement à gérer l’épidémie du choléra et à endiguer les violences récemment perpétrées. Par ailleurs, un autre candidat s’est retiré de la course pour rallier le camp de Mirlande Manigat qui vient de creuser l’écart avec 36 % de l’intention des votes contre 20 % pour Jude Célestin, le protégé de Préval. Par contre, rien n’empêche que des magouilles soient orchestrées dimanche prochain.

Tenant compte de toutes ces irrégularités et des conjonctures fragiles et précaires que connaît Haïti, les élections du dimanche 28 novembre auront-elles lieu? Seront-elles entachées de violences comme ce fut le cas pour celles du 29 novembre 1987 où des électeurs furent massacrés et où un journaliste dominicain perdit la vie? Dans l’un ou l’autre cas, il va y avoir des insatisfaits et les manifestations de rue ne font que commencer. Le climat sociopolitique postélectoral dépendra de la diligence du CEP (Conseil électoral provisoire) déjà peu crédible à organiser des élections démocratiques et transparentes, de celle des candidats perdants ou gagnants à entrer dans des négociations stratégiques où les intérêts collectifs auraient la priorité, de l’engagement réel de la communauté internationale et de l’Exécutif à respecter le choix du peuple. Et dans le cas de l’organisation d’un deuxième tour où aucun des candidats n’aurait atteint les 50 % plus un vote du scrutin, ce qu’on avait évité lors des élections de Préval en 2006, la situation peut tout simplement dégénérer.

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