En 1984, Richard Dupas devient le directeur technique du Théâtre Cercle Molière. En mai prochain, il travaillera sur son dernier Festival théâtre jeunesse. Son premier comme chef technicien remonte à 1980. C’est dire s’il a le théâtre dans la peau.

Par Marie BERCKVENS

Lorsque l’on rencontre Richard Dupas, le prendre en photo n’est pas une tâche aisée. Pas parce qu’il se montre récalcitrant. Plutôt parce qu’aucun lieu ne s’impose vraiment. « Je travaille partout ici. » En effet, l’homme qui a passé plus de la moitié de sa vie au théâtre a son bureau en régie, dans l’atelier, sur scène, voire même au-dessus de la scène.

Né à Gravelbourg voilà 62 ans, Richard Dupas a l’air discret du gars de la Plaine. Mais lorsqu’on commence à parler théâtre, les langues se délient et le directeur technique devient même très loquace.

En 1974, à l’ouverture du Centre culturel franco-manitobain, le Cercle Molière s’installe dans la salle Pauline-Boutal. Son ami Charles Lavack l’encourage à aller voir la gang du Cercle, dont font partie Georges Beaudry, Denis Duguay ou encore Aimé Vincent. De joyeux drilles. « On arrive ici en voiture, on sort. Et tout à coup, une explosion retentit juste derrière nous. Ils avaient caché un fil dans la terre et avaient fabriqué un petit canon. Je me suis dit : Wow, ça c’est le fun. »

Objectif théâtral de cette opération? Sans doute lui jeter de la poudre aux yeux. Le coup a réussi. Car Richard Dupas a eu envie de faire partie de la gang. C’est ainsi qu’il est tombé dans la marmite du Cercle.

L’une des premières pièces qu’il supervise en qualité de directeur technique et dont il se souvient avec nostalgie, c’est K2. Les problèmes pratiques à résoudre, il connait. Pour lui, question décor, presque rien n’est impossible. « Si l’on peut faire une montagne énorme pour K2 ou réunir sur scène 23 personnes comme dernièrement dans Les Allogènes, on peut faire pas mal n’importe quoi. »

On le sent, une passion tranquille l’anime. Au fil de l’entretien, Monsieur Débrouillardise sort une maquette d’une armoire. « Pour la pièce Et que ça saute, le défi était de construire un ascenseur dans un espace très réduit et ensuite, de le faire disparaitre de l’imaginaire des gens. Il faut savoir comment jouer avec l’éclairage ». On peut encore citer d’autres prouesses techniques chères au directeur technique, comme faire venir une camionnette sur scène pour M. Fugue ou encore monter une bâtisse dans les airs pour Zone.

Richard Dupas, c’est un peu le magicien des planches qui traverse les décennies. À l’image de Merlin l’enchanteur, mais sans la barbe et en plus bricoleur, faute d’une vraie baguette magique. En plus discret aussi. Ce pilier du Cercle a passé sa vie dans l’ombre, côté coulisses. Dans ses tout débuts, une fois, en 1975, il a basculé côté lumière. « Le directeur artistique, Roland Mahé, m’avait approché en disant qu’il avait un petit rôle pour moi. J’avais une ligne, je disais : Oui. J’entrais en faisant comme si j’étais saoul. L’expérience ne m’a pas donné envie de continuer. Je voulais juste voir ce que c’était. On a eu bien du fun. »

Un magicien en chef est forcément entouré d’apprentis magiciens. Car le travail de directeur technique a toujours été avant tout un travail d’équipe. « Souvent, dans la vie, ce n’est pas ce que tu connais, mais qui tu connais. Les jeunes qui venaient ici pendant leur formation m’ont apporté un tas de nouvelles connaissances. Et moi, je leur apprenais ce que je connaissais. J’ai travaillé sur des équipements avec lesquels ils n’avaient jamais travaillé, c’est sûr. Avant que les ordinateurs apparaissent, je faisais les montages sonores au moyen de bandes magnétiques et de rubans adhésifs. »

« Mon objectif était toujours de donner la meilleure production que je puisse faire, sur le plan technique. Je me suis toujours dit qu’on ne pouvait évidemment pas faire la pièce sans comédiens. Et eux autres disaient que sans la technique, ça ne marche pas tellement bien non plus. Une pièce est réussie quand tous les éléments deviennent un. Toute l’affaire se résume à ça. »

En 1997, le Cercle Molière déménage dans le Théâtre de la Chapelle sur la rue Saint-Joseph, au nord du boulevard Provencher. Une salle plus intimiste, d’environ 75 places. « Il y avait une autre énergie qu’il a fallu que j’apprivoise, parce que la distribution était restée assez large pour la petite place. On était soit sur la scène ou dans une petite loge. J’ai beaucoup apprécié la patience des comédiens à cet endroit-là. Il y a quand même eu des vrais bons moments, des moments que je décrirais comme paroissiaux. »

C’était aussi la première fois que le Cercle devenait propriétaire d’une salle. « So, je me souviens… On était dehors, avec Roland Mahé, et je lui dis : Le Cercle Molière a finalement quelque chose. C’est comme ça que l’élan a commencé pour se rendre jusqu’ici. »

En 2010, la compagnie prend place dans son nouveau chez-soi, le Théâtre Cercle Molière sur Provencher. « Il y a eu un énorme travail qui a été fait. Je veux tout simplement que ça continue. Le Cercle a 93 ans, il faut qu’il continue de vivre. Le Cercle, c’était ma grande famille. C’étaient mes frères, mes soeurs, mes cousins. Les gens qui travaillent là vont réussir. The show must go on… »


K2 : l’inoubliable sommet

Richard Dupas n’oubliera jamais K2 en 1985, une pièce américaine de Patrick Myers qui raconte la mésaventure de deux alpinistes (Paul Léveillé et Francis Fontaine) bloqués sur un massif montagneux.

« Un show énorme! C’est resté un des décors les plus imposants et les plus élaborés au Cercle ». L’équipe technique avait fabriqué un glacier haut de 20 pieds.

« Mais le vrai défi, c’était que Paul Léveillé grimpait avec des crampons. À ce temps-là, on n’avait pas internet. Par téléphone, j’ai contacté le directeur technique d’une troupe à Vancouver qui avait monté la pièce. Ils avaient un produit spécial qui permettait aux crampons de s’enfoncer un petit peu et de ressortir. En plus, on a même réussi à créer une avalanche (rires). »

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