Enseignant au Centre scolaire Léo-Rémillard, Justin Maître s’implique pour que les femmes prennent leur place au hockey. L’entraineur de l’équipe féminine qu’il a mise sur pied cette année jette un regard d’espoir sur l’avenir pour les hockeyeuses.

Par Léo GAUTRET

Collaboration spéciale

En 2016 au Canada, le hockey était, avec le golf, le sport le plus pratiqué par les hommes avec 23 % de taux de participation (1). La même année, seulement 4 % des femmes le pratiquait. Une question s’impose alors. Pourquoi notre sport national ne balaye-t-il pas les frontières du genre?

Ancien joueur de hockey de ligue AA, Justin Maître tente d’expliquer ce fossé aux allures abyssales. « C’est un sport très agressif et quand il s’est popularisé (dans la première moitié du XXe siècle, ndlr), les normes de la société étaient différentes. À l’époque ce n’était pas quelque chose qu’on voulait qu’une fille fasse. »

Culturellement exclues de ce sport, les femmes devront attendre qu’on leur propose dans les années 1960 une activité physique plus conventionnelle, moins violente : la ringuette. Avec l’utilisation d’un bâton droit, d’un anneau de caoutchouc en guise de palet et l’interdiction de contacts physiques intentionnels, ce sport remplit les critères. Presque exclusivement réservé aux femmes, la ringuette est aujourd’hui pratiquée par un peu plus de 30 000 personnes à travers le pays.

Selon Hockey Canada, en 2009-2010, 85 000 femmes jouaient au hockey au Canada pour 497 000 hommes. Un fossé immense, mais qui se réduit chaque année un peu plus, assure Justin Maître. « Dans les derniers dix, 20 ans, ça a beaucoup changé. Les chiffres ont beaucoup augmenté. Avant, c’était un peu tabou pour une fille de jouer au hockey. Mais maintenant, c’est différent. »

En effet, si l’on se réfère toujours aux statistiques de Hockey Canada, depuis 1990 et le premier Championnat mondial féminin, le hockey féminin connaît une croissance exponentielle. Dès la saison 1991- 1992, le hockey enregistrait une augmentation de 39 % de ses effectifs féminins (11 341 joueuses à l’époque).

Son inclusion aux Jeux olympiques d’hiver de Nagano en 1998 a éperonné cette expansion. En 1998-99, on a constaté une nouvelle hausse de 30 %. Malgré un ralentissement au début des années 2000, le hockey féminin poursuit cependant sa progression.

«quand le hockey s’est popularisé, les normes de la société étaient différentes. À l’époque, ce n’était pas quelque chose qu’on voulait qu’une fille fasse. »
Justin Maître

Au Centre scolaire Léo- Rémillard, Justin Maître a d’ailleurs formé cette année une équipe féminine de hockey, un an après celle des garçons. « Ça faisait quelque temps qu’on en avait envie. Avec l’augmentation du nombre d’élèves, ça a été possible. »

Une équipe de 17 joueuses, allant de la 9e à la 12e année, qu’il n’a pas eu de mal à motiver. « Il y avait un groupe de joueuses déjà intéressé, mais elles étaient seulement dix, alors qu’il faut au minimum quinze joueurs. Cette année j’ai pu convaincre des filles de nous rejoindre. »

Preuve pour lui que les femmes ont aujourd’hui presque autant accès à ce sport que les hommes. Mais si le nombre de joueuses s’accroit chaque saison, l’engouement pour le hockey féminin somnole toujours à des années lumières de la Ligue nationale de hockey (NHL) et de ses icônes aux contrats à sept chiffres.

« La grande majorité des gens jouent au hockey pour avoir une activité physique et sociale. Certains garçons continuent ensuite parce qu’ils ont pour ambition de gagner leur vie en devenant joueur professionnel. Mais pour ce qui est des filles qui sont très talentueuses au hockey, elles vont au mieux continuer pour obtenir une bourse dans un collège. »

Sans l’économie générée par un championnat professionnel, le hockey féminin semble condamné à demeurer figé au rang de sport récréatif. Aujourd’hui encore, pour atteindre l’élite féminine, une hockeyeuse doit souvent se faire une place dans les équipes masculines.

Lorsqu’il était joueur, Justin Maître se souvient d’ailleurs avoir joué avec Samy-Jo Small, gardienne triple championne du monde et championne olympique au début des années 2000.

« J’ai joué avec elle en AA. Elle a grandi en pratiquant avec des gars, alors c’était normal pour elle. On la voyait comme une coéquipière. En général, les filles qui ambitionnent plus vont jouer avec les gars pour après jouer dans les équipes élites féminines. »

Une réglementation qui pénalise le spectacle

Engoncé dans un corset réglementaire sexiste, le hockey féminin ne peut aujourd’hui rivaliser avec le spectacle proposé chez son pendant masculin. Justin Maître : « Pour les femmes, les mises en échec sont interdites, même au haut niveau. Mais c’est une zone grise tolérée, surtout au niveau élite. Les filles doivent aussi utiliser les pleines visières, alors que les gars l’ont à moitié, voire pas du tout. C’est dû à la vieille mentalité qui dit que la femme est plus fragile. Ça évoluera peut-être dans le futur. Les contacts changent la dynamique et la façon de jouer. Je pense que ce serait quelque chose de positif. »
Une autre raison qui éloigne un peu plus les hockeyeuses d’un public amateur de duels physiques.

Malgré tout, l’entraineur des Renardes du Centre scolaire Léo-Rémillard reste positif. « On est rendu au point pour le hockey féminin que les joueuses de bon niveau vont pouvoir accéder à un niveau élite. Il y a de plus en plus de femmes entraineures. Les premières générations de joueuses sont en train d’arriver à l’âge où elles peuvent entrainer.
« À cause du passé, c’est encore surtout les hommes qui participent au développement du hockey. Mais ça devrait devenir un peu plus égal avec chaque année qui passe. Les ligues existent. Les occasions de développement et l’entrainement de qualité aussi. Donc on est en chemin.»

(1) Source : rapport de mars 2016 de l’Association canadienne pour l’avancement des femmes, du sport et de l’activité physique.

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