Le bail de Chez Cora arrivant à échéance cette année, le Centre culturel franco-manitobain (CCFM) devait se pencher sur la question à savoir si ce bail serait renouvelé ou s’il fallait explorer de nouvelles avenues pour exploiter l’espace occupé par ce restaurant.

Au fil des années, il faut se rendre à l’évidence que Cora a été un bon locataire, que ce restaurant a fourni un menu agréable dans le moule de la chaîne québécoise axé surtout sur les petits déjeuners ainsi qu’un service bilingue (du moins la plupart du temps) courtois et efficace.

Le problème dès le départ était le concept. Les francophones de Saint-Boniface étaient habitués d’avoir accès à un Foyer à toutes les heures mais surtout en soirée pour des spectacles de toutes sortes. La démolition du Foyer, avec son architecture unique et plaisante, en a frappé plus d’un comme étant un sacrilège. Le voir remplacé par un restaurant dont la spécialité était les petits déjeuners et qui fermait ses portes à 15h ne faisait qu’ajouter à l’insulte. Le fait que ce restaurant ne servait pas d’alcool n’aidait pas. Ainsi il y a eu de la grogne dès les débuts, non pas contre la direction ni le personnel, mais bien contre la conception même du projet.

Il est vrai qu’au fil des 10 années de son bail, Cora a su se développer une bonne clientèle, surtout à l’est de la Rivière Rouge, tant anglophone que francophone. Les quelques milliers de signatures sur la pétition en faveur du renouvellement de son bail en disent long sur le service et la bouffe qui y était offerte.

Mais le modèle de la chaîne Cora n’était pas adapté aux besoins d’une communauté francophone qui voit le CCFM comme un lieu de rencontre et de fête, surtout en soirée. Si la chaîne québécoise St-Hubert BBQ s’était installée dans cet espace plutôt que Cora, j’ai l’impression que la question du renouvellement du bail ne serait pas devenue problématique, puisqu’il y aurait eu convergence entre l’orientation de cette chaîne et celle d’une partie importante de la clientèle franco-manitobaine.

Donc le CCFM avait un choix à faire; à mon avis, la décision d’accorder le bail à la chaîne winnipégoise Stella’s est excellente.

D’abord cette chaîne semble très bien gérée, ayant pris passablement d’expansion depuis l’établissement de son premier restaurant rue Osborne en 1999. De nouveaux restaurants de la chaîne se sont depuis établis depuis rue Sherbrook, avenue Grant, avenue Portage et récemment au nouvel aéroport de Winnipeg. Ainsi le nouveau restaurant au CCFM sera le sixième de la chaîne et le premier à l’est de la Rivière Rouge.

Dans ces restaurants, on trouve un menu varié et de santé, très apprécié par la clientèle nombreuse et enthousiaste, tant pour le petit déjeuner (servi à la journée longue, pour les lève-tard) que pour le lunch et le souper. L’ambiance y est très relaxe et effervescente, dû sans doute au fait que la chaîne attire une clientèle plutôt jeune mais tout de même variée. Tous les restaurants sont ouverts tard en soirée et oui, on y sert de l’alcool.

Somme toute, un bon choix, il me semble, pour remplacer Cora, avec une expérience winnipégoise et des atouts en termes de gestion qui devraient bien servir le CCFM et la clientèle francophone, à une ou deux conditions évidemment.

D’abord, la nécessité d’un service bilingue et ce de façon constante et non pas aléatoire est un sine qua non; cette condition devrait être inscrite dans le bail. En deuxième lieu, selon les premières indications la direction de la chaîne est très sensible à la mission culturelle francophone du CCFM et désire en tenir compte dans ses opérations. Serait-il trop d’espérer que le nouveau restaurant offre une petite estrade à des artistes francophones qui voudraient s’y présenter spontanément en soirée? Évidemment je ne parle pas ici de groupes rock – laissons ce marché au Garage! Enfin, puisque la fermeture de Cora entraîne des retombées négatives et imprévues pour la quarantaine d’employés qui y travaillent, il serait à espérer qu’un certain nombre d’entre eux, les bilingues notamment, puisse se trouver des emplois dans le nouveau restaurant. Espérons qu’il y aura collaboration entre Cora et Stella sur ce plan.

Alors adieu Cora…et bienvenue Chez Stella!

Raymond Hébert

1 COMMENTAIRE

  1. Et les croquettes de poisson sont faites avec du grand brochet des lacs du Manitoba. Ça ne se trouve pas à n’importe quel coin de rue. Un choix gagnant pour sûr!

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