Crédit: Gracieuseté Radio-Canada

Quelles sont les origines du hockey? Quels sont les grands jalons de son histoire? Et comment expliquer aux nouveaux arrivants la passion des Canadiens pour le hockey? Marc-Éric Bouchard, commentateur sportif chevronné de Radio-Canada, va droit au but.

Par Daniel BAHUAUD

Parler hockey à un débutant, ça ressemble à quoi?

Marc-Éric Bouchard : J’ai mes astuces. La clé, c’est de comparer ma passion pour le hockey à sa passion pour son sport préféré. Et ensuite, se mettre tout simplement à discuter.

J’ai eu du succès en parlant aux Africains, en comparant le hockey au soccer. Que le hockey se joue sur un terrain qui a deux filets, avec cinq joueurs contre cinq, trois périodes de jeu de 20 minutes avec des arrêts de jeu, et des punitions avec limites de temps. Et que le hockey, comme le soccer, est immensément populaire au Canada. Il suscite les passions, comme le foot déclenche celles de bien des gens dans bien des pays.

On pourrait même comparer la rondelle à un ballon de soccer…

M-E B. : Pourquoi pas? Surtout que le hockey, dans ses débuts, a sans doute été joué avec des balles. Les origines du sport ne sont pas claires. Les historiens se réfèrent souvent aux Grecs qui, plusieurs siècles avant Jésus- Christ, jouaient à une sorte de hockey de pelouse, avec des bâtons courbés et une balle.

D’autres évoquent différentes sortes de hockey sur gazon, comme le shinty écossais. Les Canadiens en ont tiré le mot shinny, pour désigner une partie de hockey informelle. Les Français, eux, jouaient au hoquet sur pelouse. Et puis il y a une peinture de Pieter Bruegel de 1535 où on voit des gens jouer un hockey sur glace, sans patins. Les Hollandais jouaient au hokkie, qui veut dire cage, donc tout probablement les buts.

Alors, les Européens sont venus au Canada avec plusieurs formes du jeu…

M-E B. : Et ça se complique! Les Iroquois avaient le hoghee, une forme de lacrosse sur glace, avec des lames de patins en os! Les premières parties du hockey sur patins avec lames de métal ont été jouées en Nouvelle-Écosse. Et puis, le 3 mars 1875, un certain William Creighton organise la première partie de hockey sur une patinoire à l’intérieur, avec neuf joueurs par équipe. Les règlements ressemblaient au rugby : on passait la rondelle derrière soi.

Et les premières ligues de hockey?

M-E B. : Elles remontent à la fin du 19e siècle. En 1892, le Gouverneur général du Canada, Frederick Stanley, crée une coupe qu’il offrira à la meilleure équipe de hockey du Canada. Des équipes amateures et professionnelles se disputeront la Coupe Stanley jusqu’en 1917, au moment de la création de la Ligue nationale de hockey. À ce point-là, les règlements du jeu étaient bien établis.

Pourtant, le hockey a continué d’évoluer…

M-E B. : Eh oui! Les équipes changent beaucoup jusqu’en 1942, quand la LNH se stabilise et se compose des Original Six : Canadiens de Montréal, Maple Leafs de Toronto, Bruins de Boston, Blackhawks de Chicago, Red Wings de Detroit et Rangers de New York. Cette époque va durer jusqu’en 1967, quand vont s’ajouter de nouvelles équipes, comme les Penguins de Pittsburg.

C’est aussi l’époque des grandes vedettes : Gordie Howe des Red Wings, Maurice Richard des Canadiens, Bobby Hull des Blackhawks. Les films qui restent de ce temps-là sont extraordinaires. Les prouesses de Richard et de Howe relèvent d’une élégance presque poétique.

Entre-temps, les techniques et l’équipement évoluent. Bobby Hull contribue le lancer frappé, le fameux slap shot. En 1945, Maurice Richard comptera 50 buts en 50 parties. Et le gardien de but Jacques Plante, blessé le 1er novembre 1959 par un coup de rondelle à la figure, va être le premier à porter un masque de sécurité.

Le sport a un côté agressif, voire même violent…

M-E B. : Pourtant, jusqu’au début des années 1980, peu de joueurs portaient des casques. Et il y avait beaucoup de bagarres sur la glace. Certains se souviendront encore des Flyers de Philadelphie, équipe qui avait leurs goons, ces gardes du corps violents chargés de protéger les meilleurs.

Un point tournant, c’est l’affrontement, en 1972, de l’équipe du Canada et l’équipe de l’Armée russe. Le Canada a remporté cette célèbre Série du siècle. Mais beaucoup de Canadiens ont été impressionnés par le jeu d’équipe des Soviétiques. Au point de commencer à mettre l’accent sur le conditionnement physique tout au long de l’année. Et puis, les équipes nord-américaines commencent à engager des Européens. Les Jets recrutent le Suédois Anders Hedberg. Les Maple Leafs, Börje Salming, aussi de la Suède.

Le hockey a aussi connu des équipes du tonnerre, qui ont gagné la Coupe Stanley à plusieurs reprises…

M-E B. : Oui, les célèbres dynasties. Toronto a dominé la LNH de 1946 à 1951, et encore de 1961 à 1967. Entre-temps, Détroit a connu sa belle époque au début des années 1950. Et bien sûr, Montréal a conquis la glace dans la deuxième moitié des années 1950, des années 1960, et des années 1970. Sans oublier les Oilers d’Edmonton, guidés par le célèbre Wayne Gretzky, dans les années 1980. Pour bien des passionnés, c’est LE grand joueur de l’histoire du hockey.

Les dynasties, c’est encore concevable?

M-E B. : Non, c’est fini. En 1967, la LNH passe à 12 équipes. Au fil des années, elles se multiplient. Et aujourd’hui, il y en a 31. Les équipes se battent pour retenir les meilleurs joueurs, parce que les salaires sont élevés. Remporter la Coupe Stanley plus d’une année d’affilée, c’est très, très difficile.

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