Crédit : Daniel Bahuaud

En avril 1998, le Centre du patrimoine ouvrait ses portes. En 2018, il abrite plus de 700 collections d’archives. Cinq fois plus qu’à son ouverture. Et depuis juin 2017, la Province reconnaît le Centre comme le pendant français des Archives publiques du Manitoba.

Par Daniel BAHUAUD

La Société historique de Saint-Boniface (SHSB) célèbrera le 15 mai le 20e anniversaire du Centre du patrimoine. (1)

Pour Michel Lagacé, le président de la SHSB depuis 2002, la création du Centre du patrimoine représente « un des évènements les plus marquants des derniers 100 ans de l’histoire de la francophonie manitobaine. »

« Le Centre du patrimoine est l’endroit clé pour avoir accès à notre mémoire collective, c’est-à-dire aux archives portant sur les francophones et les Métis du Manitoba et de l’Ouest canadien.

« Ses documents contiennent des témoignages du passé et, par conséquent, tout ce qu’on a de concret en main pour nous aider à réfléchir. Non seulement sur ce passé, mais sur notre présent et notre avenir. Grâce au Centre, les historiens, les chercheurs, les artistes et toute autre personne peuvent explorer le passé, s’interroger sur le passé et s’orienter face au passé. Et par extension, l’avenir. »

Ça n’a pas toujours été le cas. Gilles Lesage est directeur général de la SHSB depuis 15 ans. Préalablement, il était archiviste à la SHSB. « La Société historique a longtemps été sans domicile fixe. Fondée en 1902, une partie de ses archives était déposée dans l’ancien Collège de Saint- Boniface. Lors de l’incendie de 1922, plusieurs artéfacts ont été perdus, notamment des ossements du père Aulneau et de La Vérendrye. Rappelons que la SHSB a été fondée au Lac des Bois au moment de la découverte de ces ossements. »

Les archives ont ensuite été déposées au sous-sol de la Cathédrale de Saint-Boniface. On devine la suite, que raconte Gilles Lesage. « L’incendie de 1968 a endommagé plusieurs documents, notamment des manuscrits de Louis Riel. Après ce deuxième sinistre, la réflexion s’est imposée : qu’adviendrait-il de la Société historique? « Il y a eu des discussions sérieuses avec le Collège de Saint-Boniface. La SHSB fusionnerait-elle avec le Collège? Au bout du compte, nous avons maintenu notre autonomie, mais en louant de l’espace dans la nouvelle section de l’Institut pédagogique, où les archives de la SHSB étaient déposées dans une voûte avec la superficie d’une salle de classe. »

En 1986, un nouveau déménagement, toujours au Collège universitaire de Saint-Boniface. « Notre voûte avait une température bien mieux contrôlée, mais on ne pouvait rien pour l’humidité. Vraiment, c’était inadéquat. Au moins, nous avions pour la première fois des bureaux ouverts au public. »

1998 marque l’ouverture du Centre du patrimoine. Sa construction, son ameublement et le déménagement des archives ont coûté 3 millions $. Une somme qui, assure Gilles Lesage, aura bien valu la peine :

« Arrivée au nouveau Centre du patrimoine, toute l’équipe de la SHSB était vraiment étonnée. On avait de l’espace pour travailler, pour faire de la recherche et accueillir le grand public. Avant tout, on avait deux étages d’archives où la température, l’humidité, la circulation de l’air et la poussière étaient contrôlés. On pouvait mettre en quarantaine de nouvelles acquisitions, le temps de vérifier qu’elles n’étaient pas moisies ou envahies par un fouillis d’insectes. »

À l’époque, le Centre du patrimoine abritait près de 140 collections d’archives. Depuis, elles en comptent plus de 700. Michel Lagacé explique pourquoi : « Dès les années 1980, les archivistes de la province et les organismes francophones discutaient d’un endroit où déposer les archives francophones. Et les communautés religieuses y réfléchissaient déjà. En 1988, j’ai mené une étude de faisabilité pour le Comité des archives des Soeurs Grises. En consultant les autres communautés religieuses, j’ai constaté qu’il y avait quasi-consensus sur la nécessité de déposer leurs archives au Manitoba, à un endroit comme le Centre du patrimoine. »

Pour Gilles Lesage, les défis d’aujourd’hui sont tout autres qu’en 1998. « Nous amassons des fonds pour installer des étagères amovibles dans nos voûtes, pour pouvoir presque doubler l’espace de stockage. Et puis nous voulons traiter toutes les collections que nous avons reçues, pour qu’elles soient pleinement accessibles aux chercheurs et au public. »

Michel Lagacé insiste sur un autre défi : « Il faut numériser plus de nos documents, pour les rendre encore plus accessibles. Et que faire des documents électroniques? Qu’est-ce qu’on garde? Et comment conserve-ton ce qu’on gardera? Les archives, c’est l’exigence d’une réflexion en continu. »

(1) Un dîner-bénéfice aura lieu le 15 mai à l’Hôtel Norwood, situé au 112, rue Marion, de 11 h 30 à 13 h 30. Info : 204 233-4888.

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