Sofiane est né et a grandi à Alger, au sein d’une culture arabo-musulmane et dans une société où la langue française est omniprésente. Passionné d’Histoire, de culture et de littérature universelle, toujours en quête de nouveaux horizons et d’aventures, poussé par l’instinct de découverte et d’exploration, il émigre au canada à la découverte d’une société multi-ethnique, d’un brassage de communautés et de cultures venues des quatre coins du monde.

Par Sofiane

1939, le monde est dans le chaos. Hitler a déclenché l’apocalypse. Grâce à son génie, on connaitra la famine, l’errance, la destruction, le génocide et la mort. Rien ne sera comme avant et la carte du monde va être redessinée.

C’est l’année où Clark Gable a gravé son nom en lettres d’or dans le cinéma mondial, en incarnant le rôle de Rhett Butler dans Autant en emporte le vent, l’année où Antoine de Saint-Exupéry a publié son chef d’œuvre Terre des hommes, l’année où Edith Piaf a chanté avec sa triste voix J’en connais pas la fin, même si elle la connaîtra bien assez tôt.

C’est vers la fin de cette année-là que mon père est né. On lui donna le prénom d’Abdelhamid, en hommage à Abdelhamid Ben Badis, un réformiste algérien, un homme de lumière qui portait une vision lointaine et optimiste d’une Algérie indépendante baignant dans le bonheur.

* * *

La neige était au rendez-vous dans cette région de l’intérieur du pays et le froid n’arrangeait pas les choses. Les enfants étaient dehors mais ne jouaient pas. Mains sales, chaussures trouées, pantalons et vestes rapiécés, chacun avait un sac plus ou moins usé, déchiré, noirci par le charbon qu’il fallait ramasser un peu partout, à défaut de bois sec. Les adultes, eux, n’étaient pas si bien habillés, ils avaient d’autres préoccupations : gagner de quoi nourrir leurs familles.

Après avoir ausculté et retourné le nouveau-né dans tous les sens telle une poupée de chiffon, la sage-femme de fortune déclara :

– C’est un garçon. Il est en bonne santé.

Un autre garçon, une paire de bras de plus sur qui on pourrait compter pour ramener de la nourriture.

Le soir, le chef de famille rentre. On lui annonce la nouvelle. Son visage fatigué, aigri et sur lequel, malgré son jeune âge, le temps a creusé des sillons, ne montre aucune expression.

Est-ce de la méchanceté? Non, à l’époque et dans cette société traditionnelle et conservatrice, laisser paraitre la joie c‘est comme montrer une faiblesse, porter atteinte à sa virilité. Il s’adresse à sa propre mère assise au chevet de son épouse, en désignant le nouveau-né d’un hochement de tête :

– Comment elle va, sa mère?

La vieille femme lui répond :

– Elle pourra, dès demain, laver le linge.

La jeune maman laisse couler une larme, une larme de douleur, une larme de colère… Non, pas de colère. Elle n’a pas le droit à la colère. Une femme en colère, c‘est un péché, un outrage, un sacrilège! Soumission, c‘est le mot d’ordre, c’est l’image de la BONNE FEMME.

– Maintenant que tu es là, je vais aller me reposer, dit la grand-mère du nourrisson.

Désormais, le père peut prendre le petit dans ses bras et le caresser avec ses mains vigoureuses et sèches. Le visage ferme disparait pour laisser place à un visage adouci, tendre et fier. Il plonge son regard dans celui de ce petit être et dit :

– Il s’appellera Abdelhamid.

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Graphiste, illustratrice et publi-reporter à La Liberté.

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