Après une présentation au Festival du Voyageur 2018, l'artiste fransaskois Shawn Jobin rend une nouvelle visite au Manitoba. « C'est sûr que la communauté franco-manitobaine est la communauté francophone qui nous ressemble le plus. Il y a un côté solidaire fort qui est cool». Photo : Kenton Doupe.

Shawn Jobin, artiste fransaskois aux multiples facettes, rend visite à ses « cousins franco-manitobains ». Celui qui rappe depuis ses 14 ans parle de son engagement francophone, de son dernier album et de santé mentale. Cri du coeur raisonné.

Par Morgane LEMÉE

Les Fransaskois, les Franco-Manitobains,

Louis Riel, Gabriel Dumont,

se sont battus pour le bien, pour une cause,

pour que les gens comprennent que la fleur de lys

peut aussi pousser sur les plaines.

Dans sa chanson Tu m’auras pas, sortie en 2013, Shawn Jobin, fleur de lys tatouée sur le bras, criait avec fierté son amour de la francophonie. Il dénonçait l’assimilation. Pour le chanteur fransaskois, ce combat est toujours d’actualité.

« S’il y a une chose que je veux faire durant le restant de mes jours, c’est bien celle-ci : parler de la réalité des Francophones hors Québec. En 2018, il y a tellement de causes importantes à défendre. On s’oublie là-dedans. On oublie que les Francophones hors Québec subissent des injustices au quotidien. Faut pas oublier que c’est fragile, notre culture ici. Il y a eu de l’assimilation, des attaques contre notre culture, de la discrimination. C’est la réalité. »

Néanmoins, du haut de ses 25 ans, Shawn Jobin souhaite aller plus loin. « Oui, il y a toujours un combat qui se mène, mais n’il y a pas que ça. Je vis ma francophonie. Je ne me sens pas obligé de me justifier à la masse anglophone tout le temps. Je fais ma petite vie en français et that’s it. Ce qui est important, c’est de prendre sa place. C’est ça que fait la majorité des artistes francophones. Il ne faut pas se limiter à penser que notre culture, c’est juste un combat. C’est vivant, c’est festif, c’est cool. »

Avec son dernier album, Éléphant, le rappeur-slameur-DJ se veut moins revendicateur. « Avec la musique que je fais aujourd’hui, c’est moins moralisateur. Le dialogue est plus sur la santé mentale, l’identité. Il y a beaucoup d’introspection. Fouiller dans son être pour comprendre. Je fais beaucoup d’anxiété. On m’a diagnostiqué il y a quelques années. J’ai écrit la moitié de l’album dans une phase dépressive, parce que je commençais tout juste à comprendre le parallèle entre l’anxiété et la dépression. L’anxiété, ce que ça fait, c’est que ton cerveau est trop allumé, il allait à 140 km/h, tout le temps, et que l’airbag naturel pour arrêter cette frénésie, c’est la dépression. C’est pour ça que les gens font des burn-out. C’est ton corps qui réagit. J’ai compris pas mal de choses et ça m’a fait écrire cet album. »

La dernière chanson de l’album, Autoroute, est au sujet de ces pensées automatiques qui « flirtent avec des idées noires. Tu penses que tu deviens schizophrène. La chanson Fou parle de ce sentiment d’être fou au quotidien. Autoroute émane d’une époque où j’étais dépressif. Une pensée automatique revenait sans cesse quand j’étais sur la route pour Regina : Un coup de volant, et ça peut se terminer. Pendant ces trois heures, je combattais ces pensées répétitives de mon cerveau en crise. Le beat de cette chanson est simple, répétitif, et le texte lourd. »

Fort heureusement, Shawn Jobin est aujourd’hui sorti du stade dépressif. « J’ai appris à prendre soin de moi. Je fais encore de l’anxiété et des crises de panique. Mais là, je sais comment les gérer. J’en parle surtout dans les spectacles que je fais pour les jeunes. Les ados vont utiliser des mots comme dépression, crise de panique, sans trop savoir ce que ça veut dire. »

Le Fransaskois oeuvre doublement à temps plein, pour la musique et pour l’Association jeunesse fransaskoise, comme responsable artistique. En tournée d’automne à travers le pays, il travaille également sur la sortie d’Éléphant Deluxe, une version étoffée de son dernier album, avec nouvelles chansons et remixes. « Mon grand-père m’a toujours dit : Voyager forge le caractère. Il était dans l’armée. Drôlement, la musique m’a beaucoup fait voyager aussi. J’ai commencé assez jeune. Et ça m’a forgé. »

(1) Concert le 8 novembre à 20 h, au CCFM (340 Boulevard Provencher, à Winnipeg). Billets : 25 $ (général) / 20 $ (étudiant). En vente au 233-ALLÔ, au bureau du CCFM, au 204-233-8972 ou en ligne sur www.eventbrite.ca.

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