À 23 ans, le danseur natif de Gand en Belgique vient d’intégrer la compagnie professionnelle winnipégoise, dans laquelle il est le seul francophone. Une jolie pirouette, quand on sait que Peter Lancksweerdt a appris le français il y a quelques années seulement, par passion pour son art.

Par Barbara GORRAND

Il a ce port altier qui trahit les années de répétitions. Le pas léger et le geste précis, Peter Lancksweerdt traverse la vie comme il s’approprie la scène : en dansant. Pourtant, rien ne prédestinait ce jeune homme à devenir danseur classique : « Cela n’a jamais été un choix conscient. En fait, j’ai toujours été très actif. J’avais besoin d’une activité physique pour canaliser mon énergie. Cela a commencé un peu par imitation, alors qu’à quatre ans, j’accompagnais mon grand frère à ses cours de danse pour enfants, des cours d’éveil. J’ai continué, même quand mon grand frère a arrêté. Et puis, quand j’ai eu huit ans, on m’a proposé d’essayer la danse classique. À l’effort physique s’ajoutait alors la précision, et cela m’a plu. Ça me semblait simplement naturel. »

Ce qui est beaucoup moins naturel, c’est l’aisance avec laquelle Peter Lancksweerdt s’exprime en français. Parce que ses premiers pas – de bourrée – dans le monde du ballet, le jeune homme les effectue dans la Flandre belge. Et donc, en néerlandais. À Gand, puis à Grammont, puis à l’école du Ballet royal de Flandre, à Anvers, qu’il intègre à l’âge de 10 ans. « On m’avait suggéré de présenter l’audition parce que j’étais un garçon, ce dont ils manquent, et que j’avais un peu de talent. Mais je ne me rappelle pas d’avoir fait un choix délibéré de carrière. Pour moi, c’était une suite logique. J’ai continué sans trop me poser de questions. »

Au Ballet royal de Flandre, Peter Lancksweerdt découvre l’école de la discipline. Et il s’y épanouit. Tant et si bien qu’à 14 ans, il décide de franchir une nouvelle étape et se présente au Conservatoire de Paris. « La grosse difficulté, c’était que je savais dire Bonjour et Au revoir en français. Et encore, plus ou moins! » Mais ni cette barrière linguistique, ni le haut niveau auquel il est confronté à Paris ne doucheront l’enthousiasme du danseur qui, six ans plus tard, quitte le Conservatoire diplômé… et complètement francophone.

« Tout le monde veut entrer
au Ballet royal de Winniweg »

Peter Lancksweerdt

« En quittant le Conservatoire, j’ai fait comme tous les danseurs : la course aux auditions. En début de carrière, c’est tellement désespérant. Je me souviens des auditions pour intégrer le corps de ballet à Munich. Après une première sélection, il restait encore 60 garçons, tous bons! J’ai envoyé ma candidature partout, jusqu’en Australie et en Nouvelle-Zélande. Et j’ai été accepté au Ballet théâtre atlantique du Canada, à Moncton. »

Une première expérience professionnelle dont il ressort, dit-il, « grandi ». « Deux semaines après être arrivé, on me proposait d’être le cavalier dans Casse-Noisette, c’était à peine croyable! Trois ans plus tard, j’ai fini en étant Don José dans Carmen. »

Enfin rassuré sur son talent, Peter décide alors de viser plus grand. « Au Canada, comme un peu partout en Amérique du Nord, le Ballet royal de Winnipeg est très célèbre. Il a une excellente réputation, tout le monde veut y entrer. En fait, la compagnie est tellement connue qu’elle fait des tournées de recrutement à travers tout le pays et que les danseurs s’y précipitent (1)!

« Quand j’ai été admis dans le corps de ballet, j’ai été très fier. Plus de spectacles, une grande variété dans le répertoire, un niveau élevé, je ne pouvais rêver mieux. Après, comme tout le monde, je n’avais pas entendu beaucoup de positif sur la ville en elle-même. Mais finalement, depuis que je suis arrivé l’été dernier, Winnipeg s’est révélée être une bonne surprise! »

S’il redoute un peu la rudesse de l’hiver manitobain, Peter Lancksweerdt ne craint pas vraiment la solitude qui y est généralement associée. Parce qu’il y a autre chose qu’il a également emportée de Paris : sa conjointe, danseuse tout comme lui, qui l’a suivi à Moncton et qui devrait très vite le rejoindre à Winnipeg…

(1) Commencée le 11 octobre à Regina, la tournée de recrutement 2017-2018 du Ballet royal de Winnipeg s’achèvera le 7 janvier prochain à Minneapolis au terme de 18 dates.

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