Parcs Canada cherche présentement à améliorer les services offerts à la Maison Riel, en sollicitant la collaboration des musées, sociétés historiques et organismes métis. Le hic, c’est que la qualité du service est déjà à risque.

 

La Liberté (Presse-Canada)
Paul Desrosiers : « C’est criminel de sabrer dans l’héritage et le patrimoine. »

 

Les compressions budgétaires fédérales de 2013 s’avèrent un défi pour Parcs Canada et les organismes patrimoniaux qui, réunis au Musée de Saint-Boniface le 23 janvier dernier, cherchent depuis septembre à composer avec la réduction de la période d’ouverture de la Maison Riel, et avec l’absence d’employés interprètes sur le lieu historique national.

Les sociétés historiques de Saint-Boniface et de Saint-Vital, la Fédération des Métis du Manitoba (MMF), l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba (UNMSJM) ainsi que le Musée de Saint-Boniface étaient présents à la rencontre, qui a vu Parcs Canada les inviter à agrémenter au minimum des services qui seront dorénavant offerts à la Maison Riel.

« Étant donné le petit nombre de visiteurs qui se rendaient à la Maison Riel, les services actuels ne seront pas augmentés, explique la directrice de l’unité de gestion du Manitoba de Parcs Canada, Marilyn Peckett. C’est pour cela que nous avons invité les organismes à nous rencontrer. Nous aimerions qu’ils songent aux programmes qu’ils pourraient offrir bénévolement à la Maison Riel. »

On se rappellera qu’il avait été décidé, en juin 2012, que la Maison Riel ne serait ouverte qu’en juillet et août, plutôt que de mai à septembre, et ce du jeudi au lundi seulement. En outre, au lieu de quatre employés interprètes, le site aurait recours à plus de panneaux d’information et des audioguides. Un seul employé sera présent pour assurer l’accès à l’édifice et la sécurité des lieux.

« Avec la décision de juin dernier, le programme scolaire tombe effectivement à l’eau, déclare le président de la Société historique de Saint-Boniface (SHSB), Michel Lagacé.

D’un coup, la Maison Riel perd 700 élèves visiteurs, ce qui représente environ le tiers des visiteurs qui se rendent sur les lieux chaque année. La fermeture, pendant deux jours de la semaine, en juillet et août, fera baisser les nombres encore plus. C’est tuer la Maison Riel à petit feu. »

Même son de cloche chez le vice-président de l’UNMSJM, Paul Desrosiers, qui s’oppose aux réductions des services. « On nous a dit que le nombre de visiteurs était le facteur clé qui a déclenché la réduction des services, rappelle-t-il. C’est une situation difficile et plutôt frustrante, puisque le nombre de visiteurs n’a rien à voir avec l’importance historique, culturelle et éducationnelle de la Maison Riel. Et c’est sur ce point-là que nous nous opposons aux réductions imposées par le gouvernement fédéral. Un musée sans interprète et sans programmation vaut zéro. C’est criminel de sabrer dans l’héritage et le patrimoine. »

Recherche de solutions

Lors de la rencontre, la MMF s’est déclarée ouverte à l’idée d’embaucher deux employés interprètes qui offriraient un programme scolaire, pour pallier à la perte des sorties scolaires guidées par des interprètes de Parcs Canada. Or, pour que ce projet se réalise, il lui faudrait obtenir un financement quelconque.

« Ce marché est loin d’être conclu, même si la MMF souhaite que tout soit en place dès l’été prochain, souligne Michel Lagacé. Il faudrait d’abord l’argent nécessaire, et ensuite du personnel bilingue. La situation presse, puisque les écoles commencent déjà à organiser leurs visites scolaires de mai et de juin.

« Et même si la MMF réussissait son coup, il est possible, voire probable, que la recherche d’un financement serait à refaire à des intervalles régulières, poursuit-il. La qualité du service proposé, déjà diminuée par rapport aux années précédentes, pourrait bel et bien souffrir davantage. »

Par ailleurs, Paul Desrosiers s’inquiète également de la perte des services en français, moyennant une entente de financement qui permettrait à la MMF de fournir des employés. « L’UNMSJM veut s’assurer que ces employés soient complètement bilingues, explique-t-il. À l’heure actuelle, rien n’est garanti. »

Marilyn Peckett voit la situation d’un autre œil. « Parcs Canada a la responsabilité d’assurer un service bilingue, souligne-t-elle. L’histoire de la Maison Riel est l’histoire de tous les Manitobains, voire des Canadiens. Et, en grande partie, cette histoire est francophone. Avec le concours et la bonne volonté de tous les organismes patrimoniaux à la table, j’ai confiance que nous pourrons répondre à tous les besoins des visiteurs. »

La députée fédérale de Saint-Boniface, Shelly Glover, est du même avis. « Certains voient des problèmes, moi je vois une belle opportunité, déclare-t-elle. Je trouve cela encourageant que tant d’organismes de la communauté se soient réunis pour organiser des améliorations aux services offerts à la Maison Riel. Pourquoi saboter cet enthousiasme avec une perspective négative? Enrichir les services ne pourra faire autrement qu’augmenter le nombre de visiteurs.

« Quant aux programmes scolaires, même sans des guides fournis par la MMF ou d’autres organismes, ils seront toujours possibles, poursuit-elle. Les enseignants peuvent se rendre sur les lieux avec leurs classes. Il y aura plus de panneaux interprétatifs, et la possibilité de faire une visite autoguidée. Les élèves pourront contempler l’intérieur de la Maison Riel en regardant par les fenêtres.  »

 

 

Par Daniel BAHUAUD

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