L’auteur Jean-Benoît Nadeau estime les bilingues plus intelligents que les unilingues et les trilingues encore plus, toutes proportions gardées. (gracieuseté Francopresse)

Les nombres pourraient grimper à 700 millions d’ici 2070

Jean-Pierre Dubé (Francopresse)

La langue française continue de progresser globalement, annonce l’Observatoire de la langue française (OLF). Depuis 2014, le nombre de locuteurs serait passé de 270 à 300 millions, surtout grâce à la scolarisation en français dans l’Afrique subsaharienne. La francophonie canadienne profite par l’immigration de cet avancement même si elle continue à nourrir une angoisse face à l’avenir.

« On pourrait célébrer le fait que le français est une langue foncièrement vivante, souligne l’auteur et chroniqueur Jean-Benoît Nadeau, les statistiques le montrent. » Selon lui, croire que le français est en déclin ou en perdition est propre aux populations minoritaires, Québec inclus. « Ça fait partie de la sociologie de la langue française vécue sur le continent. »

Tel est le paradoxe en Amérique, selon le collaborateur du Devoir : une francophonie éparpillée sur le continent, mais branchée sur le monde. « Les Canadiens ont tendance à raisonner un peu comme une petite Polynésie isolée dont le gros Hawaï (sic) serait le Québec.

« Mais des Congolais, des Sénégalais et des Ivoiriens débarquent à Moose Jaw et à Orléans, ils s’intègrent dans les communautés locales. Les francophones devraient être fiers de parler leur langue, elle est aussi internationale. »

Le centre de gravité se déplace vers le sud

La bonne nouvelle de l’OLF publiée lors du Sommet de la francophonie, début octobre, n’a pas reçu l’attention voulue, éclipsée par la polémique sur les élections au secrétariat général. Tirées de recensements recoupés avec des études statistiques, les données traitées par une équipe de l’Université Laval confirment le déplacement du centre de gravité de la francophonie vers le sud.

« Sur les 22,7 millions de francophones qui sont venus grossir les rangs [depuis 2014], 68 % se trouvent en Afrique subsaharienne et 22 % en Afrique du Nord, tandis que l’Europe et l’Amérique se répartissent les 10 % restants [respectivement 3 % et 7 %]. »

Le groupe le plus important est constitué de 235 millions de locuteurs de 43 pays où le français est la langue officielle ou la langue d’enseignement. « Ce groupe tire la charrette », explique Jean-Benoît Nadeau, dans sa chronique du 29 octobre.

« La population française augmente aussi – la France a le meilleur taux de natalité en Europe. Le français continue à être très enseigné en Europe et en Afrique. Même aux États-Unis, on compte 1,3 million d’apprenants dans les systèmes secondaires et universitaires. »

Des clientèles de plus pour les médias et les théâtres

Un autre atout clé du français est sa dimension multiculturelle, qui n’aurait d’égale que l’anglais. « On a souvent présenté le français comme une ethnie canadienne-française, soutient l’auteur québécois. C’est un peu le défaut de notre histoire. Mais c’est tout le contraire et on n’est pas pressé de le dire, mais ça fait très longtemps que le français est une langue multiculturelle. »

Selon les 300 millions de locuteurs, moins d’un tiers (85 millions) sont de langue maternelle. « Tous les autres ont été scolarisés en français. Additionnez tout le monde qui parle espagnol sur la planète et c’est exactement le contraire : il y a quatre espagnols de langue maternelle pour chaque hispanophone ayant appris la langue. »

Jean-Benoît Nadeau conclut : plus d’anglophones au Canada se déclarent bilingues qu’il n’y a de francophones. « Ça permet à certaines institutions comme des théâtres et des médias d’avoir des clientèles plus fortes que le permet le bassin de francophones. On doit intégrer ça dans notre vision de la langue. »

Les francophones dans le monde

Avec 300 millions de locuteurs, en progression de 10 % depuis 2014, le français est la 5e langue la plus parlée au monde après le chinois, l’anglais, l’espagnol et l’arabe. Le français se distingue par son statut et l’influence qu’il exerce dans différents espaces :

  • langue officielle dans 32 États et gouvernements et dans la plupart des organisations internationales ;
  • langue d’enseignement de plus de 80 millions d’individus, sur 36 pays et territoires ;
  • langue étrangère apprise par plus de 50 millions de personnes ;
  • langue des médias (TV5MONDE, RFI ou France 24, mais aussi Euronews, BBC News, la chinoise CGTN ou la russe RT) ;
  • 4e langue de l’internet.

(Source : L’avant-propos du rapport La langue française dans le monde, OIF/Gallimard, 2018.)

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