Dougald Lamont, élu samedi chef du Parti libéral du Manitoba.

Par Barbara GORRAND

Élu samedi au terme d’un scrutin agité, et après un deuxième tour serré remporté par 296 voix contre 288 face à la députée Cindy Lamoureux, Dougald Lamont est donc le nouveau visage du Parti libéral du Manitoba.
Si Dougald Lamont ne siègera pas à l’assemblée législative du Manitoba, il compte faire du Parti libéral une force d’opposition notamment dans l’optique des élections de 2020.

Il devient ainsi le second chef de parti d’opposition au Manitoba à revendiquer son bilinguisme, acquis au cours d’une scolarité en immersion, quelques semaines après l’élection de Wab Kinew à la tête du NPD.

Retrouvez ci-dessous l’entretien que Dougald Lamont avait accordé à La Liberté pendant sa campagne.

(Entretien publié dans La Liberté du 20 septembre 2017)

En juin dernier, lorsqu’il a annoncé qu’il rentrait dans la course à la chefferie du Parti libéral du Manitoba, Dougald Lamont savait qu’il lui faudrait combler un certain déficit de popularité. Au sein même de son parti, où il est en lice aux côtés de Jon Gerrard et Cindy Lamoureux, deux figures politiques bien ancrées localement. Et auprès du grand public, qui le connaît peu.
Enseignant en relations publiques au département des Sciences politiques de l’Université de Winnipeg, ce père de quatre enfants a souvent œuvré dans l’ombre de différentes campagnes politiques, et notamment aux côtés de Robert-Falcon Ouellette lors de sa campagne municipale en 2014.
En 2013, il se lance une première fois dans la course à la chefferie du Parti libéral du Manitoba, où il arrive en seconde position. Cette fois, il est déterminé à remporter le scrutin.

Pourquoi vous étiez- vous présenté en 2013?

Dougald Lamont : En 2013, je me suis lancé pour la première fois dans la course à la chefferie, parce que je craignais ce que Brian Pallister ferait en tant que Premier ministre. Aujourd’hui, tout le monde peut constater que j’avais vu juste. Alors je veux donner aux Manitobains la possibilité de voter pour un parti qui soit une véritable alternative aux conservateurs et au Nouveau Parti démocratique. C’est pourquoi on veut recréer un parti crédible, progressiste, pratique, pour que les gens aient cette opportunité de vote en 2020.

À quel électorat vous adressez-vous?

D. L. : On s’adresse à nos électeurs mais aussi aux gens qui ont été abandonnés par les autres partis. Et parfois au sein même des autres partis, puisque le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique considèrent qu’ils ont des groupes d’électeurs acquis, qui ne voteront jamais pour l’autre parti, alors ils les abandonnent aussi. Par exemple, le NPD a gelé l’allocation logement pendant 20 ans, malgré les hausses des loyers. Ils ont abandonné leur base.
Et maintenant, le PC fait la même chose avec les coupures en santé, qui affectent au rural des gens qui ont voté conservateur pendant des années. Nous voulons un parti qui gouverne pour tout le monde, pas uniquement pour notre base. En santé, en éducation, pour les Autochtones. Il y a beaucoup de défis à relever. Et changer la politique au Manitoba, c’est un défi. Beaucoup de gens pensent que tous les politiciens sont les mêmes, il faut les convaincre qu’ils peuvent avoir confiance. La meilleure façon de changer notre économie, notre santé, c’est de le faire démocratiquement.

Et comment comptez-vous défendre la francophonie?

D. L. Il ne s’agit pas uniquement de défendre la francophonie, mais aussi de la promouvoir. J’ai appris le français en immersion à Winnipeg, mes enfants sont à l’école d’immersion. On veut promouvoir le bilinguisme et s’assurer que les francophones ont des services en français, pas uniquement à Saint-Boniface mais aussi dans les zones rurales où il y a des populations francophones, c’est important pour la culture du Canada, mais aussi celle du Manitoba, fondé par Louis Riel. Promouvoir la langue française c’est fondamental pour notre province.

Comment comptez-vous vous y prendre?

D. L. : Cela passe par une politique linguistique forte : des fonds pour l’éducation, notamment l’Université de Sa int-Boniface, encourager le bilinguisme dans les écoles publiques. Et encourager les projets de développement en soutenant les organismes comme le CDEM, Entreprises Riel, la SFM. Le gouvernement conservateur, lui, coupe les fonds destinés aux agences qui aident les entrepreneurs et permettent la croissance de l’économie. Ils n’ont aucune stratégie.
Le Premier ministre Pallister décide de couper ici 10 %, ici 15 %, au hasard, sans penser aux conséquences, dans l’économie, dans le social, dans la santé. Dans le même temps, le gouvernement a baissé les taxes : cela fait 150 millions $ de moins pour le gouvernement, cela représente 600 millions $ de dettes qui vont se répercuter sur les années à venir. Et cela favorise les plus riches : quelqu’un qui touche 14 000 $ par année fera une économie de 16 $ par an, mais quelqu’un qui fait 200 000 $ économisera 500 $.

Qu’est-ce qui vous différencie des deux autres candidats de votre parti?

D. L. : Jon Gerrard est élu depuis près de 20 ans. Cindy Lamoureux est jeune, elle vient d’être élue, mais elle est issue d’une grande famille politique. Je ne suis pas élu, j’ai travaillé toute ma vie, dans le secteur public comme privé. Mon expérience de vie est différente de celle de Jon et de Cindy. Et ma famille est comme toutes les autres familles : je travaille, ma femme travaille, on a des difficultés financières malgré tout…

Êtes-vous favorable à ce que Steven Fletcher, écarté du caucus conservateur cet été, intègre le caucus libéral?

D. L. : Je vais répondre en deux temps. Est-ce que je pense que M. Fletcher devrait rejoindre les libéraux? Cela ne marcherait pas. Il faut quand même partager des valeurs, et je n’arrive pas à trouver une valeur que je partage avec M. Fletcher. Il n’a pas grand-chose à faire avec nous. Mais est-ce que je pense que M. Fletcher devrait avoir le droit de rejoindre un autre caucus? Absolument, au nom de la démocratie.

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