Phil Daley : « Leo McCaughan a commis des crimes. La justice exige qu’on s’en remette au jugement de la Cour provinciale. Mais on peut faire preuve de compassion. J’ai écrit une lettre à la Cour provinciale, exhortant le juge d’être miséricordieux en déterminant la sentence appropriée. »

Leo McCaughan a détourné près de 407 000 $ à la paroisse Ste. Bernadette entre 2009 et 2014, et pourrait écoper d’une peine de prison de 30 mois. Et bien qu’il se soit déclaré coupable, la fraude et les allégations qu’il a lancées au sujet de l’ancien curé de la paroisse, Fred Olds, bouleversent les paroissiens.

par Daniel BAHUAUD

Leo McCaughan, l’ancien responsable des finances à la paroisse Ste. Bernadette, a comparu en Cour provinciale le 29 août. Les avocats de la Couronne préconisent une peine de deux ans et demi.

La défense, pour sa part, estime que le coupable devrait subir une peine avec sursis, étant donné qu’il aurait été manipulé par Fred Olds, l’ancien curé de la paroisse. Leo McCaughan allègue que dans sa vingtaine, il aurait eu une expérience sexuelle avec le prêtre.

Aujourd’hui dans sa quarantaine, McCaughan estime que sa colère mal contenue a fait en sorte qu’il a commis ces actes de fraude fiscale. On se rappellera que McCaughan avait pris de l’argent de la quête à près de 70 reprises. Il a également falsifié 113 chèques pour une montant total de 228 000 $ et détourné 111 000 $ du fonds de rénovation de la paroisse.

Richard Fréchette, l’économe de l’Archidiocèse de Saint-Boniface, note que 356 288 $ ont déjà été récupérés : « Nous allons aussi recevoir une indemnité, au titre d’une police d’assurance, qui pourrait atteindre 60 000 $. Bref, l’argent détourné est recouvert en totalité. »

Richard Fréchette ajoute que « si Leo McCaughan est coupable, l’Archidiocèse cherche cependant à être un instrument de compassion. Dès que Leo a été arrêté par la police, il a coopéré pleinement avec le processus judiciaire. Il était prêt à remettre tout l’argent volé de l’Église, une preuve de contrition et d’un désir de réparation. »

Par ailleurs, l’Archidiocèse paie présentement les frais d’un thérapeute pour Leo McCaughan. « Nous ne souhaitons aucun mal à Leo McCaughan. Nous appuierons, bien sûr, la peine que lui accordera le juge Fred Sandhu, quand il tranchera la question, parce que Leo a commis un crime. Mais nous voulons l’aider à se rétablir émotionnellement et retrouver la paix. »

Quant aux allégations lancées contre l’abbé Fred Olds par Leo McCaughan, Richard Fréchette refuse de commenter. Sauf pour noter que « certaines allégations contre Fred Olds nous avaient été précédemment présentées en juillet 2016 ».

« Ces allégations n’impliquent aucun mineur, mais sont suffisamment sérieuses que le 27 octobre 2016, après avoir entamé une investigation, l’Archidiocèse, conformément au droit canonique et au Protocole diocésain pour la protection des enfants, des jeunes et des adultes vulnérables (1) a temporairement mis Fred Olds en congé administratif de son office de curée de la paroisse St. Timothy, à Saint-Vital. Il ne peut pas exercer un ministère public dans l’archidiocèse. Ces actions ont été prises en attente de l’examen et d’un plan d’action que proposera le Saint-Siège (ndlr le Vatican). »

Phil Daley, le curé actuel de la paroisse Ste. Bernadette, dit pour sa part devoir transiger avec « une situation des plus délicates ».

« Nous avons des paroissiens en colère contre Leo McCaughan. Et d’autres qui veulent compatir. D’autres ne savent pas comment réagir. À cela, il y a les allégations contre Fred Olds. On comprend que la communauté soit toujours sous le choc.

« J’ai dû moi-même composer, en tant que prêtre, avec les allégations contre Fred Olds. Qu’elles soient vraies ou pas, chez certains, elles portent atteinte à la confiance qu’on peut avoir en son curé.

« Je me compte donc parmi les blessés de Ste. Bernadette. En tant que pasteur, c’est le plus grand défi de ma vie religieuse. J’essaie de le relever en mettant l’accent sur l’importance d’éviter l’aigreur et l’amertume. Je me rappelle, et je le rappelle aux paroissiens, qu’on peut juger du comportement d’une personne, mais jamais sur sa valeur en tant que personne. C’est comme ça qu’on obtient une perspective saine de la situation.

« Ajoutons que le père de Leo est paroissien. Cet homme était si bouleversé qu’il a quitté la paroisse dès que son fils a été arrêté. Au bout de quelques mois, il est revenu. À son avis, Ste. Bernadette, c’est son chez-lui. Et il a raison. Je suis tellement heureux qu’il ait choisi de vivre chez nous, même s’il devait surmonter sa douleur. Son courage et son désir de guérir dans notre communauté peuvent servir d’exemple à tous les paroissiens. »


(1) Consulter le protocole ici 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrez votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici