Dans le cadre d’un jumelage entre la Maison de la poésie de Montréal et de la Maison Gabrielle-Roy, l’auteur acadien Daniel Leblanc-Poirier sera à Winnipeg, dès le 26 septembre jusqu’au 30 septembre, à l’occasion du festival Thin Air/Livres en fête. Brèves réflexions avec un homme qui jongle entre la poésie, les romans et la musique.

Par Marie BERCKVENS

Son dernier recueil de poésie s’intitule 911, comme le numéro d’appel d’urgence. Dans cet ouvrage, Daniel Leblanc-Poirier exploite différents thèmes qui le touchent, notamment les violences sexuelles ou encore la dépendance aux drogues dures.

« Ce sont des sujets qui me sont venus naturellement. Quand j’étais enfant, j’ai appris que ma mère avait été abusée sexuellement lorsqu’elle était jeune. Elle a eu un grand traumatisme, elle avait peur de ça, elle m’a vraiment mis en garde contre les dangers des agresseurs. J’ai été élevé dans cet imaginaire post-traumatique des violences sexuelles, ce qui m’a donné une sensibilité, de l’empathie pour les victimes. Pour l’autre thème, toute ma vie, j’ai combattu un problème de toxicomanie, de drogues dures. Quand j’étais dedans, je n’en parlais pas. Mais quand je m’en suis sorti, j’ai voulu parler de la souffrance, du puits sans fond dans lequel j’étais tombé. C’est plus sincère de parler de ça que de faire croire autre chose. On n’en est jamais vraiment sorti, la porte n’est jamais complètement fermée. »

Quel message entend-il faire passer? Pour lui, il ne faut pas mettre en garde. « Le problème, ce n’est pas la substance, ce sont les traumatismes.

Les gens qui tombent dans la toxicomanie, c’est parce qu’il y a quelque chose qu’ils essaient d’éluder. Il y a un ressenti qu’ils essayent de camoufler, de mettre une bâche par-dessus.

C’est comme un arbre. Si tu as des traumatismes dans ton enfance, si l’arbre pousse croche quand tu es enfant, quand tu arrives à l’âge adulte, il y a un décalage. La drogue est une façon de combler cet espace-là. Après avoir souffert et touché le fond, on se rend compte que ce n’est pas une solution viable. »

Au Québec, depuis quelques années, un nouveau courant appelé la vidéo-poésie a trouvé sa place dans le paysage poétique. Il s’agit d’un genre hybride qui associe un poème lu à des sons et images. Le festival de la poésie de Montréal lui taille chaque année une place de choix. Récemment, Daniel Leblanc-Poirier a publié un vidéo-poème pour défier ce nouveau genre (voir vidéo en bas de l’article). « J’ai pris mon cellulaire pour tourner ce nouveau genre en ridicule. Pour moi, ce n’est pas pertinent de montrer l’image dont il est question dans le poème. Et si tu montres une autre image, c’est pour essayer de créer un méta-sens, d’aller chercher une troisième dimension. On parle d’une pomme dans le poème, on va nous montrer une ruelle en images. »

C’est comme superposer deux œuvres d’art en même temps. Ça m’écœure.

Le poète participera au festival Thin Air/Livres en fête, ces 27 et 28 septembre à l’Université de Saint-Boniface. Il prendra part à plusieurs autres activités qui auront lieu notamment à l’Alliance française du Manitoba, à la Maison des artistes visuels francophones et au Centre culturel franco-manitobain.

Un nouveau recueil de poésie sortira au printemps 2019, intitulé Fuck you. C’est la suite de 911 et le 2e tome de la trilogie. Ces trois recueils aborderont les mêmes thématiques évoquées : les violences sexuelles et la toxicomanie. « Fuck you, c’est la réponse », conclut Daniel Leblanc-Poirier.

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