Justin Légaré

Candidate à l’accueil d’une franchise professionnelle de soccer, Winnipeg pourrait rapidement faire basculer son ballon rond dans une nouvelle dimension. Une perspective réjouissante pour les acteurs locaux de ce sport, conscients du long chemin qui leur reste à parcourir.

Par Léo GAUTRET

2018 s’annonce comme une année charnière pour le soccer au Manitoba. À Winnipeg, l’arrivée d’un premier club professionnel paraît imminente. Un dossier piloté par le Winnipeg Football Club, qui souhaiterait intégrer cette équipe à la Première Ligue Canadienne, futur championnat national de soccer. Annoncé en mai dernier, et attendu pour 2018, ce dernier regrouperait les clubs d’une dizaine de villes, dont les candidatures sont encore à l’étude.

De bon augure pour les acteurs du ballon rond au Manitoba, dont fait partie Justin Légaré, entraîneur de soccer des Rouges de l’Université de Saint- Boniface (USB) et codirigeant de la RDT Mini Soccer League.

« Ça fait longtemps que j’entends des rumeurs à ce sujet. Je vois ça comme une grande étape pour le soccer au Manitoba. Je pense que ça ne peut que permettre à la province d’améliorer son niveau. Pour moi, c’est un sport qui a vraiment sa place ici, on l’a vu pendant les Jeux du Canada ou lors de la dernière Coupe du Monde féminine qui avait rempli l’Investors Group Field. »

Mais au-delà de l’engoue – ment candide suscité, l’entraîneur de l’USB prend conscience de l’ampleur de la tâche sousjacente. « Il va vraiment falloir mettre notre formation au niveau. » Car à l’ombre du hockey, du football ou du baseball, tous trois ancrés dans l’identité sportive canadienne, le soccer peine à trouver sa place.

« Le soccer n’est pas dans notre culture. Les parents n’allouent pas assez de temps à leurs enfants pour la pratique de ce sport, alors qu’il en faudrait beaucoup plus pour l’apprentissage des fondamentaux et de la technique. »

Un avis partagé par Patrick Di Stefani, ancien joueur et entraîneur d’équipes professionnelles en Europe, qui a créé en 2003 à Winnipeg l’académie de soccer « Focus 9 ». Il dresse un constat sans équivoque.

« Ici le soccer c’est un jeu de parc. On n’est pas au niveau sur la formation des jeunes. Contrairement à d’autres sports comme le hockey, on travaille très mal avec les joueurs de 6 à 12 ans. Il faut retourner aux bases. Je ne jette pas la pierre aux parents qui prennent en charge les équipes par exemple, mais c’est mon analyse. »

Chargé chaque année de la formation de 200 à 250 jeunes de 11 à 18 ans, l’entraîneur de 52 ans voit d’un bon oeil l’arrivée de ce championnat de haut niveau.

 

« Ici le soccer c’est un jeu de parc »
Patrick Di Stefani

« Cette nouvelle ligue va permettre deux choses. Mettre la pression sur les clubs locaux pour rehausser leur niveau de formation. Et voir s’il y a des joueurs capables de jouer au haut niveau. » Une belle opportunité pour eux, même si comme pour d’autres sports professionnels, les places dans l’équipe première vaudront très cher. « C’est une chance pour les joueurs d’ici, mais comme avec les Bombers et les Jets, ils vont devoir être très forts pour s’imposer. »

Pour élever le niveau de formation, Patrick Di Stefani appelle à une complète remise en question du système en place.

« S’ils veulent réussir, il va falloir chercher des gens qui ont des compétences au niveau professionnel. Il faut faire une réforme au niveau des clubs et de la compétition. Aller en Belgique, aux Pays-Bas, en France, pour aller voir comment ils travaillent. Oser dire qu’on ne travaille pas assez bien, et que maintenant on va faire ce qu’il faut. »

Une rude réalité à laquelle Justin Légaré s’est confronté il y a deux ans, en visitant les centres de formation de clubs professionnels espagnols. Ce qui se fait de mieux au monde.

« J’ai visité le centre de formation du Real Madrid, de l’Atlético Madrid et d’autres clubs de la région de Madrid. Ça m’a vraiment ouvert les yeux sur le fait que le Manitoba a besoin de vrais centres de formation et d’y impliquer les bonnes personnes. Ici malheureusement, c’est un peu le concours de celui qui aura le plus grand nombre de jeunes, au détriment de la qualité du travail. »

À la lumière de son expérience du haut niveau, Patrick Di Stefani pointe du doigt cette formation défaillante des entraîneurs canadiens. « En Europe, pour avoir le diplôme d’entraîneur UEFA B (le troisième grade d’entraîneur en Europe, ndlr), c’est trois ans de formation avec l’obligation d’entraîner une équipe. Ici, il faut une semaine pour avoir son équivalence, le B national. Tout est dit. »

Aussi dur soit-il, le constat ne démotive pas pour autant Justin Légaré qui souhaite passer son diplôme B provincial, avant de le valider au niveau national.

« Il y a du nettoyage à faire c’est sûr, mais il y a d’excellents entraîneurs au Manitoba, qui ont l’amour du jeu, et qui peuvent partager leurs connaissances. On a même créé un petit club de coach qui se rassemble chaque mois. Mais je pense que ce qui nous manque, c’est la cohésion. »

Une première étape à franchir pour répondre aux exigences d’un sport en voie de professionnalisation.

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