Une histoire de culture et d'affaires Photo : Amine Ellatify

Danseuse autochtone depuis sa plus tendre enfance, Émilie McKinney a appris à fabriquer ses propres costumes à l’adolescence. Quand le fournisseur de clochettes qu’elle utilisait a arrêté d’en fabriquer, elle a lancé sa propre entreprise, Anishinaabe Bimishimo (1).

Par Manella VILA NOVA

Émilie McKinney a eu l’idée de fabriquer les clochettes des costumes en janvier 2017. « Je n’avais plus de fournisseur, alors j’ai consulté ma mère pour savoir quoi faire. On a cherché d’autres fabricants, mais tout était très coûteux, parce qu’il faut au moins 300 clochettes pour une seule robe.

« Nous avons aussi remarqué que tout était fabriqué en Chine ou à Taïwan. Alors j’ai dit à ma mère que je voulais être la première personne autochtone à fabriquer des clochettes en Amérique du Nord. J’ai décidé d’appeler mon entreprise Anishinaabe Bimishimo. Anishinaabe est le nom de ma tribu, et Bimishimo signifie la personne qui danse. »

Émilie McKinney, qui sera majeure en décembre 2018, a rencontré de nombreux obstacles. « Je ne suis pas née riche, et je ne suis pas encore majeure. Alors avoir les fonds pour débuter une entreprise a été difficile. Ma mère n’est pas autochtone, et comme je suis encore mineure, les financiers des Premières Nations ne prennent pas mon entreprise en compte. À mes 18 ans, je pourrai avoir des subventions du Manitoba et de ma réserve, Swan Lake. »

Elle est malgré tout parvenue à lancer son entreprise en décembre 2017. « Futurpreneur Canada et le Centre d’entreprise des femmes du Manitoba nous ont aidé à trouver des fonds pour commencer. On a fait beaucoup de marketing, puis quand les médias ont commencé à parler de nous en janvier 2018, on a reçu de plus en plus de commandes. »

La jeune entrepreneure a contacté des distributeurs. « On a ciblé des magasins qui vendent des perles et des accessoires de travaux manuels, ainsi que des magasins spécialisés dans les produits autochtones. On a maintenant cinq points de vente à Winnipeg. On a aussi reçu des commandes de Colombie-Britannique, de Nouvelle-Écosse, de San Diego et de France. »

L’entreprise d’Émilie McKinney connaît un succès grandissant. « La Banque de développement du Canada m’a nominée au prix Startup Canada du jeune entrepreneur, que j’ai remporté pour la région des Prairies. En août, je saurai si j’ai remporté le prix à l’échelle nationale. »

En attendant, la danseuse autochtone occupe son été aux pow-wow. « Toutes les fins de semaine, je suis à un pow-wow différent. J’y installe un stand pour promouvoir ma compagnie quand je ne danse pas. Je suis allée à Swan Lake, à Enoch en Alberta, et j’ai encore plusieurs voyages prévus à travers le Canada pour faire connaître mon entreprise. »

L’année prochaine, la tout juste diplômée de l’École régionale Notre-Dame se consacrera entièrement à sa compagnie. « Je veux prendre une année, pendant laquelle je prendrai des cours de business pour travailler sur ma compagnie et continuer à la développer. Plusieurs organismes et communautés m’ont contactée pour partager mon histoire de femme de Première Nation, élève de secondaire, à la tête de son entreprise. Je vais parler aux jeunes, et j’espère les inspirer. »

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(1) Voir aussi l’article paru dans La Liberté du 20 au 26 décembre 2017.

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