Obligé de fuir le Cameroun, André Doumbè est arrivé au Canada en 1978, avec cinq $ américains dans sa poche. On peut lire son témoignage, publié dans La Liberté dans le cadre de la série Le défi d’immigrer, dans les numéros du 17 et du 24 juin 2015.

Dès son arrivée à Winnipeg en 1986, André Doumbè a été une force motrice parmi les Manitobains d’origine africaine, notamment les francophones. Son décès, le 12 septembre dernier, après un long combat contre le cancer, laisse particulièrement la communauté africaine dans le deuil.

Pour Jacob Atangana-Abé, il s’agit de la perte d’un « grand engagé, qui incarnait le don de soi pour le bonheur des autres ».

Par Daniel BAHUAUD 

Jacob Atangana-Abé est affaires de l’Université de Saint- Boniface, et membre du Conseil consultatif des affaires francophones. Le Camerounais d’origine souligne que les amis intimes d’André Doumbè l’appelaient « grand frère ».

« André, c’était un proche ami. Et c’était l’ami de tous les Africains. Un grand frère. Dans la tradition africaine, un grand frère, c’est un substitut au père. C’est le grand frère qui joue le rôle de père pour ses cadets. C’est ce qu’André Doumbè repré- sentait pour les Africains du Manitoba. Et pas juste les Camerounais. Tous les Africains.

« Bien sûr, André Doumbè était un des pionniers de l’immigration africaine au Manitoba. Il est arrivé au Canada en 1978, à l’âge de 29 ans. Il avait l’expérience de vie et surtout de désir d’aider qui faisait de lui une personne ressource extraordinaire. Pour les nouveaux arrivants comme moi, qui suis arrivé à Winnipeg en 2001, il a été une source de conseils très personnalisés.

C’est André qui m’a souligné que je devrais éviter certains quartiers de Winnipeg, et qui m’a conseillé de m’installer à Saint- Boniface. Ces conseils, il les offrait à tous. Il allait jusqu’à l’aéroport pour accueillir les nouveaux arrivants. En quelque sorte, sur le plan individuel, il préfigurait l’Accueil francophone. »

Selon Jacob Atangana-Abé, l’engagement d’André Doumbè « était intimement lié à son caractère ».

« André n’a jamais pris les choses du mauvais côté. Il regardait ce qu’il y avait en bien dans chacun de nous. Au sein des nombreux organismes dans lesquels il a évolué, il était un médiateur hors pair. Il savait bien gérer les conflits et mener à bien les projets. En fait, c’était un expert dans la mise en œuvre de projets. Quand une bonne idée était proposée, il répondait : C’est bon. On avance. »

Ainsi, en 1997, André Doumbè a été membre fondateur de la African Communities of Manitoba Inc. (ACOMI), organisme qui cherche à permettre à tous les Africains de la province de survivre et de s’épanouir. Il a par ailleurs été président de l’ACOMI de 2007 jusqu’à son décès. « André a aidé l’ACOMI à surmonter plusieurs crises de leadership. Lorsqu’il a assumé la présidence, tout le monde s’est mis derrière lui. »

En outre, André Doumbè a fait partie d’Afro-fonds, un regroupement visant à aider les Africains à investir des sommes modestes dans la bourse nord- américaine. Jacob Atangana-Abé présice : « L’idée typiquement africaine a été conçue vers la fin des années 1990. Les membres étaient organisés en tontine, une sorte d’association collective d’épargne. Chacun donnait 20 $. Un comité d’investisseurs trouvait des investissements appropriés. Et les gains ont contribué aux portefeuilles de plusieurs membres, en leur permettant, par exemple, de verser un paiement de mise de fonds pour un prêt hypothécaire. »

En outre, André Doumbè a été membre fondateur, en 2001, de l’Amicale de la francophonie multiculturelle du Manitoba. Et en 2002, l’association camerounaise Sous le Baobab est fondée chez lui, dans sa maison.

Plus récemment, en mai 2015, André Doumbè avait été membre fondateur de la Coalition des communautés africaines franco- phones du Manitoba.

« André a joué un rôle clé dans la création de cet organisme, qui vise à répondre davantage aux besoins des francophones d’origine africaine dans les écoles de la Division scolaire franco-manitobaine. Entre autres, on estimait que la composition démographique du personnel enseignant à la DSFM ne correspondait pas à la francophonie actuelle. Et c’est tout à l’honneur de la DSFM qu’on a tenu compte de nos propos. »

André Doumbè a également siégé au Conseil de l’immigration du Manitoba et à la Commission des droits de la personne du Manitoba. Au moment de son décès, il travaillait à l’élaboration d’un fonds pour l’éducation des Africains avec Francofonds.

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