Le Franco-Manitobain Vincent Blais-Shiokawa vit sa passion pour le judo avec un objectif, espérer se faire une place dans la hiérarchie mondiale.

Vincent en plein entraînement, avec sa sœur, France.
Vincent en plein entraînement, avec sa sœur, France.

Tous les mercredis soirs, au second étage du centre Frank Kennedy de l’Université du Manitoba, Vincent Blais-Shiokawa s’entraîne, au milieu d’une quinzaine de judokas. Des séances comme celles-ci, il en suit quatre à cinq par semaine. Le corps sculpté par le travail et le propos assuré, le jeune homme se présente en donnant ses deux noms de famille, auxquels il tient.

Né d’une mère québécoise et d’un père japonais, Vincent Blais-Shiokawa est arrivé à l’âge de deux ans au Manitoba. Pour couper court au cliché, il précise d’emblée que c’est sa mère qui l’a inscrit au judo, en même temps que sa grande sœur, France. Il a alors sept ans. « Mon père faisait du kendo dans sa jeunesse. Il n’avait jamais fait de judo. Ma mère pensait que ce sport pourrait aussi nous apprendre à bien se défendre. » Vincent débute alors au dojo Kokoro-e, à Steinbach, où il vit, loin de toute ambition.

Deux tournois en Europe

Voilà maintenant 12 ans qu’il pratique le judo. Et depuis cinq ans, il fait des compétitions à travers le Canada. « Jusqu’à présent, mon objectif était de gagner des tournois nationaux et de pouvoir participer à des compétitions internationales. Maintenant je peux commencer à me surpasser pour tenter de gagner au niveau international. »

Vincent est aujourd’hui au Portugal où il a été sélectionné pour participer à la Coupe junior de l’Union de judo européenne (EJU), à Coimbra. « Je participerai aussi aux camps d’entraînement du tournoi. » Dans la foulée, le Franco-Manitobain se rendra à Brême, en Allemagne, pour participer à un second tournoi, à partir du 22 mars.

Pour l’instant, Vincent doit financer seul ses déplacements. « Heureusement, mes parents me supportent à fond. Ils m’accompagnent souvent les fins de semaines de compétition, mais ils ne pourront pas venir en Europe. » Les deux tournois correspondent à un niveau d’entrée, à l’internationale.

« Je n’ai pas encore fait mes preuves. La Fédération canadienne de judo aide des judokas déjà confirmés. »

Pour financer son voyage vers l’Europe, il a donc mis en place une souscription par Internet et fait une vidéo. « Nous avons dépassé les 1 000 $. On a mis 3 000 $ comme seuil à atteindre, mais idéalement il me faudrait 4 000 $ pour tout financer. »

Apprendre le japonais

Car le judoka a un grand projet pour septembre prochain. Mamoru, son nom japonais « qui signifie protecteur ou défendeur », compte partir au Japon, pour étudier la langue de son père, à l’université, mais aussi pour suivre des cours intensifs de judo. « À la maison, on parle en français. Notre père pensait que c’était déjà assez d’apprendre les deux langues officielles du Canada. Mais je veux apprendre le japonais pour pouvoir communiquer avec ma famille qui habite dans la région de Tokyo. »

À 19 ans, Vincent s’entraîne toujours avec sa grande sœur, âgée de 22 ans. Même si « elle est devenue trop facile à battre. Je m’entraîne avec elle pour travailler les nouvelles techniques. Mais pour les combats, il me faut désormais d’autres adversaires. » Cependant, France lui montre la marche à suivre puisqu’elle a déjà effectué une année au Japon et fait plusieurs compétitions internationales.
Ceinture noire depuis deux ans, Vincent vient d’ailleurs de la rattraper, voilà tout juste un mois, en obtenant son deuxième dan, appelé aussi deshi en japonais, ou disciple.

Désormais, au niveau des moins de 66 kilos, en U21, le Manitoba est devenu trop petit pour Vincent Blais-Shiokawa. « Sans prétention, je pense être un de ceux qui s’entraîne le plus fort dans ma catégorie, ici. » Pour progresser et pouvoir se surpasser, le sportif doit aller chercher d’autres ressources. « Je vais en Ontario pour suivre des sessions d’entraînement. » Elles viennent parfaire ses séances avec Moe Oye et des entraîneurs de l’équipe du Manitoba, au club de judo de l’Université du Manitoba.

Lucide, il sait tout de même que le judo reste un sport amateur. « Je continue mes études en affaires, en deuxième année à l’Université de Winnipeg. » Même s’il a allégé son programme pour suivre ses 15 heures d’entraînement hebdomadaire et pouvoir partir pendant quelques semaines. Il prend également des cours de musculation de cardio et commence à réfléchir à respecter un programme diététique adapté à la compétition. Le deshi Mamoru sait qu’il a encore du chemin à faire.

Thomas RICHARD

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