Alain Damphousse et Marcel Delorme.

L’annonce de la fermeture de huit succursales de Caisse Groupe Financier en région est une source de mécontentement chez plus d’un membre. Le manque de consultation est sérieusement déploré.

Par Daniel BAHUAUD

Huit villages perdront leur caisse populaire le 1er mars prochain : Haywood, Letellier, Marquette, Rathwell, Richer, Saint-Léon, Saint-Joseph et South Junction.

À Saint-Joseph, Marcel Delorme, un producteur laitier, est « triste et frustré ». « J’ai siégé pendant 18 ans au conseil d’administration de la Caisse de Saint-Joseph et ensuite à celui de la Caisse Provencher, à laquelle appartenait la Caisse de Saint- Joseph après le fusionnement en 1998. Notre caisse a été fondée en 1938. Je suis déçu qu’on ne nous ait pas consultés. Les membres n’ont reçu qu’une lettre nous annonçant la fermeture de notre succursale.

« L’annonce d’un fait accompli n’est pas une consultation. Il aurait fallu des sondages. Et une rencontre avec les membres pour nous expliquer le raisonnement derrière cette décision, avec chiffres à l’appui. Je suis entrepreneur. Je respecterais des chiffres. Mais on dirait que les membres dans les communautés ne sont plus entendus. Le seul recours qui nous reste pour exprimer notre mécontentement est l’Assemblée générale annuelle. Bien sûr, à ce point-là, il sera trop tard. » (L’AGA aura lieu le 24 janvier 2018.)

À Saint-Léon, Lucille Labossière est tout simplement « dégoûtée ». « Saint-Léon a une très forte tradition coopérative. Notre caisse a été fondée en 1939. Pour exprimer notre mécontentement, mon époux Luc et moi avons écrit une lettre à Joël Rondeau, le directeur général de Caisse Groupe Financier. Ce sont des employés à la succursale de Notre-Dame-de-Lourdes qui nous ont soufflé la nouvelle que nous allions recevoir une lettre annonçant la fermeture. Ils déploraient la manière impersonnelle de communiquer la nouvelle. C’est vrai. Une simple lettre, c’est blessant. »

« On a déjà perdu notre école française. En perdant la caisse, on perd un élément qui rendait attrayante la possibilité de s’établir à Saint-Léon. C’est d’autant plus blessant qu’on nous annonce que la fermeture se fera en raison du faible volume d’activité. Pourtant, la population de Saint-Léon est relativement stable. Et notre succursale dessert plusieurs villages avoisinants, comme Somerset et Altamont. C’est vrai que, de plus en plus, les membres peuvent se prévaloir d’e-Caisse, le service en ligne.

« N’empêche que nos agriculteurs et les coopératives locales, comme la Pembina Consumers’ Co-op, fréquentent régulièrement le comptoir à Saint-Léon. Elles doivent faire des dépôts à tous les jours. Au lieu de prendre dix minutes pour le faire, elles seront obligées de se déplacer à Notre-Dame-de- Lourdes. En tout, c’est une bonne heure.

« Je pense aussi à nos aînés, qui n’ont pas de voiture et qui sont habitués à faire des transactions manuelles. Il n’y a même pas de guichet automatique à Saint-Léon. Comment feront-ils?

« Par ailleurs, nous sommes agriculteurs. On a fait des prêts à la Caisse. On transige toujours avec la Caisse. On contribue à son actif. Le moindre que Caisse Groupe Financier puisse faire, c’est d’offrir un service dans notre communauté. »

Alain Damphousse, le gérant de la Coopérative de Saint- Joseph, se sent dans le même bateau. « Notre coopérative transige chaque jour avec la Caisse. Et un bon nombre d’agriculteurs aussi, sans parler de nos organismes communautaires, comme la paroisse Saint-Joseph, le Musée Saint- Joseph, et la salle communautaire. Ils devront désormais se rendre à Saint-Jean-Baptiste. C’est un coup dur.

« Et un coup qu’on a essayé d’éviter, en appuyant la Caisse du mieux qu’on peut. Son comptoir est situé dans notre local. Et le loyer qu’on charge à Caisse Groupe Financier n’est que de 240 $ par mois. C’est une somme minime, parce que nous, on croit au mouvement coopératif. Là, depuis l’annonce de la fermeture, beaucoup de gens sont découragés. Ils songent sérieusement à fréquenter la Credit Union à Altona. »

Marcel Delorme rappelle qu’au cours des années 1990, la Caisse de Saint-Joseph possédait un actif de 1,5 million $. « Est-ce que Caisse Groupe Financier peut se permettre de perdre un tel revenu si tous les agriculteurs et membres devenaient membres d’une Credit Union? »


Les arguments de Caisse Groupe Financier

Joël Rondeau, le directeur général de Caisse Groupe Financier, assure que la décision de fermer huit succursales a été « très difficile » à prendre.

« La décision a été discutée longuement au conseil d’administration. Huit de nos 11 membres représentent les régions. On reconnaît l’importance de la Caisse dans nos communautés. On reconnaît que notre présence a eu un impact positif.

« En même temps, il fallait équilibrer les besoins de nos membres avec une saine et prudente gestion financière. De plus en plus, les membres se prévalent de nos services en ligne pour effectuer leurs transactions. On se sert de moins en moins de chèques. On a mesuré le nombre de transactions manuelles dans chacune des huit succursales, ainsi que le volume des autres activités. Et tenant compte du nombre des membres, du potentiel d’attirer d’autres membres et des coûts associés à une présence physique, on a conclu qu’il valait mieux fermer les comptoirs.

« On sait qu’il y a la possibilité de perdre des membres. Avant de trancher, on a fait beaucoup d’appels téléphoniques en région, pour avoir leur avis. Leurs réponses ont renforcé notre perspective »

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