Le musher Justin Allen peut réciter sans hésitation le nom de ses 12 chiens, par ordre hiérarchique, des chiens leader jusqu’aux chiens wheel : «JT, Bella, Goldie, Howler, Ash, Acer, Alpine, Juniper, Sequoia, Willow, Tamarack et Mouse.» Photo La Liberté

Depuis que la voie ferrée entre Churchill et Winnipeg a été coupée en mai 2017, les habitants de village qui veulent se rendre en dehors n’ont qu’une option : l’avion. Justin Allen avait une alternative : un traîneau tiré par douze chiens.

Par Gavin BOUTROY

Au terme de sa sixième année à Churchill, Justin Allen a choisi de rentrer chez lui. Originaire du Nouveau-Brunswick, il y retourne avec sa compagne, une native de Churchill, pour démarrer une nouvelle vie, et lancer leur entreprise Boss Dog Expeditions, à Hatfield’s Point.

Il a amorcé son trajet de 3 000 kilomètres le 24 janvier 2018. Son plan : longer la Baie d’Hudson jusqu’au Québec et s’arrêter dans des communautés autochtones, avant de mettre le cap au sud.

« J’ai pensé ce trajet pour pouvoir passer à travers des communautés qui ont vécu avec des chiens de traîneau depuis des centaines, voir des milliers d’années. Je veux leur montrer mon respect, et honorer les Premières Nations du Canada.

« Au cours du voyage, j’ai l’intention de recueillir des témoignages et le savoir des aînés de ces communautés sur les chiens de traîneau avant la motoneige, quand il fallait dépendre de ses chiens. Et avec leur permission, je partagerai leurs histoires. »

Justin Allen n’est pas de descendance autochtone. Il affirme être conscient du malaise que certains membres de ces communautés pourraient éprouver face à son projet.

« J’y ai pensé. Je ne suis pas sûr des réactions de tout le monde face à ma présence. Mais je crois que, comme Blanc, c’est mon devoir de me rendre vulnérable, et d’écouter ce qu’on me dira. Même si ça ne me plaît pas.

« Ce sont les Autochtones
qui nous ont appris l’importance des chiens de traîneau »
Justin Allen

« Je crois vraiment que le monde blanc doit donner le crédit à ceux qui le méritent. Après tout, ce sont les Autochtones qui nous ont appris l’importance des chiens de traîneau. »

La passion de Justin Allen pour les chiens a été subite et inattendue. Voilà six ans, en vacances pendant quatre jours à Churchill, il a rencontré David Daley, une sommité dans le monde des mushers, ces pilotes d’attelages de chiens.

En 2010, tiré par un attelage de chiens, ce Métis avait parcouru les 1 200 kilomètres qui séparent Churchill de Winnipeg. Un trajet entrepris comme un pèlerinage vers ses terres ancestrales. David Daley avait proposé à Justin Allen de participer à l’entretien de son chenil pendant deux semaines.

« C’est alors que je suis tombé amoureux des chiens, et du mode de vie. J’avoue qu’avant, je n’avais jamais eu de relation avec un chien. Je n’aimais même pas les chiens. »

Dave Daley et Justin Allen partagent les mêmes principes quant au traitement des chiens. Ils affirment qu’à tout moment, le bien-être des animaux est leur priorité.

Et ce, à un temps où les meneurs de chiens de traîneau sont sous le feu des critiques. En effet, suite aux Jeux Olympiques de 2010, une cinquantaine de chiens de traîneau avaient été abattus à Whistler en raison d’une baisse de la clientèle. En 2016, le documentaire Sled Dogs dénonçait vigoureusement les pratiques des meneurs de chiens de traîneau de l’Alaska.

« Les meneurs de chiens de traîneau sont attaqués par les temps qui courent. Ce que je cherche à montrer en attirant l’attention sur ce sport, c’est que toutes les personnes qui ont la responsabilité de chiens ne les maltraitent pas.

« Il est temps d’établir un code de conduite pour que les grosses compagnies qui abusent de leurs chiens soient imputables. Par exemple, la grande course en Alaska, l’Iditarod, a mis en place des inspections obligatoires surprises des chenils des participants.

« Il faut aussi que le public comprenne que ces chiens aiment courir. Pour eux, c’est naturel. Et ils ont besoin de vivre dehors, stimulés par les sons et les odeurs de la nature, avec la possibilité d’interagir entre eux.

« Mon trajet retour, je le fais pour les chiens. J’ai toutes les ressources nécessaires pour assurer leur confort et leur sécurité. »

De fait, Justin Allen ne s’embarque pas seul sur son périple. Il est accompagné d’une équipe de soutien. Sur certaines portions du parcours par une motoneige. Par exemple entre Churchill et Gillam, la légende du Nord Claude Daudet a été son guide.

Sur les routes de glace le long de la baie d’Hudson, une équipe de deux personnes le suivra en camionnette, avec des vivres et de l’équipement : une tente chauffée par un poêle à bois, 600 livres de viande d’orignal, 200 livres de viande de porc, 2 000 livres de croquettes, du poulet, du poisson, et deux traîneaux. Et sur son traîneau, il a la compagnie d’un caméraman de Churchill chargé de filmer son aventure.

Justin Allen documente son voyage qu’il appelle The Run Home sur les réseaux sociaux, et il est possible de suivre sa progression en direct, grâce à un GPS. Vu que son expédition coûtera près de 60 000 dollars au total, notamment en raison du coût des bottines pour les chiens, il a lancé une page GoFundMe, pour récolter des fonds (1).

(1) À l’adresse : https://www.gofundme.com/Therunhome.


Équipe de chiens de traîneau : les subtilités

Les chiens de traîneau de Justin Allen sont des Alaskan Husky, ou Alaskan, tout court. Ils sont le fruit de croisements entre plusieurs races : Huskies, chiens nord-américains, et chiens d’autres continents, comme le lévrier. Ce nom désigne donc la fonction du chien plutôt que son ascendance. La raison d’être des Alaskans est simple : être le chien de traîneau le plus efficace possible.

Justin Allen explique qu’une équipe de chiens de traîneau est habituellement composée de 12 chiens, répartis dans quatre postes :

« Les deux leader ont la position la plus importante. Il faut que le musher puisse leur faire confiance pour qu’ils réagissent à ses instructions. C’est eux qui contrôlent la direction du reste de l’équipe.

  1. « Les deux point ou swing sont des chiens qui peuvent remplacer les leader en cas de besoin.
  2. « Le nombre de chiens dans la position team varie selon la taille de l’équipe. Ce sont de bons athlètes, mais qui n’ont pas les capacités pour être leader. Pour une équipe de 12 chiens, j’ai six chiens team.
  3. « Les deux chiens dans la position wheel, donc directement devant le traîneau, sont les plus robustes et puissants de l’équipe. Ils doivent être agiles. Car dans un virage, ils vont souvent se retrouver dans les buissons à côté du sentier. »

 

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