L’Hôpital Saint-Boniface met sur pied un nouveau programme de santé cardiaque des femmes car les problèmes cardiaques chez les femmes sont encore trop méconnus.

 

©La Liberté (Manitoba)
Theresa Harvey Pruden et Charles LaFlèche veulent trouver les moyens de sensibiliser davantage le public et les professionnels de la santé aux spécificités cardiaques des femmes.

La coordonnatrice du programme de santé cardiaque des femmes à l’Hôpital Saint-Boniface (HSB), Theresa Harvey Pruden, travaille avec la Fondation de l’HSB pour sensibiliser la population et les médecins aux questions de santé cardiaque des femmes.

« La Fondation de l’HSB a pour objectif de collecter 5 millions $ pour soutenir ce nouveau program­me de santé cardiaque des femmes qui se met en place », indique son président-directeur général, Charles LaFlèche.

Les projets du programme sont en effet nombreux car la question de la santé cardiaque féminine reste encore très méconnue alors qu’elle est « la première cause de décès chez les femmes, six fois plus importante que le cancer du sein, signale Charles LaFlèche. C’est donc important de sensibiliser le monde et de le rendre plus conscient de cette réalité ».

Plusieurs raisons expliquent ce manque de connaissances géné­ralisé. La première est due aux femmes elles-mêmes et à la société. « Dans notre culture, les femmes sont souvent les coordonnatrices des soins de santé de la famille, donc elles s’inquiètent d’abord de la santé de leurs enfants ou de leur conjoint avant la leur, constate Charles LaFlèche. Elles s’occupent de tout le monde avant elles et ignorent les symptômes de leurs problèmes.

« Les femmes doivent donc apprendre à s’occuper d’elles-mêmes, poursuit-il. Quant à leurs familles et leurs médecins, ils doivent aussi être plus vigilants à leur état. »

La recherche a aussi une part de responsabilité. En effet, celle-ci s’est faite surtout sur des rats mâles « car ils sont moins chers et moins changeants que des femelles », explique Theresa Harvey Pruden.

Le résultat est qu’on « sait moins aujourd’hui comment fonctionnent les femmes, déplore Charles LaFlèche. Or pour ce qui est des symptômes de problèmes cardia­ques, il s’avère que ceux des femmes sont différents de ceux des hommes. La société connaît celui du bras gauche, mais chez une femme, ça pourrait être une douleur à la gencive, ou à l’estomac, ou encore une fatigue. C’est variable ».

D’ailleurs, le projet de créer un programme de santé cardiaque des femmes à l’HSB provient de la présidente de la Fondation Cropo, Connie Crogal. Après avoir perdu il y a plus de cinq ans une amie d’environ 50 ans d’une crise cardiaque que personne n’avait vu venir, elle a fait des recherches pour découvrir ce manque de connais­sances de la société, mais aussi du corps médical lui-même.

« Connie Crogal nous avait approchés pour construire une clinique physique qui s’occuperait de la santé cardiaque des femmes, mais ce n’était pas dans les priorités de notre régie de santé, précise Charles LaFlèche. Cependant, on voulait quand même agir car son action nous a sensibilisés. »

La clinique Mayo de Rochester, au Minnesota, est pour le moment la seule en Amérique du Nord qui s’occupe directement de la santé cardiaque des femmes.

Projets multiples

Les 5 millions $ collectés par la Fondation de l’HSB seront répartis parmi trois grands projets, une chaire de recherche, des campagnes et conférences de sensibilisation, et enfin un programme de dépistage des risques cardiaques.

« D’ici 18 mois, on souhaite créer à l’HSB une chaire de recherche de 2 millions $ sur cinq ans sur la santé cardiaque des femmes, dévoile Charles LaFlèche. Son objectif sera de mieux connaître les spécificités de la santé cardiaque des femmes, et de réfléchir à des stratégies pour mieux sensibiliser le public et communiquer aux professionnels de la santé les avancées des recherches sur ce sujet.

« On discute déjà avec des donateurs potentiels, précise-t-il. Ce sera la seconde au Canada, après celle de l’Université McMaster à London, en Ontario. »

Le reste de l’argent sera alloué à des activités de sensibilisation. « On prévoit organiser des conférences annuelles sur la santé cardiaque des femmes, accessibles aux médecins mais aussi au grand public, avec des interventions d’experts », dévoile Charles LaFlèche.

La première aura lieu le 7 mars prochain. Trois expertes en cardiologie, du Minnesota, d’Ontario et de Colombie-Britannique, sont invitées à parler, ainsi que huit cardiologues de l’HSB qui abor­deront chacun des sujets spécifiques aux femmes lors d’ateliers. (1)

« On a aussi un budget d’environ un million $ pour mener des campagnes de sensibilisation dans les médias, en partenariat avec la Fondation des maladies du cœur Canada », ajoute Charles LaFlèche.

Enfin, le programme de santé cardiaque des femmes travaille déjà avec un chercheur de l’HSB pour créer un programme de dépistage des risques cardiaques chez les femmes, à l’image de ceux de dépistage du cancer du sein ou du colon.

« On voudrait dépister 600 femmes, les faire travailler avec le centre de fitness Re-Fit spécialisé dans la réhabilitation cardiaque et des nutritionnistes selon leur degré de risques, puis les tester de nouveau pour voir s’il y a une différence, conclut Charles LaFlèche. On sait intuitivement que l’exercice et l’alimentation saine sont bons pour le cœur, mais on voudrait le mesurer scientifiquement. »

L’HSB espère faire de ce programme de dépistage un programme mobile afin de rejoindre également les communautés rurales et autochtones. Cela permettrait de les sensibiliser elles aussi aux risques de problèmes cardiaques auxquels les femmes sont exposées.

(1) Le 7 mars 2013 dès 8 h au Centre des Congrès, 375, avenue York. Entrée : 50 $ dîner inclus. Info. et inscriptions avant le 1e mars : 204 237-2067 ou www.womenshearthealth.ca

 

 

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