Messiah (Le Messie), George Frederic Handel
Le 18 décembre 2010, Salle de concert du Centenaire
Orchestre symphonique de Winnipeg sous la direction de Rudy Schellenberg
Mennonite Festival Chorus
Marni Enns, soprano
Kirsten Schellenberg, alto
Christopher Enns, ténor
Victor Engbrecht, basse

L’oratorio MESSIAH, de George Frederic Handel est une oeuvre si connue que chaque audition éveille le souvenir d’une musique souvent entendue, dont on a déjà apprécié la beauté et qu’on prend plaisir à réentendre et même à chanter. La présentation du Messie par l’OSW, le Mennonite Festival Chorus et un quatuor de solistes winnipegois a fait salle comble et a été reçue avec un enthousiasme que ne méritait cependant pas l’exécution très inégale que nous avons entendue.

Dès les premiers accords de la Sinfonia qui ouvre l’oratorio, on a senti un manque d’inspiration et de direction. La musique manque d’élan, de relief, de couleur. Il en sera de même dans la Symphonie Pastorale et dans presque tous les passages joués par l’orchestre.  Ils sont exécutés de façon mécanique, sans émotion. Le chef semble en avoir plein les bras et les genoux à battre la mesure, les yeux fixés sur la partition. Il a peu de communication avec les musiciens.  Comme c’est souvent le cas, un bon chef de choeur ne fait pas nécessairement un bon chef d’orchestre.

Une performance exceptionnelle du choeur aurait pu faire oublier la réduction de l’orchestre à un simple rôle d’accompagnement. La masse de plus d’une centaine de choristes était impressionnante et laissait présager de belles choses. Les voix sont belles et justes dans toutes les sections. Il y a cependant un déséquilibre entre les femmes et les hommes, beaucoup moins nombreux. Mais comme l’orchestre, le choeur a été mal dirigé. Les parties rapides sont chantées plus lentement que de coutume, ce qui leur enlève beaucoup d’intensité dramatique. Malgré cela, l’articulation des paroles est souvent déficiente. Presque tous les choeurs manquent de relief, de nuances, d’accentuation. Les nombreux passages fugués, si important dans cette oeuvre, sont mal exécutés. Dans une fugue, il est important que les sections s’effacent les unes devant les autres après l’exposition du thème, dans une progression vers le final qui regroupe toutes les voix. Si les voix chantent toujours avec la même puissance, la fugue tourne à la confusion. Le son peut impressionner, mais il n’y a plus de musique ni de sens. Mais certains choeurs ont été bien exécutés: His yoke is easy, Surely He hath borne our griefs, Let Him delight in God, Lift up your heads, O ye gates et Hallelujah.

Les solistes ont heureusement rehaussé la qualité de cette longue soirée. L’alto Kirsten Schellenberg, et la basse Victor Engbrecht se sont particulièrement distingués. Mme Schellenberg a une belle voix et chante avec justesse, intensité et émotion. La voix n’est pas très puissante mais la technique est bonne et le son bien contrôlé. L’articulation est excellente: on ne perd aucun mot. Elle a une belle présence sur scène. Victor Engbrecht a été éblouissant. La voix est riche et puissante. Il a une grande intensité dramatique. Son articulation est également impeccable.

La soprano Marni Enns a une très belle voix mais n’a peut-être pas encore atteint une maîtrise technique et une expérience suffisantes pour interpréter une oeuvre aussi exigeante. Elle a eu des difficultés à bien rendre le texte, a manqué de souffle dans des mélismes et a mal contrôlé certains aigus.

Quant au jeune ténor Christopher Enns, il a donné une performance très convenable. La voix est belle et juste, surtout dans les récitatifs, chantés avec beaucoup plus d’aisance que les arias. Ses récitatifs sont limpides, bien articulés, la voix ne force pas. Son chant est très différent dans les arias. Il les chante avec plus de voix, mais au prix de grands efforts pour bien placer le son et maintenir une bonne diction, ce qu’il n’a pas toujours réussi. Il a peut être trop cherché à impressionner.

Ce fut donc une soirée décevante car tous les éléments semblaient réunis pour nous offrir un concert de grande qualité comme l’OSW nous y avait habitués depuis le début de la saison. Si Le Messie est présenté de nouveau l’année prochaine, souhaitons qu’Alexander Mickelthwate, ou un chef invité de son calibre, soit au pupitre.

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