Vanessa Ahing a été végétarienne pendant plus de quatre années. Par refus de l’industrie de la viande qui, à son avis, est cruelle et nuit à l’environnement. Pourtant, un bon steak lui manquait. Pour réconcilier conscience et palais, un choix nouveau s’imposait…

Par Daniel BAHUAUD

Un soir de septembre, en 2013, Vanessa Ahing rentrait de la campagne, où elle avait abattu son premier chevreuil. Souvenir de l’enseignante de 31 ans :

« J’étais toute seule. J’avais suivi une formation de chasse pour femmes, organisée par la Manitoba Wildlife Foundation. Mon chevreuil, coupé en quarts, était dans un sac de hockey dans le coffre de ma Honda Civic. C’était mon premier animal. Je voulais vivre l’expérience complète de la chasse. Donc pas question pour moi d’aller chez un boucher. D’ailleurs, j’étais étudiante. Je n’avais pas le fric pour me payer un tel service.

« Je me demandais comment j’allais faire pour préparer cette viande. Je n’ai pas été élevée dans une famille de chasseurs, ou même de jardiniers. Mes parents n’étaient pas prêts à avoir un chevreuil chez eux. Et moi, je vivais dans un petit appartement pour célibataires au centre-ville de Winnipeg. « Il était tard. Trop tard pour dépecer l’animal tout de suite. Alors j’ai ouvert les fenêtres de mon appartement. Je me suis endormie dans mon sac de couchage. Le lendemain, j’ai tapé Comment couper de la viande de chevreuil sur YouTube. Et je me suis mise à l’oeuvre. »

C’était déjà par YouTube en 2009 qu’elle s’était convaincue de ne plus manger de la viande. « J’ai une maîtrise en sociologie. Mon mémoire portait sur les coopératives internationales et le commerce équitable. Je suis sensible à la justice sociale et aux questions environnementales. Je me suis mise à visionner des documentaires sur l’industrie de la viande. Ce commerce est souvent cruel pour les animaux. Il accapare les terres arables et consomme énormément d’eau et de carburants. Je me suis aussi mise à lire sur l’élevage industriel. Plus je lisais, plus j’étais convaincue qu’il fallait arrêter de manger de la viande. Je ne pouvais pas voir comment je pourrais continuer d’en manger la conscience tranquille. Alors je suis devenue végétarienne. »

Une décision qui n’a pourtant pas été facile, comme le confie Vanessa Ahing. « Je suis allergique aux noix. Ça a limité mes choix de protéines nécessaires pour être en santé. Et puis j’aime le goût de la viande. Ça me manquait. J’ai quand même tenu le coup jusqu’en 2013 quand, en poursuivant ma recherche, j’en suis venue à comprendre que je pouvais manger de la viande sauvage, et que comme ça ma conscience ne me tracasserait pas. »

« Le chevreuil, la bernache, le canard, c’est la viande la plus naturelle, la plus biologique qui soit. Et qui n’est pas liée à des pratiques qui font du tort à la nature, aux animaux et aux humains.

« J’assume vraiment la pleine responsabilité pour la viande que je consomme. Ça prend deux secondes pour abattre un animal. Mais la chasse va beaucoup plus loin que ce bref instant. Il faut apprendre à manier son arme, suivre les formations, obtenir les permis, savoir où et quand chasser, tisser des liens avec les agriculteurs si on veut chasser sur leurs terres, savoir traquer l’animal, l’abattre, le dépecer et le cuire. Quand un steak de chevreuil est dans mon assiette, je l’apprécie beaucoup plus. »

Ce qui n’empêche pas parfois Vanessa Ahing de manger d’autres viandes. « C’est rare, mais ça arrive. Mon but ultime est de ne manger que de la viande sauvage. Je m’approche de plus en plus de cette cible. Mais je ne vais pas froisser ma famille ou mes amis lorsqu’ils m’invitent à dîner. Alors, oui, il m’arrive de manger du poulet, du boeuf ou du porc. Je reconnais que la chasse, ce n’est pas pour tout le monde. Je respecte les choix, et la conscience, des autres.»

 


Chasse : les femmes s’organisent

Vanessa Ahing a découvert la joie d’appartenir à une communauté grandissante au Manitoba : les femmes qui font la chasse.

« Je suis membre de Team Lady Fowlers, un club de chasse pour femmes fondé en 2015. Au début, nous étions huit femmes et trois mentors. Nous nous étions rencontrées aux ateliers pour femmes Becoming an outdoorswoman (BOW) de la Manitoba Wildlife Federation.

« Ces formations BOW sont de plus en plus populaires. Plus de femmes s’intéressent à la chasse. On aime la camaraderie, l’esprit d’équipe et d’entraide. Beaucoup de femmes ont des maris ou des frères qui chassent. Ça peut être intimidant, surtout quand on est débutante. Et puis se rencontrer entre copines, c’est amusant. »

En 2017, Team Lady Fowlers compte 16 membres. « D’autres s’ajouteront, j’en suis convaincue. Nous sommes plus visibles, puisqu’on organise des ateliers éducatifs chez Cabela’s, le pourvoyeur d’équipement de chasse et de pêche. »

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