La deuxième pièce du dramaturge Daouda Dembélé, Kalifa l’immigrant, traite des défis des nouveaux arrivants, entre leur pays d’origine et leur pays d’accueil.

La Liberté | CULTUREL
Kalifa l’immigrant met en scène 12 comédiens, pour la plupart immigrants ou issus de l’immigration. Sur la photo : Raïssa Bado (à gauche) dans le rôle de la cousine et fiancée de Kalifa, Tomma, en Afrique, et Khadidja Komah (à droite) dans le rôle de la grand-mère de Kalifa.

Les 25 et 26 mai prochains, le dramaturge d’origine ivoirienne, Daouda Dembélé, présentera sa nouvelle et seconde pièce de théâtre, Kalifa l’immigrant, en deux actes. Inspirée de l’expérience personnelle de l’auteur, cette pièce comique se penche sur les défis de l’immigration, notamment africaine, au Manitoba français. (1)

« En bambara, un dialecte de l’Afrique de l’Ouest, kalifa signifie quelque chose de confié et qui ne nous appartient pas, qui peut être repris n’importe quand, raconte Daouda Dembélé.

« De même, les immigrants n’appartiennent à aucun pays, poursuit-il. Ils sont pris entre deux cultures. Leur pays d’origine attend beaucoup d’eux, notamment un retour financier. Leur pays d’accueil attend d’eux qu’ils s’intègrent et s’adaptent tout de suite. C’est stressant et lourd pour une personne. » Kalifa l’immigrant commence dans le pays d’origine du héros, en Afrique. « Je voulais exposer la vie de Kalifa et sa culture avant de venir au Canada, et comment il se prépare à immigrer, explique Daouda Dembélé. Si le pays d’accueil connaissait mieux la réalité du pays d’origine, il pourrait mieux comprendre le nouvel arrivant et être plus flexible, et il y aurait moins de frustrations. »

L’arrivée au Canada est en effet souvent un choc culturel et cela peut prendre du temps aux immigrants africains pouLr s’adapter aux exigences de leur nouveau pays. Par exemple, en arrivant à Saint-Boniface, « la majorité des nouveaux arrivants dépense au moins 50 000 $ les deux premières années pour s’intégrer, sans salaire, notamment pour se mettre à niveau en anglais et pour trouver un emploi, estime l’auteur de Kalifa l’immigrant. Ils sont frustrés car ces dépenses n’étaient pas prévues.

« Les nouveaux arrivants doivent s’adapter à leur pays d’accueil, il n’y a aucun doute, assure-t-il. Mais si le pays d’accueil connaissait mieux leurs réalités et les renseignait mieux sur les réalités canadiennes avant leur immigration, et qu’il ne les traitait pas tout de suite comme des Canadiens de souche, l’intégration se passerait mieux. »

Par ailleurs, Daouda Dembélé observe aussi, dans le second acte, les défis de l’immigration du Canada à l’Afrique. Dans la pièce, Kalifa doit en effet retourner en Afrique car il avait promis avant son départ qu’il épouserait sa cousine. Il s’y rend avec ses amis Franco-Manitobains, qui se retrouvent alors face aux mêmes difficultés que Kalifa quand il est arrivé au Manitoba. « Les défis de l’immigration ne sont pas une question de culture, de niveau social ou de couleur de peau, conclut le dramaturge. C’est une question de préparation. Le plus important, c’est de bien s’informer mutuellement sur les réalités des pays d’origine et d’accueil. »

(1) Les 25 et 26 mai à 20 h, à la salle Martial-Caron de l’Université de Saint-Boniface, 200, avenue de la Cathédrale. Entrée : 10 $. Billets au (204) 296-4484.

Camille SÉGUY | Journaliste

 

1 COMMENTAIRE

  1. La trame de l’œuvre décrit la réalité implacable vécue par nous les immigrants. Immigrant lui-même, Daouda a su mieux que quiconque décrire les attentes bilatérales qui pèsent sur l’immigrant: il ne doit surtout pas se déconnecter de ses racines du pays, ce qui allait occasionner un déshonneur au cas de retour un jour ou l’autre; mais il ne doit pas non plus faiblir dans ses efforts d’intégration dans la nouvelle société d’accueil, s’il veut réussir à assurer l’avenir de sa famille ici.
    Belle histoire donc, et probablement belle scènes en perspective.
    Ankon G.

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