Il est d’usage d’évaluer les 100 premiers jours d’un gouvernement mais dans le cas de l’Haïti d’aujourd’hui, l’évaluation ne saurait se porter sur un quelconque gouvernement dont la formation est systématiquement avortée. D’ici là on aurait déjà compté deux premiers ministres désignés (Rouzier et Gousse) dont les profils n’ont pas gagné l’approbation du bloc parlementaire majoritaire au parlement et un autre Dr. Garry Conille, 45 ans, médecin de formation et proche de Bill Clinton, qui pourrait subir le même sort que ses prédécesseurs dans les prochains jours. Donc il reste que la présidence à évaluer et son vis-à-vis le groupe des 16 sénateurs qui n’entendent pas se plier aux pressions de l’Exécutif.

Il ne fait aucun doute que les parlementaires sont vivement critiqués à cause de l’enlisement du pays dans ce chaos administratif et institutionnel. Néanmoins si la presse nationale cache son désarroi face aux tâtonnements du président à doter l’Exécutif d’un gouvernement stable, la presse internationale n’y va pas par quatre chemins dans sa critique de Martelly. Le Miami Herald se demande à juste titre est-ce l’incompétence ou le manque d’expérience du chanteur devenu président qu’il faut blâmer dans le cas de ce vide institutionnel qui se traduit en des conséquences multiformes sur la vie des citoyens haïtiens. L’exemple de la « gratuité » en serait une bonne illustration.

Dès le début de la campagne de Martelly, il était question de financer la scolarisation de 140 000 élèves. Aujourd’hui ce n’est que le quart qui pourrait bénéficier d’une telle promesse, et au moment de la rédaction de cette chronique  seulement 100 élèves ont pu bénéficier de cette scolarisation non payante. La rentrée des classes est renvoyée au début d’octobre sauf que rien ne change la donne quant aux défis de scolariser ces jeunes haïtiens si déterminés à gravir les échelons sociaux qui passent certes et d’abord par leur scolarisation. Si le président a lancé le FNE (Fond national de l’éducation) pour financer ce projet que tous aimeraient voir se concrétiser, le processus demeure sans précédent et controversé.

D’abord on ne saurait se méprendre quant à la « gratuité de l’éducation », terme que je remplacerais par « accès à l’éducation » et quand le terme « gratuité » passerait le test, il faudrait distinguer gratuité de l’instruction de celle de l’éducation, la dernière étant de plus grande envergure que la première. Gratuité de l’éducation en Haïti exigerait que les frais de transport des élèves, d’une cantine scolaire, les frais de tutorat et d’accompagnement des élèves en difficulté, les frais de manuels scolaires soient assurés par le gouvernement. Donc dans ce cas, le président semble faire allusion à la gratuité de l’instruction qui ne serait même dans des pays développés qu’un leurre. L’éducation voire l’instruction a un prix, en fait exorbitant. Éduquer coûte cher, instruire ne s’offre pas non plus à un prix dérisoire.

Dans un second plan, rendre l’école accessible n’est pas gage de la réussite des élèves. Dans la mesure où rendre l’école accessible c’est aussi travailler du côté de l’offre scolaire dont les enseignants sont la pierre angulaire. L’éducation accessible à tous comprend aussi la formation des enseignants qui sont censés assurer le partage des connaissances et par là même deviennent membres, à part entière, de l’ingénierie éducative. Or le plus grave problème du système éducatif haïtien demeure la formation des enseignants dont la formation initiale et continue laisse à désirer. Au niveau de l’école primaire, où le président veut entamer cet accès à l’éducation, cette situation est alarmante.

Tout compte fait, à l’issue des 100 jours de Martelly les citoyens sont perplexes par rapport à des promesses électorales sans suite. Celle qui aurait pu démarquer la présidence de Martelly de celle des autres, à savoir, l’éducation pour tous semble mal partie. L’absence totale d’un cadre légal pour prélever des taxes sur les transferts d’argent et des appels téléphoniques vers Haïti est vertement critiquée par la diaspora haïtienne, et les citoyens deviennent de plus en plus créatifs à se doter de nouveaux moyens pour contourner ces taxes. Le président joue-t-il sur le temps en attendant le renouvellement du tiers du Sénat en novembre prochain pour propulser un premier ministre et former un gouvernement? Si oui, il faudrait lui rappeler à l’instar du journal The Economist que la patience des citoyens et de celle de l’Internationale a des limites.

 

 

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