L'équipe de 1818, presque au complet (de gauche à droite) : Sarah Gagné à la régie, Laura Lussier à la mise en scène et les comédiens Daouda Dembélé et Allison Palmer. Photo : Morgane Lemée

Parmi les activités de Catholica 200, une pièce de théâtre : 1818. Écrite par Rhéal Cenerini, elle sera présentée dans les ruines de la Cathédrale de Saint- Boniface à partir du 20 juillet 2018. Tout un symbole. (1)

Par Morgane LEMEE

La pièce 1818 a été commanditée au dramaturge Rhéal Cenerini par l’Archidiocèse de Saint-Boniface, pour souligner le bicentenaire de l’établissement de l’Église catholique dans l’Ouest et le Nord. « C’était la première présence permanente d’un clergé dans l’Ouest et le Nord canadien. Il y a 200 ans d’histoire qui se sont déroulés depuis. Il y a beaucoup à dire. J’ai accepté le défi d’humaniser cette histoire. »

À la mise en scène : Laura Lussier. « Je suis épatée par ce texte. Les thèmes sont grands : réconciliation, écoles résidentielles, histoire de l’Église catholique et sa relation avec les Métis. C’est tissé-serré, comme on dit. Pour moi, cette pièce fait partie d’un cheminement créatif, ici dans l’Ouest, qui est aussi un chemin de réconciliation. »

1818, c’est l’histoire d’Élise, une femme métisse d’un âge avancé, qui raconte sa vie et, à travers celle-ci, également l’histoire de l’Église catholique. Un choix délibéré de Rhéal Cenerini. « Je voulais souligner l’importance des femmes dans la transmission de la foi d’une génération à une autre. J’insiste également sur l’importance du peuple métis. J’espère que ce sera une occasion pour les gens de réfléchir au rôle de l’Église, mais aussi au rôle de la réconciliation dans l’avenir de l’Église, et comment cette réconciliation doit se faire. »

Réconciliation : un mot-clé qui résonne également dans la bouche de la metteure en scène. « Pour moi, le message le plus important, c’est la réconciliation. Et ça se fait deux personnes à la fois. Peu importe la tradition, la religion, la langue. On est tous capables de trouver un point commun, une humanité universelle. »

Quoi de plus parlant pour parler de métissage que d’écrire cette pièce en métchif français. Bien qu’il ne soit pas métis, Rhéal Cenerini est passionné, depuis longtemps, par cette forme de français née dans l’Ouest. « Cette langue est d’une grande richesse et d’une grande beauté. C’est toujours un grand plaisir pour moi d’essayer de rendre hommage à cette forme de français, qui n’est peut-être pas aussi bien connue et valorisée qu’elle pourrait l’être. »

Pour Laura Lussier, c’est une affaire de coeur lorsqu’il s’agit de Métis. Elle-même a déjà participé en 2018 à un projet impliquant le métchif français avec la pièce Wild West Show et le souligne : « Il y a à peine 1 000 interlocuteurs de métchif français dans le monde. Les occasions d’entendre cette langue sont très rares. »

Pour aller encore plus loin dans la volonté d’authenticité, deux artistes métis à la musique et aux costumes : Daniel Roa et Andréanne Dandeneau. Laura Lussier donne un avant-goût de leur travail. « On parle de différentes cultures. Alors, même dans la musique, il y a du métissage : des djembés de la Côte d’Ivoire, de la gigue métisse et le tambour des Premières Nations. »

1818 risque aussi de s’imprégner dans les esprits par son lieu de mise en scène. Laura Lussier s’en réjouit. « On s’est beaucoup adaptés à la lumière naturelle pour les choix techniques et de mise en scène. D’ailleurs, Sarah Gagné, à la régie, a apporté une grande aide. Avec le ciel manitobain comme arrière-plan… C’est magique! »

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(1) Représentations du 20 au 22, puis du 25 au 29 juillet, à 19 h. En cas de pluie, la représentation aura lieu au sous-sol de la Cathédrale. Prix des billets : 15 $. Disponibles au 204 233-ALLO ou à la porte.

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Le défi personnel de deux comédiens

Bien qu’ils aient les mêmes origines, celles de la Côte d’Ivoire, Daouda Dembélé et son personnage (le Père Marcel Loué) ont dû s’apprivoiser. « Je suis de confession musulmane. Et dans l’art, il faut y croire. J’ai donc eu de la difficulté à rentrer dans le rôle du prêtre. Je me suis beaucoup inspiré de l’expérience de Denzel Washington pour son rôle dans Malcolm X. C’est le rôle des acteurs, de relever ce genre de défi religieux et culturel. »

De son côté, Alison Palmer, dans le rôle de l’aînée métisse Élise, a dû apprendre à parler le métchif français, avec l’aide de Lina LeGal, experte dans ce dialecte. Certains morceaux de son texte constituent une vingtaine de pages de monologue. Elle a répété la précision de son accent durant des mois. « Je m’enregistrais réciter tout mon texte, puis je m’écoutais, surtout dans la voiture. Puis j’enregistrais, à nouveau, une meilleure version avec un meilleur accent. C’est un exercice très difficile, l’accent, surtout lorsqu’on joue des scènes avec beaucoup d’émotions. Cela demande énormément d’énergie et de concentration. »

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