Qu’arrive-t-il lorsqu’un service de transport en commun laisse tomber sa clientèle, surtout lorsqu’il s’agit de personnes handicapées?

 

Rosalie Rasmussen.
Rosalie Rasmussen.

Pour de nombreux Winnipégois confinés à leur fauteuil roulant, le service de transport en commun Handi-Transit s’avère un élément clé – voire la pierre angulaire – de leur mobilité. Le service public leur permet de se rendre au travail, aux études ou encore chez le médecin. Il leur permet aussi de faire des sorties sociales ou culturelles. Or, si la qualité du service n’est pas à la hauteur, les retombées peuvent être dévastatrices.

Atteinte de poliomyélite à quelques mois de sa naissance, Lori Ross se sert de Handi-Transit depuis 30 ans. Selon la retraitée, le service « laisse beaucoup à désirer ».

« Lorsque Handi-Transit a été mis sur pied par la Ville de Winnipeg, à titre de service parallèle aux autobus publics, le service était respectable, déclare-t-elle. Or, depuis plusieurs années déjà, la situation a dégénéré, au point où la qualité de vie des handicapés, voire même la possibilité de gagner sa vie, est bouleversée. Pour plus d’un, l’effet domino est fracassant.

« Personne ne peut obtenir de transport entre 11 h et 14 h, puisque Handi-Transit est trop occupé à transporter les Winnipégois subissant un traitement de dialyse, poursuit-elle. On peut comprendre qu’il y ait un besoin réel d’aider les personnes souffrantes d’une maladie rénale. Mais Handi-Transit n’a pas été conçu pour des raisons médicales. Entre-temps, il est impossible de faire ses emplettes ou toute autre sortie. Il faut se plier à l’horaire du fournisseur du transport. C’est difficile. La plupart des personnes handicapées vivent déjà selon un horaire fixe. On nous punit pour épargner quelques sous. »

Âgée de 22 ans, Rosalie Rasmussen se prévaut des services de Handi-Transit depuis seulement quatre ans, lorsqu’elle a entamé ses études universitaires.

« Je ne peux pas imaginer comment une personne pourrait travailler par quarts fractionnés avec le service actuel, lance la Franco-Manitobaine atteinte de sclérose en plaque. Déjà pour me rendre à mon emploi d’été, c’était difficile de composer avec Handi-Transit. Le travail commençait à 8 h 30. Or, je devais quitter la maison à 6 h 50, parce que le service ramassait d’autres clients, mais souvent à l’autre bout de la ville. L’itinéraire, qui n’avait aucun sens, était conçu selon un horaire réalisé à l’ordinateur. À l’écran, cela pouvait sembler acceptable, mais la situation ne correspondait aucunement à la réalité. À la fin de la journée, j’étais complètement épuisée. »

En outre, les clients, lorsqu’ils contactent Handi-Transit par téléphone pour réserver du transport, se font souvent demander pourquoi ils ont besoin du service.

« C’est aberrant, lance Lori Ross. Lorsqu’une personne embarque dans un autobus de Winnipeg Transit, le conducteur ne lui demande pas de justifier son trajet! On nous lèse notre droit à une vie privée. »

Selon la coordonnatrice du développement des aptitudes à la vie autonome à l’Independent Living Resource Centre à Winnipeg, Marie-Lynn Hamilton, la piètre qualité du service de Handi-Transit est « le sujet qui vient le plus souvent sur le tapis chez nos clients ».

En effet, selon Marie-Lynn Hamilton, les plaintes avancées par Lori Ross et Rosalie Rasmussen ne seraient que « la pointe de l’iceberg ». « Souvent, surtout en fin de semaine, Handi-Transit ne peut pas garantir qu’il pourra chercher un client plus tard en soirée, explique-t-elle. Comment assister à un concert, aller au cinéma ou même avoir une vie sociale? »

De plus, Handi-Transit exige une amende de ses clients qui ne se présentent pas lorsque le transport a été réservé d’avance. « À première vue, cela peut sembler bien raisonnable, indique Marie-Lynn Hamilton. Or, sur le terrain, il est impossible de prouver qu’un client n’était pas au rendez-vous. Il nous a même fallu nous armer de caméras pour prouver qu’un client, déclaré absent, attendait bel et bien l’arrivée du transport.

« De plus, lorsqu’un client veut porter plainte contre Handi-Transit, il n’a aucun recours indépendant, poursuit-elle. Il doit composer le même numéro de téléphone utilisé pour réserver du transport. L’absence d’un service d’ombudsman indique que Handi-Transit éprouve des difficultés systémiques, notamment un manque de transparence ainsi qu’une absence de dialogue constructif avec sa clientèle. C’est dommage et, compte tenu du rôle essentiel du transport pour les personnes handicapées, c’est troublant. »

Au moment d’écrire ces lignes, aucun porte-parole de Handi-Transit n’était disponible pour commenter, malgré plusieurs requêtes de La Liberté.

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