Bertrand Nayet aimerait que le Cercle Molière s’ouvre davantage à la communauté par le biais d’assemblées générales publiques et d’un conseil d’administration élu.

Le Cercle Molière devrait-il élire son conseil d’administration et tenir des assemblées générales annuelles publiques? Cette question fait débat au sein de la communauté.

 

Une lettre à la rédaction de Roger Léveillé publiée le 1er février dans La Liberté, qui proposait que le conseil d’administration (CA) du Cercle Molière soit désormais élu et que des assemblées générales annuelles (AGA) publiques soient organisées, a déclenché un débat au sein de la communauté. Au moment d’écrire ces lignes, il y avait près de 120 commentaires au sujet de cette proposition sur la page Facebook du groupe Saint-Boniface, parle-moi.

La jeune comédienne Franco-Manitobaine, Marie-Ève Fontaine, confie pour sa part que « chaque fois que j’ai voulu savoir le fonctionnement interne du Cercle Molière, personne n’avait l’air d’avoir la réponse. Je trouve ça bizarre. C’est important pour moi que le Cercle Molière soit plus transparent, car le théâtre, c’est ma cause ».

« Depuis longtemps, la raison sociale du Cercle Molière n’est pas claire, confirme Bertrand Nayet, qui a envoyé à La Liberté une lettre d’appui à la proposition de Roger Léveillé. On se demande qui contrôle qui entre le CA et les directeurs artistiques qui sont là pour de longs règnes. Puisque le directeur artistique actuel, Roland Mahé, s’en va, c’est l’occasion de rouvrir la question. »

Comme Roger Léveillé et d’autres, Bertrand Nayet souhaite que le Cercle Molière s’ouvre à la communauté par le biais d’AGA publiques et d’un CA élu par la communauté.

« On veut un endroit où poser toutes nos questions et clarifier les choses, demande-t-il. Une AGA publique permettrait ça. Le but n’est pas d’empêcher le directeur artistique de faire son travail, mais que la communauté renoue avec le Cercle Molière car il lui est essentiel. Pour le moment, il y a un certain fossé de questions entre les deux. »

Bertrand Nayet précise qu’il est pour l’heure toujours possible « d’appeler le Cercle Molière pour poser des questions, mais je n’ai jamais obtenu de réponses claires et précises. De plus, quand c’est à une personne, on peut bien lui répondre ce qu’on veut ».

Marie-Ève Fontaine ajoute qu’en termes de contenu, « oui, le Cercle Molière va bien, mais il ne faut pas non plus qu’il reste un dinosaure. Le départ de Roland Mahé, ça devrait être une bonne occasion de changement, avec la communauté ». 

« Depuis longtemps, la raison sociale du Cercle Molière n’est pas claire, confirme Bertrand Nayet, qui a envoyé à La Liberté une lettre d’appui à la proposition de Roger Léveillé. On se demande qui contrôle qui entre le CA et les directeurs artistiques qui sont là pour de longs règnes. Puisque le directeur artistique actuel, Roland Mahé, s’en va, c’est l’occasion de rouvrir la question. »

Avis contraires

Cette demande pour une AGA publique n’est cependant pas partagée par tous. « Il n’est pas nécessaire que tous les organismes aient des AGA publiques, affirme Yan Dallaire, qui avait lui-même réclamé au Centre culturel franco-manitobain (CCFM), en octobre 2008, de tenir une rencontre publique. Au Cercle Molière, les choses fonctionnent déjà très bien. Il y a beaucoup d’abonnés donc c’est bizarre de critiquer.

« C’est parfois dangereux d’être trop public, poursuit-il. Le Cercle Molière fait de l’art et c’est important qu’il ne prenne pas ses décisions juste pour plaire aux gens, sinon on perdra la qualité. Même si je suis pour la démocratie, je ne pense pas que c’est toujours bon de permettre à quelques-uns de tout chambouler. Et si certains n’aiment pas leurs choix, il y a d’autres théâtres en français, comme Vice Versa. »

Le président-directeur général de la Société franco-manitobaine (SFM), Daniel Boucher, abonde en ce sens. « Le Cercle Molière, dans sa structure actuelle, connaît de grands succès donc il n’y a pas vraiment de raison de la questionner, remarque-t-il. En outre, l’organisme rend déjà des comptes à la communauté à sa façon. Il est ouvert aux appels et le public peut se désabonner. C’est une façon de s’exprimer. »

Il souligne aussi que « les discussions portent surtout sur le contenu artistique, or tout le monde n’a pas l’expertise nécessaire pour participer à un tel débat. C’est au Cercle Molière de décider ce qu’ils veulent présenter, et c’est normal que ça ne soit pas toujours au goût de tout le monde ».

Pour sa part, l’ancienne comédienne franco-manitobaine, metteure en scène et abonnée du Cercle Molière, Francine Hébert, déplore que « ce débat enlève un peu l’essence du Cercle Molière, qui m’a aidée à me construire une identité.

« Quand j’étais jeune, je participais aux activités du Cercle Molière en ignorant ce que c’était qu’un CA, se souvient-elle. Je lui faisais confiance, et je ne vois pas pourquoi ça devrait changer car il a fait des pas de géant avec son statut actuel. Je crains même qu’un CA élu ne freine ses avancées. »

Le Cercle Molière ne comprend pas non plus les revendications de la communauté à son encontre. « Nos comptes sont toujours vérifiés et toute notre information est disponible sur le site Internet et par téléphone, remarque l’administratrice du Cercle Molière, Aline Campagne. On fonctionne comme ça depuis 1970. De plus, on a déjà fait des assemblées publiques, dans les années 1990, et personne ne venait. »

 Nécessaire?

Le CCFM ayant reçu la même demande en 2008, sa directrice générale, Sylviane Lanthier, rapporte pour sa part que « tenir une réunion publique pour que les gens comprennent mieux nos réalités et pourquoi on a pris une direction plutôt qu’une autre, ce n’était que positif et le CCFM va le refaire.

« C’est sain d’offrir un canal de dialogue avec la communauté, même si légalement le CCFM n’est pas obligé de le faire, car on travaille pour elle et avec elle », affirme-t-elle.

L’analyste politique Mamadou Ka confirme qu’une AGA publique aurait « le mérite de mettre de la transparence et de donner la possibilité à la communauté d’interroger l’organisme publiquement pour qu’il y ait un réel impact. Le fait que très peu de gens y assistent n’est pas une raison suffisante pour ne pas le faire.

« C’est même une bonne arme de défense pour un organisme, renchérit-il, car s’il y a eu une réunion publique et que personne n’a fait d’objection à ce qui était présenté, alors la communauté n’a plus lieu de se plaindre. »

Quant à la question d’élire le CA du Cercle Molière, l’analyste politique Raymond Hébert rappelle que « beaucoup d’autres organismes importants de la communauté franco-manitobaine n’ont pas non plus de CA élu et ils fonctionnent très bien, comme le CCFM et l’Université de Saint-Boniface. Les autres théâtres n’ont pas non plus de CA élus ».

Un ancien membre du CA du Cercle Molière et comédien, Paul Léveillé, confirme que « ce serait contraire à tous les organismes de théâtre au Canada, et il n’y a aucune motivation raisonnable pour faire ce changement, aucune preuve de manque de crédibilité, de responsabilité ou d’intégrité de la part du CA actuel ».

« Toutefois, objecte Raymond Hébert, d’autres organismes culturels fonctionnent bien avec un CA élu, comme le Festival du Voyageur, l’Orchestre symphonique de Winnipeg ou encore l’Orchestre de chambre du Manitoba, donc je peux comprendre la demande de Roger Léveillé. Ça pourrait aussi marcher pour le Cercle Molière. »

Aline Campagne rappelle par ailleurs que « le Cercle Molière est une troupe professionnelle, alors on a besoin de gens avec une certaine expertise pour notre CA. C’est pour ça qu’on n’élit pas nos conseillers comme les autres organismes, mais il y a quand même un roulement qui se fait ». Le président actuel du Cercle Molière, Paul McKenna, est cependant en poste depuis 1990.

« Le vrai problème, conclut Raymond Hébert, c’est que les gens ont peur de la nomination à la direction artistique pour remplacer Roland Mahé après presque un demi-siècle. Ils veulent de la transparence, et un CA élu avec une AGA publique en seraient la meilleure garantie. Ce qui compte avant tout, c’est donc que le Cercle Molière s’assure d’être le plus transparent possible sur son processus de nomination du prochain directeur artistique, peut-être par le biais d’une réunion publique, pour rassurer la communauté. »

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