Les lundis soirs, à Sainte-Agathe Michelle Erb, Jaimee Bérard et Chris Everhardus suivent des cours de francisation. Ils sont anglophones et partagent le même défi : apprendre le français, pour des raisons personnelles, professionnelles et communautaires.

Chris Everhardus, Guy Gagnon, Jaimee Bérard, son fils Léo, et Michelle Erb.
Chris Everhardus, Guy Gagnon, Jaimee Bérard, son fils Léo, et Michelle Erb.

À Sainte-Agathe, tous les lundis soirs, Michelle Erb, Jaimee Bérard et Chris Everhardus jasent, enchaînent les exercices de conjugaison et apprennent le Bescherelle sans relâche. Le tout dans la langue de Molière, sous l’œil avisé de Guy Gagnon, professeur à la retraite, qui donne aujourd’hui des cours de francisation sous la tutelle de l’organisme à but non-lucratif, Pluri-elles.

Ces cours de francisation sont un exercice loin d’être évident pour ces trois anglophones qui auraient pu vivre en anglais, mais ont fait le choix du français. Français qu’ils s’imposent pour des raisons personnelles, professionnelles et communautaires.

| Parcours de vie

Les premiers pas des trois anglophones avec le français remontent aux cours de secondaire. Premiers pas qui auraient pu être les derniers, s’ils n’avaient pas rencontré leur époux ou épouse franco-manitobain(e) ou fait le choix de vie d’offrir le bilinguisme à leurs enfants.

C’est à l’université que Chris Everhardus, originaire de l’Ontario, rencontre celle qui deviendra sa femme, « en épousant une Franco-Manitobaine, j’ai aussi épousé sa langue, sa culture, et son histoire ». Évènement qui signe le retour du français dans sa vie. Même chose pour Jaimee Bérard qui épouse Daniel Bérard, Franco-Manitobain. Lui, se retrouve plongé en milieu anglophone, femme anglophone, emploi anglophone, univers anglophone. Il commence à perdre son français, et se retrouve confronté à un autre défi : garder sa langue.

Pour Michelle Erb, et son mari, Mickael, c’est différent. Ils sont tous deux anglophones. C’est lorsqu’ils décident d’avoir des enfants, que la question de la transmission se pose, qu’ils décident d’offrir le bilinguisme à leurs enfants.

| La transmission

C’est au moment d’avoir des enfants que les trois couples font le choix du français. Tous souhaitent être un modèle de langue pour leurs progénitures. Jaimee Bérard est une jeune mère de deux enfants, « l’anglais est si facile à apprendre ici. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de parler français à la maison. Ma fille de deux ans est dans une garderie anglophone, elle y apprend l’anglais la journée, et quand elle rentre à la maison, c’est le français. Elle sait qu’il y a deux mots pour toutes les choses, cookie et biscuit ».

Michelle et Mickael Erb, ont eux aussi fait le choix du français à la maison. Un défi de taille pour les deux anglophones, qui s’efforcent d’apprendre le français aux côtés de leurs enfants. « Il est très important pour nous que Ella et Ryland, nos enfants, aient les deux langues. Je leur dis souvent quand je m’en vais à mon cours de francisation : je vais apprendre le français comme toi tu l’apprends à l’école, l’effort, on le fait ensemble », raconte Michelle Erb.

Chris Everhardus a, lui, fait le choix du français à la maison depuis longtemps. Mais avec les années, et les enfants vieillissant, il fait face à d’autres défis. « Au souper, maintenant, on parle anglais », raconte-t-il. Les émissions préférées, les groupes de musiques favoris, les amis de ses enfants, Agathe, 13 ans, Annick, 15 ans et Justin, 18 ans, sont anglophones. « Ils parlent même anglais dans les couloirs de l’école, du collège régional Gabrielle-Roy, se désespère leur père. Ils glissent vers l’anglais et ne se rendent pas compte de l’importance de garder leur français. On espère qu’un jour ils s’en rendront compte, et à leur tour, feront l’effort et l’engagement du français ».

| Raisons professionnelles

Le français est aussi un choix professionnel. Pour Chris Everhardus, infirmier à l’Hôpital Saint-Boniface, c’est tous les jours qu’il a besoin du français, « les patients communiquent plus facilement sur leur tyroïde dans leur langue maternelle ».

Michelle Erb, elle, travaille pour la Province au département de l’agriculture. Elle est employée au bureau bilingue de Saint-Pierre-Jolys. Elle est aussi membre du conseil d’administration de la garderie de Le coin magique, de Sainte-Agathe. C’est aussi une des raisons de son apprentissage du français, depuis trois ans.

| Raisons communautaires

« Parler français me permet de participer et de m’impliquer dans la vie de ma communauté, à Sainte-Agathe, explique Chris Everhardus. Les messes sont données en français par exemple. Cela me donne aussi l’opportunité de chanter dans la chorale en français. »

Les trois apprenants se réjouissent de ces cours de francisation donnés en campagne, par l’organisme Pluri-elles. « Ces cours sont aussi l’occasion de rencontrer d’autres personnes de la communauté qui vivent la même situation, racontent les trois apprenants. S’il n’y avait pas de cours à Sainte-Agathe et qu’il fallait se rendre à Winnipeg, nous ne ferions pas l’effort. En plus, ici les cours sont personnalisés selon nos besoins », témoignent-ils, en jetant un regard complice à leur professeur, Guy Gagnon, très engagé dans la sauvegarde du français.

Manon BACHELOT

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