Camille SÉGUY

À la fin d’octobre 2011, les Manitobains auront voté trois fois en une année. Pour les municipales à l’automne dernier, pour les fédérales le 2 mai prochain, et pour les provinciales en octobre 2011.

Seront-ils découragés de suivre la campagne électorale provinciale, qui reprendra juste après les élections fédérales? Les analystes politiques Raymond Hébert et Michel Lagacé s’accordent à dire que l’effet, s’il existe, sera très minime.

« Je ne suis pas convaincu que ce soit le nombre d’élections qui encourage ou décourage les citoyens à aller voter, analyse Michel Lagacé. Ce qui fait rester les gens chez eux, c’est la perte de crédibilité politique. S’ils ne sont contents de rien et ont l’impression que les partis sont tous corrompus, ils risquent davantage de ne pas aller voter. Ce n’est pas lié au nombre d’élections. »

Cette perte de crédibilité des partis politiques fédéraux du Canada est une tendance qui se généralise depuis les années 1990, d’où la baisse constante de la participation politique.

« Il n’y avait que 58,8 % de participation aux élections fédérales de 2008, rappelle Michel Lagacé. On n’avait jamais vu de participation en dessous de 60 %. » Raymond Hébert ajoute que « la baisse de la participation est constante. D’un point de vue historique, le taux de participation du Canada à des élections fédérales se situait plutôt autour de 75 % ou même 80 %. »

Plus que le nombre d’élections différentes dans l’année, c’est plutôt le nombre d’élections fédérales dans les dernières années qui pourrait démotiver les électeurs.

« Du côté fédéral, ce sera la quatrième élection en sept ans, rappelle Raymond Hébert. C’est beaucoup. Les gens éprouvent une certaine fatigue de devoir encore aller voter. »

En revanche, pour ce qui est du scrutin provincial, « les Néo-démocrates sont au pouvoir depuis près de 12 ans, ce qui est long, et il y a un nouveau chef, Greg Selinger, qui vivra sa première campagne électorale comme chef, souligne le politologue. On pourrait donc voir beaucoup d’intérêt et de participation même si les Manitobains auront déjà été aux urnes plus tôt dans l’année ».

De manière générale, on peut donc s’attendre selon les analystes politiques à ce que la participation des Manitobains aux élections fédérales soit moindre que celle aux provinciales. Mais c’est surtout la tournure que prendra la campagne qui pourrait réduire l’écart.

« Les Canadiens ne donnent pas l’impression maintenant d’être contents d’aller voter, mais tout dépendra de la campagne, affirme Michel Lagacé. Si l’Opposition les incite à renverser le gouvernement une fois pour toutes, les gens se mobiliseront. »

De même, si le gouvernement sortant parvient à convaincre les Canadiens du besoin de stabilité pour éviter de devoir retourner aux urnes trop souvent, « ça pourrait être un agent motivant à aller voter, estime Raymond Hébert. Les Conservateurs vont miser dessus. Ils vont inciter à voter conservateur pour leur assurer une vraie majorité à la Chambre des communes ».

Il est à prévoir que les Conservateurs tenteront de faire dominer les thèmes économiques dans le débat électoral, tandis que les partis d’Opposition parleront d’éthique et de pratiques démocratiques.

 

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