Le jeudi 21 septembre, le Festival du Voyageur a dévoilé la sculpture de David Perrett qui transforme le tronc du grand orme du parc Whittier en œuvre d’art. L’aînée autochtone Linda Blomme a offert une prière, et Janine Tougas a récité une version du conte de la Chasse-Galerie devant une soixantaine de personnes.

Gavin BOUTROY et Valentin CUEFF

Atteint de la maladie hollandaise de l’orme, l’arbre avait été abattu. Le Festival du Voyageur, bénéficiant de 16 000$ du Land Dedication Reserve Fund de la Ville de Winnipeg, a ensuite lancé un concours afin de sélectionner un sculpteur pour transformer le tronc de l’arbre qui avait près de 200 ans.

David Perrett, auteur de la soumission gagnante, décrit Nous rêvons de canots volants, l’œuvre qu’il façonne depuis la mi-juillet. « C’est une main qui sort de la terre, et qui lance un modèle de canot, comme si c’était un avion de papier.

« Je connais bien le site. J’ai été employé du Festival du Voyageur comme forgeron et animateur de programme scolaire. Je me suis marié au Fort Gibraltar. Pour moi, l’arbre, ça a toujours été le centre de jeux. J’ai vu des octogénaires redevenir des enfants autour de l’arbre en chantant L’arbre est dans ses feuilles. Alors je voulais faire quelque chose qui ne soit pas trop sérieux.

« J’ai donné un modèle de canot à mon enfant et je lui ai demandé de faire semblant qu’il volait. Il l’a lancé à l’autre bout de la pièce. »

Le canot en aluminium a été incorporé à la main sculptée dans l’orme à ces fins ludiques, mais également pour rappeler le mythe de la Chasse-Galerie.

Dans la version la plus répandue, le conte d’Honoré Beaugrand, des bûcherons font un pacte avec le diable afin qu’il fasse voler leur canot jusqu’au village pour se livrer à la débauche, et qu’il les ramène au chantier au petit matin.

L’artiste souligne que ce mythe serait ancré dans des légendes autochtones, et que le canot remonte à bien plus longtemps que le Manitoba.

L’importance de reconnaître que cette œuvre se situe sur des terres autochtones est également reflétée par les symboles des chefs autochtones Cris et Saulteaux signataires du traité de Selkirk de 1817, gravés dans le flanc du tronc de l’orme.

Les symboles, ainsi que les jointures du canot, sont retracés avec des peintures phosphorescentes, respectivement bleues et vertes. Le vert du canot s’apparente au vert des aurores boréales.

« L’arbre ne sait pas encore qu’il est mort, il est très vert. L’orme ne sèche pas plus vite qu’un pouce par an, alors pendant 20 à 30 ans il va continuer à craquer. Quand les craques sont suffisamment grosses, j’y ajouterai de la silicone avec du pigment bleu phosphorescent. »

Le canot de la sculpture : une forme trop évocatrice?

David Perrett et sa sculpture.

Esprits tordus ou observateurs perspicaces? Depuis la publication d’une image de la sculpture sur le site de Radio-Canada, mercredi 20 septembre, plusieurs personnes ont donné une interprétation peu orthodoxe de l’œuvre.

Selon divers commentaires de la photo sur les réseaux sociaux, le canot aurait en effet une forme phallique évidente. Un détail qui n’a pas manqué d’amuser des internautes, qui le faisaient remarquer à demi-mot.

Une observation facétieuse, qui est parvenue aux oreilles de l’organisation du Festival du Voyageur :
« On a eu des réactions positives et négatives », explique Nicolas Audette, gérant du marketing et des communications au Festival. « Ces réactions découlent d’une photo qui a été prise d’un certain angle. Personnellement, je ne m’en étais jamais rendu compte. »

Si certains ont pris cette ressemblance involontaire avec humour, d’autres auraient fait part de leur mécontentement. « Quelques personnes n’ont pas apprécié cela, mais il faut qu’elles comprennent que ce n’était pas du tout intentionnel. »

Nicolas Audette ajoute que, si certains observateurs devinent un appareil génital masculin dans un canot de voyageur, ils sont dans leur bon droit. « C’est une œuvre d’art, et comme toute œuvre d’art, elle est sujet à l’interprétation de celui qui l’observe. Chacun y voit ce qu’il veut. »

L’artiste David Perrett, au courant de cette interprétation incongrue, aurait pris cela à la légère. Et invoquerait, lui aussi, la liberté d’interprétation.

Retrouvez le débat sur les origines du mythe de la Chasse-galerie dans La Liberté du mercredi 27 septembre.

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