Nicole Matiation

En 1941, le film britannique The 49th Parallel a permis aux cinéphiles du monde entier de contempler l’avenue Portage et de visiter une colonie d’Huttérites bien manitobaine. Ce qui était rarissime à l’époque est devenu monnaie courante en 2017. Explications d’un phénomène.

Par Daniel BAHUAUD

En août, le pont Arlington a été fermé à plusieurs reprises pour permettre le tournage d’un long métrage hollywoodien, dont le titre n’a pas encore été rendu public.

Il s’agissait d’une de sept grandes productions tournées (1) qui ont fait de 2017 une année importante pour l’industrie du cinéma manitobain.

Nicole Matiation, la directrice générale d’On Screen Manitoba, dresse le portrait d’une croissance remarquable : « Quelques Winnipégois ont grommelé que le pont Arlington était fermé à la circulation. S’ils savaient ce que ça nous rapporte, ils ne se seraient pas plaints. En moyenne, le Manitoba attire près de 100 millions $ en productions cinématographiques, que ce soit des long métrages, des séries télés ou des films documentaires. En 2016-2017, on a atteint 127 millions $.

« Les retombées sont énormes. Près de 60 % des coûts d’une production sont consacrés à la main-d’œuvre. Et quand on tourne chez nous, 90 % des employés sont d’ici. Cette année, ça représente 1 400 emplois à temps plein pour les Manitobains. C’est 200 emplois de plus qu’en 2013. Il y a aussi les bénéfices pour nos hôtels, restaurants et magasins locaux. »

Et puis surtout, le montant de productions tournées à Winnipeg et au Manitoba est à la hausse. « Le tournage de deux longs métrages, Sorry for your Loss et Snowed Inn, vient tout juste de commencer en ville. Aussi, depuis quelques mois, la série télé de la CBC Burden of Truth s’est installée dans un café à Selkirk. »

Pour Nicole Matiation, ce n’est pas un hasard si l’industrie du cinéma va bien au Manitoba : « C’est vrai, on bénéficie du fait que l’industrie au Canada est en pleine croissance. Mais le succès manitobain est surtout dû aux politiques gouvernementales en place depuis déjà 30 ans. La Province accorde un crédit d’impôt de 45 % à 65 % sur la main-d’œuvre  manitobaine, ce qui stimule l’emploi et attire les productions. De plus un deuxième crédit d’impôt est offert sur l’ensemble des dépenses effectuées au Manitoba. »

Atout supplémentaire, Winnipeg attire des productions par sa variété architecturale. Nicole Matiation élabore : « Le Quartier de la Bourse a souvent passé pour Chicago, comme dans le film de 2004 Shall We Dance?, qui mettait en vedette Richard Gere. Mais on peut aussi reproduire une ambiance du Greenwich Village de New York ou l’atmosphère de Londres. Surtout pour des films d’époque. On a des quartiers résidentiels typiques des années 1940 et de l’après-guerre, ou encore des banlieues des années 1970. »

« Et n’oublions pas la campagne, qui peut passer pour les grandes plaines américaines, le Far-West ou encore les steppes de la Russie. Si vous avez vu Heaven Is For Real (2014) ou The Lookout (2007), vous comprenez combien nos champs sont pittoresques. »

« Et puis il y a d’autres attraits. On n’a pas d’océan, mais le lac Winnipeg peut passer pour la mer. Surtout en hiver, comme dans le film de sous-marin de Harrison Ford, K-19 The Widowmaker, qui a été tourné en partie à Gimli. »

« Côté transport, Winnipeg pullule de collectionneurs de voitures souvent louées pour les plateaux de tournage. On est aussi une des rares régions au pays qui ont un train à vapeur qui roule, le Prairie Dog Central. La série télé The Pinkertons, une coproduction canado- américaine, est venue tourner à Grosse Isle pendant un an pour avoir accès au train et à sa gare. »

(1) Il s’agit, entre autres, de Finding Faith, Gone, How It Ends, Into the Invisible Light.

DÉCOUVREZ LA CARTE DES TOURNAGES D’ON SCREEN MANITOBA

 


Winnipeg au petit et grand écran

→ The Arrow, film réalisé pour la télé avec Dan Ackroyd (1997) – Les hangars de l’Aéroport international de Winnipeg

→ Capote, mettant en vedette Philip Seymour-Hoffman (2003) – Le Palais législatif du Manitoba, le pénitencier de Stony Mountain.

→ Heaven Is For Real, avec Greg Kinnear (2014) – Winnipeg, Beauséjour, Selkirk, Warren.

→ Inertia, avec Micheline Marchildon (2001) – L’Université de Saint-Boniface.

→ The Italian Job, avec Mark Wahlberg et Donald Sutherland (2003) – L’ancien édifice d’Hydro Manitoba.

→ The Lookout, mettant en vedette Joseph Gordon-Levitt (2007) – La Bibliothèque du Millénaire, Calvary Temple, le quartier de la Bourse, le village de Hartney.

→ Riel, mini-série de la CBC/SRC, avec Réal Cloutier (1979) – Le Lower Fort Garry.

→ Shall We Dance?, avec Richard Gere et Jennifer Lopez (2003) – La promenade South Drive, le quartier de la Bourse.

→ You Kill Me, avec Ben Kingsley et Micheline Marchildon (2007) – La Fourche.

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