Avant de prendre la barre du Festival du Voyageur le 4 octobre 2017, Darrel Nadeau était vice-président de Pride Winnipeg. Fier membre des communautés francophones et LGBTTQ*, il explique comment son expérience au sein de Pride nourrit sa vision pour le Festival. Le 24 février, un tout premier évènement mettra à l’honneur la communauté LGBTTQ* au Festival (voir encadré).

Par Valentin CUEFF

Donner aux gens la possibilité d’affirmer et de célébrer leur identité est au coeur des engagements de Darrel Nadeau.

Au sein de Pride Winnipeg, l’organisme à l’origine du festival annuel célébrant la communauté LGBTTQ* dans la capitale manitobaine, il a assuré bénévo – lement pendant deux ans les postes de vice-président de la gouvernance et des relations communautaires.

S’il a démissionné pour se concentrer davantage sur son poste de directeur général du Festival, Darrel Nadeau reste un membre actif de Pride, avec toujours cette volonté de mettre en fête l’individualité.

« C’est important d’être capable de célébrer son identité, de pouvoir s’identifier comme on veut s’identifier. Pour beaucoup de gens, Pride c’est la seule fin de semaine où ils peuvent s’exprimer comme ils veulent. Notamment s’ils viennent d’un environnement rural, ou d’un environnement de travail où ils ne peuvent pas le faire pleinement. »

« C’est important d’être capable de célébrer son identité, de pouvoir s’identifier comme on veut s’identifier. »

Le natif de La Broquerie évoque sa propre expérience, et le fait d’affirmer son homosexualité dans un milieu restreint. « Il n’y avait personne ouvertement LGBT dans mon village. Je n’avais aucune idée de comment mon entourage pouvait réagir si je leur disais. »

Il franchit le pas à 21 ans, puis déménage peu de temps après à Winnipeg. « Dans une ville plus grande, c’était plus anonyme, et en même temps j’ai pu rencontrer des gens sur la même longueur d’onde que moi, dans la communauté LGBT. »

Sa famille a accepté son homosexualité. Mais Darrel Nadeau sait que d’autres personnes dans la même situation n’ont pas cette chance. « Je comprends les gens qui ont grandi dans un environnement où ils ne peuvent être qui ils veulent, dans leur genre ou leur sexualité. Pour moi, c’est important de comprendre cette perspective et d’aider ces gens-là. »

S’investir dans Pride l’a aussi amené à prendre conscience de la diversité des personnes repré – sentées. Six mois après son arrivée, des critiques s’élèvent dans la communauté LGBTTQ* sur le fait que l’association n’était pas assez inclusive.

« On s’est rendu compte que, quand on est un homme blanc gai, on est encore privilégié, plus qu’une femme lesbienne ou qu’une personne transgenre par exemple. Ces personnes forment une minorité au sein d’une minorité. »

« Il faut toujours se demander : Qui sont ces minorités qui ont encore plus besoin de se faire entendre que nous autres? »

Avec Pride, il a alors monté le projet Resurgence, dans lequel l’organisme donne la parole à toutes les personnes discriminées à cause de leur genre ou de leur orientation sexuelle.

« On s’est dit qu’il fallait prendre notre voix et la leur donner. Pour amplifier leur voix, pour qu’ils puissent acquérir les mêmes droits. Et je pense que c’est pareil avec la communauté francophone. Il y a des nouveaux arrivants, des francophiles – qui ne se sentent peut-être pas à l’aise avec le terme franco-manitobain. Le changement de nom de la SFM était important, parce que n’importe qui de francophone au Manitoba devrait pouvoir se sentir partie de cette communauté-là.

« C’est une leçon que j’ai apprise au sein de Pride : toujours faire attention à la minorité dans la minorité. Toujours se demander : Qui sont ces minorités qui ont encore plus besoin de se faire entendre que nous autres? »

Tisseur de liens, Darrel Nadeau souhaite à l’avenir étoffer les relations entre le Festival et d’autres organismes, avec cette envie chevillée au corps de partager le patrimoine canadien-français avec des gens de tous horizons. « Que tout le monde se sente la bienvenue à Saint-Boniface ».

Cette année, grâce à ses contacts établis à Pride, le directeur général du Festival du Voyageur a créé un nouvel évènement appelé la Fierté du Voyageur (voir encadré). Un échange entre les deux communautés qu’il souhaite prolonger à l’avenir.

« Je veux continuer la série Fierté du Voyageur et en faire un évènement pendant la semaine de Pride, fin mai ou début juin, qui se déroulerait au Fort Gibraltar. Comme un genre de party de danse. Un évènement bilingue, et inclusif. »


La première Fierté du Voyageur

Co-organisée avec trois associations LGBTTQ* (Queer people of color Winnipeg, Sunshine House et Room Service), la première Fierté du Voyageur au Festival aura lieu le 24 février, à 20 h, sous la tente Portage.

Darrel Nadeau, le directeur général du Festival, précise : « Pour moi c’était important d’organiser un évènement dans le parc. D’une part pour inviter les gens de la communauté LGBT de venir au Festival, pour qu’ils se sentent à l’aise, et d’autre part pour sensibiliser les autres festivaliers. En somme, faire en sorte que cette communauté soit la bienvenue au Festival du Voyageur. »

« On va aussi prélever des fonds. On va vendre des bandeaux fléchés couleur arc-en-ciel et des tatouages temporaires avec un hého arc-en-ciel. Les profits vont aller aux initiatives de Sunshine House, qui incluent l’appui pour les réfugiés LGBTTQ. On espère prélever 2 000 $. »

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