Si ce n’avait été du soutien et de la vigilance du gouvernement fédéral, l’assurance maladie telle que nous la connaissons n’existerait sans doute pas. Or le rôle d’Ottawa dans la politique de santé du Canada s’est plutôt limité dans les dernières années aux seuls paiements de transfert fédéraux aux provinces et aux territoires.

Un texte de Pierre-Gerlier Forest et Danielle Martin

Il y a quelques semaines, nous avons présenté à la ministre de la Santé un rapport destiné à redéfinir ce rôle. Ce rapport conclut notre étude de huit organismes canadiens du secteur de la santé financés par le gouvernement fédéral. Chacun de ces organismes a joué un rôle unique et important à un moment ou un autre de l’évolution du système de santé et si leur nom n’est pas toujours familier aux Québécoises et aux Québécois, leur influence s’est fait sentir partout au pays. Le gouvernement fédéral leur consacre des dépenses annuelles de plusieurs centaines de millions de dollars. Notre recommandation première est toutefois de remettre en cause certaines structures ou fonctions existantes pour que les fonds dépensés par Ottawa servent à accélérer les progrès en santé.

C’est qu’il existe en fait un large consensus sur la forme que devraient prendre les systèmes de santé dans l’avenir, ici et dans le reste du monde. On parle de systèmes « apprenants » et centrés sur la personne. Concrètement, cela veut dire que chacune ou chacun d’entre nous devrait se sentir accueilli à toutes les étapes du parcours de soins comme une personne à part entière, avec ses valeurs et ses préférences. Quant au système lui-même, il devrait pouvoir intégrer sans retard les meilleures informations scientifiques et apprendre en temps réel de ses succès et aussi de ses erreurs.

Cette vision suppose non seulement des soins primaires bien organisés qui servent de porte d’entrée au système de santé, comme c’est parfois déjà le cas, mais aussi la mise en place d’équipes de soins qui prennent en charge la plupart des besoins des patientes ou des patients, depuis la coordination du traitement jusqu’à l’amélioration concrète de leurs conditions de vie. De plus, toutes les Canadiennes et tous les Canadiens, où qu’ils vivent et quels qu’ils soient, devraient pouvoir accéder à ces mêmes soins de qualité, sans les disparités qui persistent partout au pays tant dans la forme que la nature des services offerts.

Les autorités publiques des provinces et des territoires œuvrent déjà toutes dans le sens de cette vision. Leur impatience est partagée par les professionnels de santé et par les patients, mais aussi par les citoyens de tout le pays. Nous croyons évidemment que les changements à l’échelle locale sont essentiels et nécessaires, mais qu’il est temps qu’Ottawa joue pleinement son rôle si l’on veut accélérer le rythme. Les dix recommandations de notre rapport vont dans ce sens.

Dans les domaines où l’engagement des acteurs en faveur des réformes et de l’innovation est affirmé, nous avons suggéré de démanteler les organisations fédérales et de financer plutôt les initiatives de base les plus prometteuses, souvent directement imputables aux provinces et aux territoires. À l’inverse, dans les domaines où les solutions ont une dimension proprement nationale, sinon globale, comme la gouvernance des systèmes de données ou le coût des médicaments, nous avons recommandé de renforcer les agences existantes. Nous avons aussi proposé de réfléchir à la création en partenariat de nouvelles organisations, qui pourraient aider les gouvernements du pays à faire face à certains problèmes émergents.

Suivre cette voie entraînera de grands changements pour les organisations fédérales actuelles. Ces dernières sont souvent soutenues par des groupes bien établis, qui y voient autant de symboles de l’engagement du gouvernement pour leur cause, qu’il s’agisse de cancer, de santé mentale ou de systèmes d’information performants. Mais le rapport parle de transformation et d’adaptation aux besoins du 21e siècle, jamais d’abandonner des patientes et des patients ou de reléguer un problème au second plan.

La ministre fédérale de la santé étudie maintenant nos recommandations et consulte ses homologues provinciaux et territoriaux sur les étapes subséquentes. Néanmoins, notre rapport contient des recommandations qu’il conviendrait de mettre en œuvre rapidement. La plus importante d’entre elles est un appel lancé au gouvernement du Canada pour qu’il s’associe aux organisations nationales autochtones et entame une discussion sur lesbesoins en santé des peuples autochtones et la façon dont les organisations de santé qu’il finance peuvent contribuer à combler ces besoins.

Le changement est pressant.  Nos systèmes de santé ne sont pas prêts pour les défis de l’avenir. Le gouvernement fédéral et les organismes qu’il finance sont des partenaires essentiels pour faciliter cette transition.

Le professeur Pierre-Gerlier Forest est directeur de l’École de politiques publiques de l’Université de Calgary.

 

 

 

 La docteure Danielle Martin est médecin de famille et vice-présidente de l’hôpital Women’s College de Toronto. Tous les deux agissent comme experts-conseils auprès du site EvidenceNetwork.ca.