Pour tenter de mieux saisir la situation actuelle de la francophonie à l’extérieur du Québec, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) organisait la semaine dernière une conférence sur les thèmes du populisme et de la francophobie. Il ne fait aucun doute que la francophonie canadienne connaît des reculs, mais sont-ils tous des manifestations de francophobie?

Au Nouveau-Brunswick, un gouvernement progressiste-conservateur minoritaire dépend en effet d’un parti ouvertement francophobe pour se maintenir au pouvoir. En Ontario, cependant, un gouvernement progressiste-conservateur semble ne rien savoir du rôle de la francophonie dans l’existence même du pays. Et le progressiste-conservateur Brian Pallister prétend faire des économies qui sont largement illusoires aux dépens de quelques modestes services en français.

Indépendamment de la pertinence de la francophobie, il n’est pas surprenant que la FCFA et les organismes qui la composent misent beaucoup sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles pour “donner un nouvel élan à la dualité linguistique”. Ils disposent de peu d’autres moyens d’y arriver. Cependant, même si la Loi était modifiée sur-le-champ, le défi de donner cette nouvelle impulsion serait immense.

Rappelons le contexte de la Loi originale de 1969. L’année précédente, Pierre Elliott Trudeau avait été porté au pouvoir avec un gouvernement majoritaire et le Parti québécois avait été formé sous la direction de René Lévesque. S’appuyant sur un rapport préliminaire de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Trudeau père avait proposé une Loi sur les langues officielles. Les minorités linguistiques allaient ainsi servir à contrecarrer le nationalisme québécois. Le premier ministre s’est alors fait le champion de la dualité linguistique, utilisant son capital politique pour convaincre de nombreux Canadiens qu’elle était essentielle à l’unité nationale.

Aujourd’hui, l’attrait du séparatisme est pratiquement disparu et le premier ministre actuel demeure indifférent à la dualité linguistique. Il a attendu jusqu’au 28 août l’an dernier pour donner à Mélanie Joly, la ministre qu’il venait de rétrograder, un vague mandat de “commencer un examen dans le but de moderniser la Loi sur les langues officielles.” Il remettait ainsi toute initiative concrète au prochain gouvernement.

La FCFA fait donc face à un défi de taille, car elle ne jouit pas de l’appui que Trudeau père avait accordé à la dualité linguistique. Une Loi intelligemment modernisée donnerait aux francophones un outil pour revendiquer et faire pression, mais elle ne changerait pas d’elle-même les mentalités. Il faudrait pour cela qu’un chef de gouvernement soit prêt à y investir sa volonté politique. Loin d’être considérée comme une concession pour apaiser un Québec réfractaire, la dualité linguistique pourrait alors être reconnue davantage comme une des valeurs fondamentales qui donne au Canada sa richesse et son originalité.

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