«La jeunesse franco-manitobaine vit une crise silencieuse. Plongée dans le malaise, elle a de la misère à s’exprimer », c’est par ces mots que le président du Conseil jeunesse provincial (CJP), Justin Johnson a commencé le rassemblement intitulé « Et nous, alors? L’évolution et le visage changeant de l’identité jeune/étudiante française du Manitoba » à l’Université de Saint-Boniface, le 19 mars dernier.

 

Les jeunes ouvrent le dialogue et la réflexion sur leur crise d’identité comme génération prise entre la lutte linguistique et la conservation des acquis.
Les jeunes ouvrent le dialogue et la réflexion sur leur crise d’identité comme génération prise entre la lutte linguistique et la conservation des acquis.

Ils étaient une dizaine au rendez-vous organisé par le CJP et la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE) représentée par Bilan Arte. La semaine passée, le syndicat étudiant national du Canada faisait du lobbying pour faire valoir les intérêts des étudiants dans les décisions politiques.

C’est dans ce cadre que Bilan Arte a contacté le CJP, pour « ouvrir un dialogue avec les étudiants d’expression française du Manitoba et savoir comment assurer l’avancement de l’éducation en français ».

| États généraux de la jeunesse

 

Très vite la discussion s’est polarisée autour des états généraux de la jeunesse dont le comité de travail s’était rencontré la veille, le 18 mars, pour la première fois. Le 24 octobre durant l’assemblée générale annuelle de la Société franco-manitobaine (SFM), le CJP avait appuyé la proposition d’états généraux de la francophonie manitobaine et avait proposé des états généraux de la jeunesse.

« Nous voulons adresser notre malaise à la communauté pour pouvoir avancer. Nous, la jeunesse avons la capacité de rêver, de s’imaginer, et d’oser. La SFM n’a pas encore commencé le travail, nous si, commente Justin Johnson. Nous voulons arriver prêts et unifiés lorsque la SFM commencera ses états généraux afin de pouvoir mettre nos propositions sur la table et pourquoi pas être adoptées par la communauté.

« Nous n’avons pas de plan présentement, nous débutons avec l’ouverture d’un dialogue, poursuit-il. Mais soyez aux aguets, un mouvement va commencer, prévient Justin Johnson. On va continuer à cogner à la porte de la SFM. »

| Quel malaise?

 

Comment qualifier ce malaise chez les jeunes et d’où vient-il? Pour Gabriel Tougas, sa génération est celle des acquis, « celle de l’après-crise linguistique. Nous n’avons pas grandi avec les luttes, pour nous elles sont reléguées aux manuels d’histoire. D’où notre malaise : avons-nous perdu les fondements de notre identité ou notre identité est-elle moins forte parce que nous n’avons plus de combats? »

Pour Sara Fournier, le malaise vient d’une contradiction. « La jeunesse respecte énormément tous ceux qui se sont battus pour les acquis dont nous jouissons aujourd’hui et en même temps elle souhaite alarmer la communauté que si elle continue à se refermer sur elle-même, à protéger ses acquis de cette façon, elle mourra. »

| Fermés aux francophiles

 

Selon Janelle de Rocquiny, le problème vient du mandat de la Division scolaire franco-manitobaine. « On s’est fermés aux francophiles, aux non ayant-droits », déplore-t-elle. « Il y a une erreur à avoir peur des écoles d’immersion, ajoute Gabriel Tougas. Elles ne sont pas vecteurs d’assimilation ou synonymes de perte du français. On a tout intérêt à s’ouvrir et partager notre langue avec ceux qui ont de l’intérêt à l’apprendre. »

S’ouvrir aux écoles d’immersion, oui, mais à condition de compléter les enseignements de langue française par des cours de culture et d’histoire franco-manitobaine, pour Alexandre Quesnel. « Partager nos richesses, c’est ensuite un poids accru pour pouvoir ouvrir des programmes d’études en français dans tous les domaines sans avoir à sortir de la province », dit-il.

Originaire du Québec, le jeune homme est arrivé au Manitoba il y a six ans. « J’ai l’impression que « l’on a forcé les jeunes à apprendre le français dans les écoles françaises mais sans leur dire pourquoi, confie-t-il. On leur a avancé les arguments d’une meilleure employabilité, d’un meilleur salaire, mais on ne leur a pas enseigné leur histoire, c’est-à-dire qui ils sont. »

Résultat, « il est devenu subversif de parler anglais pour les jeunes, ajoute Alexandre Quesnel. On se retrouve face à une situation cocasse à l’USB : les étudiants internationaux, les jeunes issus de l’immersion parlent français entre eux et les Franco-Manitobains parlent anglais ».

Selon Justin Johnson, la prise de conscience a déjà commencé. « La Commission scolaire franco-manitobaine s’est penchée sur la mise en place d’un cours d’histoire moderne au secondaire. Quant à l’USB, il y a maintenant un cours d’histoire du Manitoba français donné par Jacqueline Blay. »

Mais Gabriel Tougas va plus loin encore. Pour lui, il est important de se rapprocher des institutions anglophones pour les encourager à ouvrir des programmes en français dans toutes les facultés, comme l’initiative du Dr José François de donner des cours de français médical en faculté de médecine. « Il faut conscientiser les anglophones à la francophonie, pour ensuite pouvoir s’orienter dans les domaines de nos choix dans notre langue, sans avoir à quitter la province », conclut-il.

Manon BACHELOT

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