Pour mieux s’attaquer à la criminalité dans le Vieux Saint-Boniface, le chef de police de Winnipeg, Devon Clunis, fait appel à la collaboration des résidants.

Le chef de Police de Winnipeg, Devon Clunis, préconise une plus étroite collaboration entre les résidants et les organismes de Saint-Boniface, dans sa lutte contre la criminalité dans le quartier francophone de Winnipeg. C’est ce qui découle d’une rencontre publique, tenue le 27 juin dernier, au Centre récréatif Notre-Dame, qui a attiré plus de 175 personnes.

La Liberté - Saint-Boniface
Karine Rioux : « Quand un inconnu portant une cagoule se pointe à ta porte, il y a lieu d’être inquiète pour sa famille. »

« La création de communautés sécuritaires doit avant tout être fondée sur la prévention des crimes, a déclaré Devon Clunis. Bien sûr, il nous faut plus de policiers qui patrouillent dans le quartier, mais cela ne résoudra pas toutes les difficultés. Lors d’un récent congrès de policiers au Texas, les Américains m’ont souligné que l’approche punitive et l’incarcération à outrance ne fonctionnent pas. Alors, un défi s’impose : celui d’arrêter le crime en s’attaquant à ses causes. C’est un travail qui doit être accompli avec la communauté. »

L’invitation de Devon Clunis a été favorablement accueillie par les résidants présents. De fait, un nouveau comité sur la sécurité a été spontanément mis sur pied. « L’inspiration du chef de police a joué pour beaucoup dans ma décision de proposer ce comité, déclare sa fondatrice, Marion Willis. Sa vision cadre bien à celle de la plupart des résidants, qui cherchent des solutions permanentes aux aspects moins attrayants de notre quartier, comme la présence de vendeurs de drogue et l’absence des propriétaires qui louent des maisons et appartements aux éléments plus louches, sans se soucier de l’impact sur le quartier. »

Le président de l’Association des résidants du Vieux Saint-Boniface (ARVSB), Mathieu Allard, s’est vite joint au nouvel organisme. « Je servirai de représentant de l’ARVSB sur le comité, déclare-t-il. J’ai un véritable engouement pour les propos progressistes de Devon Clunis. Il a une vision proactive et positive, qui a beaucoup de gros bon sens. Pour avoir une communauté en sécurité, il faut s’engager ensemble – les résidants, les organismes et les commerces. »

Il n’empêche que certains résidants ont également exprimé leurs inquiétudes quant à la direction que pourrait prendre le Vieux Saint-Boniface. « Le trafic de drogue se fait régulièrement à quelques portes de ma maison, a déclaré l’enseignante et directrice d’école, Karine Rioux. C’est très inquiétant, puisque mes enfants sont exposés à des comportements et à du langage inappropriés. Ils ont même été menacés par des adolescents armés de nunchuks. Entre-temps, le propriétaire de la maison en question n’est jamais là. »

Un autre résidant, Lionel De Ruyver, s’inquiète pour sa part des résidences de location surpeuplées.

« C’est un phénomène qu’on constate dans notre rue et dans les rues adjacentes, indique-t-il. Les maisons louées ne sont pas très bien entretenues. On s’inquiète de leur dégradation et du fait que souvent, un appartement peut loger huit personnes. Je ne peux m’empêcher de me demander si cet état a un lien étroit avec la criminalité, surtout près du bar de Saint-Boniface. C’est dommage, puisque Saint-Boniface est un joli quartier, très agréable. »
Pour sa part, Devon Clunis a précisé que la Police de Winnipeg peut, dans ces cas, « servir d’élément catalyseur pour l’amélioration du quartier ». « Évidemment, nous ne pouvons pas arrêter les personnes qui nous semblent louches si elles n’ont pas été attrapées en flagrant délit, explique-t-il. Mais nous pouvons entamer la surveillance de leurs résidences. Nous pouvons aussi frapper à la porte des présumés malfaiteurs et leur indiquer que nous savons ce qu’ils font. Au besoin, nous pouvons faire du travail d’infiltration.

« Or, si les inquiétudes persistent, il y a d’autres recours, poursuit-il. La Police de Winnipeg peut aussi contacter d’autres organismes municipaux, comme le service des incendies, pour effectuer une inspection d’un édifice. Tout cela pour décourager la criminalité.

« Ce n’est cependant pas un travail que nous pouvons effectuer seuls, conclut-il. Nous avons besoin de la communauté. Si quelque chose vous semble louche, il ne faut pas hésiter de nous contacter, puisque nous ne pouvons pas être présents à tout moment. »

Angela Fey abonde dans le même sens. « Pour la sécurité des enfants, il n’y a pas mieux, dans un quartier, que le programme Parent-Secours (Block Parent), déclare-t-elle. L’impact positif pour les enfants est immédiat, puisqu’ils savent qu’une maison qui affiche notre logo est un endroit sécuritaire s’ils se sentent menacés. De plus, la présence de familles inscrites à Parents-Secours encourage une surveillance plus étroite de ce qui se passe dans le quartier. »

« Je suis très impressionné, et très encouragé, par la réaction positive des Bonifaciens, déclare Devon Clunis. Le quartier est déjà très fort, puisqu’il possède une infrastructure communautaire bien développée, et des résidants engagés. »

 

 

 

 

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