Les danseurs de la compagnie du Ballet royal de Winnipeg dans Casse- Noisette. Photo : Gracieuseté David Cooper

Tout juste revenus d’une tournée nord-américaine de trois semaines, les danseurs du Ballet royal de Winnipeg s’apprêtent à retrouver la scène de la Salle du centenaire pour neuf représentations du célèbre ballet Casse-Noisette (1). Le directeur artistique André Lewis partage l’histoire de ce spectacle pour la compagnie.

Par Manella VILA NOVA

Casse-Noisette est devenu un symbole de la période de Noël…

André Lewis : Casse-Noisette a été créé il y a plus de 100 ans par Petipa et Ivanov sur une musique de Tchaïkovski. C’est une adaptation du conte d’Hoffmann Casse-Noisette et le Roi des souris. L’histoire se déroule à Noël, alors c’est devenu une tradition de le danser à cette période. On trouve dans l’oeuvre ce sens de famille qui se réunit pour les fêtes, et c’est devenu une tradition pour les parents d’y emmener leurs enfants. Le ballet est beau, et la musique est plaisante. C’est un rituel annuel, un peu comme quand les gens regardent Joyeux Noël, Charlie Brown!

Vous jouez Casse-Noisette depuis combien de temps?

A. L : La version actuelle, chaque année depuis 20 ans. Elle se situe en 1913, au Canada. Nous y avons incorporé des éléments typiques, comme du hockey, la Police montée ou encore les gardes du Parlement d’Ottawa. Cependant, nous avons conservé le côté russe et plus traditionnel avec le deuxième acte. Nous avons aussi convié les danseurs de Rusalka, un ensemble canadien de danse ukrainienne, à se joindre à nos artistes pour exécuter une danse traditionnelle.

Dans notre version, nous avons intégré plus de danse dans les scènes du premier acte. Nous avons aussi choisi d’avoir tous les âges sur scène, pour vraiment représenter une fête de famille. Pour jouer les enfants, nous faisons appel aux élèves de notre école. C’est une des choses qu’ils attendent toujours avec impatience.

La version que nous utilisions auparavant, chorégraphiée par John Neumeier, était très différente. Elle se situait en Allemagne et ne mentionnait pas Noël, mais l’anniversaire du personnage principal. Nous l’avons jouée tous les deux ans pendant 27 ans. Mais à la fin, le public ne répondait plus à l’appel. On devait se renouveler. J’ai regardé beaucoup de versions : celles de Boston, de Montréal, de San Francisco, de Paris, de Saint- Pétersbourg… Je voulais quelque chose proche de Noël, avec un côté canadien.

Et le public est revenu année après année…

A. L : Les artistes changent. La qualité qu’ils apportent au ballet est différente. Chacun vient avec sa propre idée, sa propre façon de recréer le spectacle. Quand on boit du vin, on ne s’arrête pas sur un verre en disant : ça y est, j’ai bu du vin.On en essaye plusieurs différents, parce que chacun apporte son propre goût, sa propre réflexion. C’est pareil avec les danseurs. Chacun apporte sa réflexion et son expérience au public.

Et c’est un spectacle en direct. On peut le voir trois fois d’affilée, il y aura toujours quelque chose de différent. Pour moi, c’est mieux qu’un film! Mais je ne suis peut-être pas la personne la plus objective…

Comment garder les danseurs de la compagnie motivés au fil du temps?

A. L : Ce ballet les incite à pousser leur technique, en se donnant des défis personnels pour les représentations, et à travailler sur une relation à la musique plus intime. De plus, les rôles qu’ils jouent diffèrent. Un jeune danseur va commencer par faire les parties du corps de ballet. L’année suivante, il aura peutêtre un rôle de soliste. Avec le temps, il pourra accéder aux rôles principaux.

Justement, dans un ballet dansé dans le monde entier et chorégraphié il y a plus d’un siècle, quel est le rôle des chorégraphes?

A. L : Nous avons une liberté artistique. Aujourd’hui, aucune compagnie ne présente la version du Casse-Noisette à l’identique de celle d’il y a 100 ans. Quand on regarde les différentes versions, chacun reprend les éléments traditionnels. Mais est-ce que ce sont les vrais pas? C’est difficile à vérifier. Les danses ont évolué de génération en génération. Cependant, certaines parties, comme les solos, la Valse des flocons de neige ou les danses du deuxième acte restent, je pense, assez fidèles à l’originale. Outre la transmission de la chorégraphie, le chorégraphe connecte les scènes entre elles. Nous avons deux chorégraphes : Nina Menon et Galina Yordanova. Quand Galina Yordanova a travaillé sur la Valse des flocons de neige avec nos artistes, elle s’est inspirée de beaucoup de versions déjà existantes. Mais il reste plusieurs moments où il faut adapter et connecter.

Il y a quelques années, une controverse dénonçant l’aspect raciste de Casse- Noisette a éclaté…

A. L :Une série d’articles sur le racisme dans le Casse-Noisetteet dans le monde des arts en général est parue. Mais pour moi, l’idée du deuxième acte de Casse-Noisette [ndlr : qui présente une danse espagnole, une danse arabe, une danse chinoise et une danse russe en guise de divertissements] est de célébrer la diversité. C’est l’opposé du racisme. Ça montre une communauté dans laquelle chacun peut avoir sa propre culture et la mettre en lumière. Je pense que ça représente l’inclusion.

(1) Casse-Noisette par le Ballet royal de Winnipeg, à la Salle du centenaire du 19 au 29 décembre.


Dans la tête d’un danseur du Casse-Noisette

Originaire de Belgique, Peter Lancksweerdt a été formé au Ballet royal de Flandre, puis au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris avant de décrocher son premier contrat professionnel au Ballet théâtre atlantique du Canada à Moncton, il y a cinq ans. Il poursuit sa deuxième saison dans le corps de ballet du Ballet royal de Winnipeg. (1)

« J’ai dansé le ballet Casse-Noisette chaque année depuis que je suis professionnel. Pendant mes études, je travaillais sur les parties des solistes en cours. C’est un des ballets que les danseurs connaissent le mieux. »

Casse-Noisette est devenu une habitude pour les professionnels du monde entier. « C’est une bonne chose, parce qu’on le connaît très bien et on peut vraiment s’approprier l’histoire. Mais ça peut être lassant. Quand on joue le même rôle à chaque spectacle, ça peut devenir robotique et nuire à la qualité artistique. Cependant, j’ai eu la chance de danser plusieurs versions. Même si tout le monde s’inspire de tout le monde et que les solos sont souvent les mêmes, les versions sont spécifiques aux compagnies qui les dansent. »

Au Ballet royal de Winnipeg, les différentes distributions permettent aux danseurs de changer de rôles pendant la durée des représentations. « Cette année, j’ai plusieurs rôles différents. Ça rend les choses plus intéressantes : quand on joue le rôle moins souvent, on l’apprécie plus. »

Comme tout danseur, Peter Lancksweerdt rêve de danser le rôle du prince à Winnipeg. « J’ai dansé cette partie comme invité dans une école à Terre-Neuve et Labrador. C’est une partie très prestigieuse qui nous donne une grande satisfaction comme artiste. Ça serait très différent de le faire ici, entouré d’autres professionnels. Alors je continue à travailler tous les jours à fond pour décrocher les meilleurs rôles possibles. »

(1) Voir La Liberté du 6 décembre 2017.

 

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