Du 17 au 21 octobre 2012, le Ballet royal de Winnipeg du Canada (RWB) a présenté en première canadienne The Princess and the Goblin (1), de Twyla Tharp, une coproduction du RWB et du Atlanta Ballet. Nous avons assisté à la représentation du 19 octobre.

Mme Tharp est une chorégraphe de réputation internationale qui a eu une grande influence dans le monde de la danse au cours des cinquante dernières années. Elle a collaboré avec plus de 135 compagnies de ballet partout dans le monde. Elle a aussi fait la chorégraphie de cinq films américains, dont Hair et Amadeus, et de 4 spectacles de Broadway.  En 1965, elle a fondé sa propre compagnie, Twyla Tharp Dance, avec laquelle elle a créé un vaste répertoire, explorant et mélangeant plusieurs formes de mouvement: le jazz, le ballet classique et la boxe, et de nouveaux mouvements qu’elle a inventés. The Princess and the Goblin est une oeuvre qui a été en gestation pendant une vingtaine d’années. Twyla Tharp a écrit elle-même le scénario, a choisi une partie de la musique et en a fait la chorégraphie. Elle expliquera sans doute un jour ce qui l’a amenée, à l’âge de 70 ans, à créer un ballet classique basé sur un conte de fée, accessible à un auditoire de tous âges et à travailler pour une première fois avec des enfants.

Le ballet est inspiré du conte de fée homonyme de l’écrivain écossais George MacDonald, publié en 1872. L’histoire se déroule dans un royaume isolé où des gnomes maléfiques vivant dans des mines abandonnées menacent les humains. Pendant une fête au château, les gnomes enlèvent les enfants du royaume. La princesse Irène essaie de prévenir le roi Papa, son père, mais il est trop occupé à briller devant sa cour pour l’écouter et réalise trop tard que les enfants ont disparu. La princesse se porte au secours des enfants avec son ami Curdie, un prétendant repoussé par le roi parce qu’il n’est pas de la noblesse. Ils échouent dans leur tentative et Curdie est capturé et mis en cage par les gnomes. L’arrière-arrière-grand-mère d’Irène, qui a des pouvoirs magiques et se manifeste en faisant des pirouettes, vient alors à son aide. Elle lui donne une paire de souliers avec des pointes et lui enseigne l’art de la pirouette. Grâce à ces chaussures, elle pourra se défendre contre les gnomes en faisant des pirouettes et en frappant leurs pieds fragiles avec ses pointes. Elle retourne dans l’antre des gnomes et réussit à les vaincre, à libérer Curdie et à s’enfuir avec les enfants. L’histoire se termine dans la joie des retrouvailles des parents et des enfants et de la célébration des amours d’Irène et Curdie auxquelles le roi consent enfin.

Twyla Tharp a conçu un scénario et une chorégraphie à la fois classiques et modernes, produisant une oeuvre susceptible de plaire aux enfants comme aux adultes. Les thèmes traditionnels des contes de fée: l’orgueil des puissants qui méprisent leurs humbles sujets, l’opposition du bien et du mal, l’amour qui l’emporte sur la haine, sont traités de façon moderne, en faisant par exemple de la princesse Irène une jeune femme entreprenante, courageuse et déterminée plutôt qu’une petite fille insoumise et imprudente qui se met dans l’embarras et qu’il faut secourir. La chorégraphie, foncièrement classique, comporte de nombreuses scènes qui s’inspirent de l’univers visuel contemporain: la chorégraphie des combats avec les gnomes emprunte aux scènes de combat de certains films et jeux vidéos; la scène des gnomes qui essaient d’imiter les pas de danse d’Irène sur les pointes est d’un comique qui semble issu d’un film d’animation.

La production du RWB pourrait aussi être considérée comme une première mondiale car Mme Tharp a révisé substantiellement la chorégraphie originale de la production du Atlanta Ballet et  est venue en résidence à Winnipeg pendant six semaines pour y travailler intensément avec la compagnie,  amenant avec elle deux danseurs qu’elle connaît bien : Paloma Herrera, solo du American Ballet Theatre qui a interprété Irène (remplacée par Amanda Green le 21 octobre) et John Selya, de la compagnie Twyla Tharp Dance, qui l’assistait à la chorégraphie et a interprété le roi Papa.

D’une durée d’environ 85 minutes et présenté sans entracte, le ballet comprend 16 scènes au contenu narratif facilement compréhensible. Mais la clarté de la narration repose sur une chorégraphie qui exige beaucoup des danseurs. Par exemple, la scène très humoristique des gnomes essayant de danser sur les pointes impose la maîtrise parfaite de mouvements exprimant la maladresse et le déséquilibre. Les solistes et le corps de ballet ont tous été excellents. Mais ce qui a sans doute le plus impressionné l’auditoire, ce sont les enfants de l’école de ballet du RWB. Twyla Tharp a conçu pour eux des chorégraphies plus complexes que ce qui se fait habituellement pour des enfants et elle a réussi à les faire très bien danser. Anna Radawetz et Bryn Dubberley, qui interprétaient les rôles des petites soeurs d’Irène, Stella et Blue, nous ont émus par leur beauté et leur fraîcheur enfantine. Ce sont deux danseuses au talent prometteur que cette expérience motivera sans doute à poursuivre leur formation.

Ce ballet est accompagné d’une très belle musique basée sur des oeuvres de Franz Schubert, orchestrée et augmentée de mouvements composés par Richard Burke. Elle a été magnifiquement interprétée par l’Orchestre symphonique de Winnipeg dirigé par Tadeusz Biernacki, directeur musical du RWB. Dans les dernières scènes, les solos du piano ont été joués avec beaucoup de sensibilité par Donna Laube. Les magnifiques costumes conçus par Anne Armit, du RWB, caractérisent bien les personnages et donnent de belles couleurs à l’ensemble. Le décor réalisé par Caleb Levengood, de New York, est très simple mais crée des ambiances appropriées à l’action. Le tout est superbement mis en lumière par Donald Holder, venu également de New York.

The Princess and the Goblin sera éventuellement présenté en tournée par le RWB. Ce ballet magnifique, touchant et amusant, accessible à toute la famille, renouant avec la grande tradition classique par son sujet et sa forme tout en conservant un caractère moderne, devrait rapidement trouver place parmi les grandes oeuvres du répertoire de ballet.

 

(1) La Princesse et le Gobelin

 

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