Roger Vermette
Roger Vermette

Avec la possibilité d’une inondation importante, comment l’élection fédérale du 2 mai est-elle accueillie? Michel Lagacé, Jeannot Robert, Robert Stefaniuk et Roger Vermette commentent.

Daniel BAHUAUD

Le lancement d’une campagne électorale fédérale fin mars, en pleine saison des crues, laisse peu de gens enthousiasmés dans la vallée de la rivière Rouge. Surtout qu’il existe toujours de l’incertitude quant à l’ampleur de l’inondation attendue.

« Les politiciens ont fait preuve d’un très méchant timing, lance le préfet de la Municipalité rurale de Montcalm, Roger Vermette. Les gens n’iront pas voter. Si l’inondation ressemble à celle de 2009, plusieurs chemins ne seront toujours pas ouverts au début de mai. »

Même son de cloche dans la Municipalité rurale de Ritchot. « Les gens sont plus préoccupés du niveau d’eau que des grandes questions nationales, estime le préfet de Ritchot, Robert Stefaniuk. À l’heure actuelle, nous savons que nous pourrons assez bien gérer une inondation du type que nous avons connue en 2009. Les gens sont relativement optimistes. En revanche, une bonne tempête de neige pourrait encore tout changer. En effet, le 23 mars, quelque 20 cm de neige sont tombés sur Fargo, au Dakota du Nord. Et nous savons déjà que plusieurs chemins au nord de Saint-Adolphe seront fermés. En principe, les gens devraient pouvoir se rendre aux urnes, mais c’est un inconvénient qui va sans doute se refléter dans un faible taux de participation électorale. »

Selon le commentateur politique Michel Lagacé, la situation actuelle démontre combien les enjeux manitobains n’ont « pas beaucoup de poids sur la scène politique canadienne. En 1997, le premier ministre Jean Chrétien avait déclenché une élection alors qu’il savait pertinemment que les Manitobains luttaient contre l’Inondation du siècle. En faisant fi de la catastrophe, il a lancé un message négatif aux Manitobains ».

« On se souvient encore avec amertume de l’unique sac de sable lancé par Jean Chrétien lors de sa visite électorale au Manitoba, lance Roger Vermette. Sa visite de la zone sinistrée n’était qu’une séance de photographie publicitaire. »

Toutefois, la situation en 2011 est plus nuancée, estime Michel Lagacé. «  Le premier ministre Stephen Harper et les conservateurs pourront blâmer les partis de l’Opposition d’avoir provoqué les élections, bien qu’ils soient indirectement responsables », indique-t-il.

En effet, le 23 mars, la députée conservatrice de Saint-Boniface et secrétaire parlementaire du ministre des Finances, Shelly Glover, a déclaré dans un communiqué que « des élections inutiles sont bien le cadet des soucis des partis de l’Opposition. Au cours des prochaines élections, un grand nombre d’électeurs de ma circonscription et de la province lutteront pour sauver leur maison et celle de leurs voisins ».

Selon Michel Lagacé, de tels propos sont fallacieux et, au pire, une tromperie politique. « Le premier ministre savait qu’une campagne électorale devait être menée au printemps, puisque des élections seront déclenchées à l’automne dans au moins cinq provinces, souligne-t-il. Les citoyens iront aux urnes au Manitoba, en Saskatchewan, à Terre-Neuve, sur l’Île-du-Prince-Édouard et en Ontario. Cette dernière province est le grand champ de bataille des Conservateurs et des Libéraux. Il aurait été impensable de mener simultanément deux campagnes électorales dans cette province clé. »

Le conseiller municipal de Sainte-Agathe, Jeannot Robert, estime pour sa part qu’en bout de ligne, les élections fédérales ne changeront « pas grand-chose. À mon avis, nous finirons toujours par avoir un gouvernement conservateur, déclare-t-il. La grande question sera s’il gagnera ou perdra quelques sièges. »

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